La compagnie Oblique donne à nouveau la parole à la jeunesse avec la seconde édition de Contre-courants : à partir de témoignages glanés à travers l’Europe et grâce au travail d’intervenants issus de diverses disciplines artistiques, de jeunes amateurs dressent le portrait d’une jeunesse européenne plurielle.

compagnie-oblique (©DR)Comment parler de la jeunesse ? C’est la question centrale du projet mené par la metteur en scène Cécile Arthus et la compagnie Oblique. Pour restituer une parole de manière créative et consciente, Contre-courants réunit de jeunes mosellans issus de divers milieux socio-culturels, avec l’appui d’institutions locales, pour les accompagner sur les planches. Une année durant, ceux-ci suivent divers ateliers de création artistique (slam, danse, écriture, théâtre…) avant de découvrir le texte de l’auteur et journaliste Sandra Reinflet inspiré de ses rencontres avec de jeunes européens (voir encadré). « L’implication de tous nos partenaires et des intervenants est au cœur de la réussite de ce projet, insiste la metteur en scène Cécile Arthus. Et ce qui lui donne tout son sens, c’est le fait qu’il soit porté par des jeunes ».

« La jeunesse européenne a de multiples visages, il nous fallait donc ce texte inspiré de la réalité. »

Un Finlandais décrit sa chute dans l’alcoolisme, une tchèque parle du voisin devenu ennemi, une autre décrit le poids de l’Église catholique en Pologne… différents portraits s’enchaînent, créés en croisant les témoignages recueillis avec ceux des jeunes amateurs lorrains, autour de leurs expériences, de leur vision de l’avenir, de leurs craintes. « Nous leur avons expliqué que notre théâtre rendait compte d’une réalité, mais qu’être acteur, c’est aussi utiliser ce que l’on est, explique Cécile Arthus. Je voulais qu’ils s’emparent d’une parole, mais aussi que l’on puisse percevoir leur personnalité. Il ne s’agissait pas d’en faire des bêtes de scène qui feraient illusion ».

S’il constitue avant tout un projet de création destiné à sensibiliser les jeunes à une démarche artistique, Contre-courants 2 est également un projet citoyen. « La jeunesse européenne a de multiples visages, il nous fallait donc ce texte inspiré de la réalité, qui crée une réflexion, un dialogue, et qui peut aussi être drôle et touchant, décrit la metteur en scène. Avec la compagnie Oblique, nous travaillons beaucoup sur la fragilité : c’est la source d’un jeu sincère, où on ne fabrique pas de personnages ». À l’issue des représentations, jeunes, intervenants, décideurs, partenaires et politiques sont invités à une réflexion autour du projet, afin d’évaluer son impact et de préparer une éventuelle troisième édition. « Contre-courants constitue un dialogue transversal, qui doit bénéficier à tous » précise Cécile Arthus.

Au Nest à Thionville
Le 25 avril à 19 h
Représentation suivie d’un échange avec les comédiens.
Le 26 avril à 12h
Présentation par Caroline Gillet de son émission
« I like Europe » sur France Inter.
À 15h, représentation suivie d’un échange
avec les décideurs et politiques
www.nest-theatre.fr

ÉCRITURE SUR LE POUCE

Sandra-reinflet-autostop (©DR)Cela fait trois ans que Sandra Reinflet décrit, sur un blog, dans des conférences, des émissions, des spectacles, ses périples en auto-stop à travers l’Europe aux côtés d’Aurélie Streiff. L’an dernier, elles ont parcouru 3 300 km entre Athènes et Helsinki. « Nous voulions montrer que deux jeunes filles peuvent faire du stop et revenir saines et sauves, explique-t-elle. Lorsque nous échangeons avec les personnes rencontrées, jeunes ou moins jeunes, il est beaucoup question de peurs : celle de l’inconnu surtout. Alors que l’inconnu, c’est aussi l’aventure ». C’est la première fois que Sandra Reinflet réalise un texte de théâtre, commandé pour Contre-courants 2, à partir de ces expériences : il s’agissait d’adapter les histoires recueillies sur la route à la personnalité des comédiens, et à leurs propres témoignages. « Travailler sur l’intime permet aux comédiens de se mettre à la place de ces jeunes européens. J’espère que ce discours choral montrera que l’on peut vivre ensemble en faisant de nos différences des complémentarités, et non des sources de conflit ».