L’exposition commune Vue d’artiste/Vie d’atelier est une coproduction de la Ville de Montigny-lès-Metz et de Metz en Scènes qui met en perspective le travail du peintre André-Pierre Arnal, que l’ethnologue Philippe Geslin a suivi pendant trois ans. Ce dernier expose à l’Arsenal son travail photographique, où il tente de capturer quelques instantanés du processus créatif et du monde du peintre, acteur du mouvement Supports/surfaces, dont une large rétrospective des œuvres est présentée dans le même temps au Château de Courcelles à Montigny-lès-Metz.

Hors cadre

L’amour d’André-Pierre Arnal pour la langue, les cultures primitives et le contact avec la matière s’est synthétisé quarante-cinq années durant à travers une œuvre protéiforme, qui se construit et se dévoile par strates. Déchirant, mélangeant, froissant, utilisant les matières pour notamment créer des « matrices », l’artiste fait de la peinture elle-même l’objet de son art.
Les œuvres d’André-Pierre Arnal, exposées au Château de Courcelles sous forme de rétrospective, se détachent des cadres, multiplient les supports, tissus, cartes ou ardoises renfermant des superpositions dont les sous-couches composent les éléments d’un langage niché entre les anfractuosités des motifs et des couleurs.

L’artiste fait de la peinture elle-même l’objet de son art.

« Je peux déchirer des affiches dans le métro, ou réunir des cartes de toutes sortes, dont le graphisme et l’utilisation des noms m’intéressent, explique-t-il. Je me trouve ainsi en situation de cueillette, comme à l’ère primitive ». Imprégné de culture méditerranéenne, le peintre se tourne volontiers vers les cultures primitives d’Afrique ou d’Amérique du Sud, une autre de ses passions que l’on retrouve parfois en filigrane dans son travail. Sa pratique s’exprime aussi à travers les mots, dans plus de 200 « livres uniques » où le texte poétique s’inscrit en relief de l’image, en devenant l’illustration.

Du « continent intime », et rêvé, que constitue l’Afrique, jusqu’à l’eau où trempent ses pinceaux et qu’il utilise pour ses toiles, autant de « tremplins pour l’imagination » pour André-Pierre Arnal, dont les œuvres restent, à l’image du mouvement Supports-Surfaces dont il a partagé l’aventure, hors-cadres, au sens propre comme figuré.


Un œil sur l’invisible

Le travail d’ethnologue de Philippe Geslin l’a mené au bout du monde, chez les Soussous en Guinée, les Inuits au Groenland, ou encore les Massaïs en Tanzanie. Ici, il n’a eu que quelques aller-retours à faire entre les Cévennes et Paris, où se trouvent les ateliers d’André-Pierre Arnal, qui a sollicité lui-même le regard d’un ethnologue : « J’ai toujours aimé montrer mon travail, même si je me sens aujourd’hui un peu comme un papillon épinglé sur un mur ! » Discret et bienveillant, Philippe Geslin expose à l’Arsenal, parallèlement à quelques œuvres du peintre, ses clichés au noir et blanc affûté où se découpent les objets du monde d’André-Pierre Arnal : « Ce qui m’intéresse, c’est de montrer ce que l’on ne voit pas, les arrière-boutiques, et aussi de partager un quotidien ».

Cette réflexion sur le processus créatif dévoile le travail du peintre sans le mettre en scène, avec finesse et pudeur, montrant très peu l’homme mais plutôt les artefacts qui l’entourent : le bric-à-brac de sa « bibliothèque » de matières attendant de devenir œuvres d’art, les pinceaux, les recoins de l’atelier cévenol à l’atmosphère presque troglodyte… « J’aime beaucoup le travail de Diane Arbus, qui dit que cela fait mal d’être photographié, explique l’ethnologue. J’essaye de faire parler les objets, d’expliquer une démarche sans entrer dans une intimité trop fine. « Philippe a eu l’ambition de rejoindre un horizon inatteignable » déclare le peintre en écho. En dévoilant à travers ses clichés les lieux de vie des peuplades lointaines comme ceux des artistes ( il a également suivi le travail de la metteuse en scène Macha Makaïeff), Philippe Geslin explore ces fragments d’horizons qui s’immiscent, par le regard, dans notre propre imaginaire.