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On doit à Astérix la popularisation de l’idée selon laquelle les Vikings étaient des individus aussi sanguinaires que les dieux qu’ils adoraient. L’imagerie en fait des hommes aussi prompts à se battre qu’à fêter les victoires par d’étranges libations consistant à boire dans le crâne des adversaires. Entre mythe et réalité d’un peuple amphibie, aimant les conquêtes et sillonnant les mers du VIIIe au IXe siècle.

Non, les peuplades du Nord de l’Europe, n’étaient pas juste composées des mauvais garçons, baroudeurs et aventuriers des mers, provoquant la panique au simple énoncé de leur nom. C’est pourtant souvent cela que l’on imagine, lorsqu’on évoque les Vikings, confondant dans un amalgame rapide dont l’occident chrétien avait sûrement besoin, une civilisation païenne particulièrement élaborée et une poignée d’aventuriers des mers.

Une méconnaissance qui s’exprime tout d’abord au plan de la terminologie. Les Vikings étaient des Normands pour les Francs, des Danois pour les Anglais, des Rus pour les Slaves, les Arabes et les Byzantins. L’étymologie du nom Viking est, elle aussi, floue et non assurée. Elle met pourtant en évidence la réalité de la vie de « celui qui fréquente les anses, les criques ou les bras de mer »(1).

Mais les querelles étymologiques sont de peu de poids face à la réalité : les Vikings sont une poignée d’hommes, réfractaires à la vie sédentaire de la civilisation policée qu’ils connaissent. L’appel du large est un impératif de vie pour ceux qui habitent les ports et les anses. Le besoin de « partir en expédition », à la découverte de mondes et de civilisations nouvelles, chatouille les plus aventureux. D’autant qu’ils bénéficient d’un véritable savoir-faire dans le domaine de la navigation. Ils sentent bien que la gloire et la richesse sont aux bouts de longs périples dans les océans et dans la remontée des fleuves.

Les Vikings sont une poignée d’hommes, réfractaires à la vie sédentaire de la civilisation policée qu’ils connaissent.Tout au long des VIIIe au IXe siècles, qualifiés « d’Âge des Vikings », ces marins hors pair, servis par d’étranges embarcations à fond plat, les Drakkars, vont multiplier les raids en Occident, notamment après la mort de l’Empereur Charlemagne. Nulle contrée ne leur est inaccessible. Ils sont à l’origine de près de 75 invasions en l’espace de 100 ans ! Vers la Russie, vers l’Angleterre, vers la Baie de Seine, vers Constantinople, vers la Francie occidentale… Rien ne résiste à leur appétit. Rien n’étanche leur soif de progression.

Paris les attire. Au point de faire, à maintes reprises, le siège de la future capitale de France. Notamment en 845 et en 885. La première fois, c’est Ragnar « aux braies velues », qui parvient à mener une expédition composée de 120 navires transportant 5 000 à 6 000 Vikings, jusqu’à l’embouchure de la Seine. Il remonte le fleuve jusqu’à Rouen, pillant au passage les monastères et les églises.

Il poursuit son avancée jusqu’à l’île de la Cité. Une expédition pour le moins audacieuse qui provoque la panique des Parisiens. Il n’y a aucune fortification de ce côté de la ville. Le fleuve semblait jusqu’alors être un rempart suffisant. La population, désemparée et prise de panique, s’enfuit. Les Vikings prennent l’île, après avoir mis en déroute les quelques soldats Francs que Charles le Chauve(3), roi de Francie occidentale, est parvenu à mobiliser.

C’est tout aussi facilement qu’ils prennent possession de toute la ville et de ses faubourgs. Ce n’est que contre un lourd tribut de 7 000 livres d’argent, versé par Charles le Chauve , que Ragnar accepte de rentrer au Danemark. Cette victoire va inciter les Vikings à recommencer le siège à plusieurs reprises, en 856, 861 et surtout 885.

Ce dernier siège va durer onze mois. C’est Eudes, comte de Paris et l’évêque Gozlin qui dirigent les Parisiens dans une défense héroïque de la ville. Le 24 novembre 885, le chef Viking Siegfried, demande à ce que les Parisiens laissent passer la flotte plus en amont, pour lui permettre de rejoindre la Bourgogne afin que ses hommes et lui-même, puissent prendre leurs quartiers d’hiver.

Face au refus des édiles, les Vikings lancent leur premier assaut. Les archers francs, le réduise en échec. Cela ne freine pas la détermination des guerriers du nord qui poursuivent leur offensive pendant deux jours, dans des conditions particulièrement horribles. Les Parisiens résistent toujours, obligeant les Vikings à établir un blocus pendant deux mois, le temps de construire divers engins de siège. L’assaut général est lancé le 31 janvier 886. Une fois de plus, c’est un échec pour les Vikings. Les attaques sont réitérées jusqu’au 3 février. Toujours en vain.

Le siège se poursuit, selon des rythmes différents, jusqu’à la fin du mois d’août. Il faut appeler en renfort l’empereur Charles le Gros qui gagne Paris à la tête de 40 000 hommes. Mais face à la crainte de la sauvagerie viking, ce dernier préfère négocier, à prix d’or, la retraite de l’envahisseur plutôt que livrer bataille. Une attitude qui lui coûte le trône au profit de Eudes et signe la fin de l’empire carolingien.

Siegfried et ses hommes lèvent le siège et descendent vers le sud pour poursuivre leurs pillages et exactions. Le chef Viking mourra au combat, au cours de la bataille de Louvain, en 891.

(1) De « víkingar » : ceux qui partent en expédition
(2) De catapultes, béliers, chats, mantelets…
(3) arrière-petit-fils de Charlemagne


drakkar (© DR)LE DRAKKAR : BIJOU DE PRAGMATISME

Les Vikings n’auraient pas inscrit leur nom dans la légende historique sans les fameux drakkars, ces navires qui leur ont permis de sillonner toutes les mers européennes et bien plus encore. Le drakkar était vraiment une embarcation tout à fait originale, à la coque particulièrement souple, lui permettant d’affronter la haute mer. Sa légèreté lui permettait de progresser rapidement dans toutes les conditions, qu’il soit fait usage de la voile rectangulaire en laine ou d’avirons maniés par l’équipage. La proue de ces navires représentait une figure d’animal (bélier, bison, grue…) qui contribuait à terroriser les foules et rendre ces bateaux d’autant plus mythiques.


funéraire (©DR)JUS DE CRÂNE

Une légende tenace, veut que les Vikings buvaient dans les crânes de leurs victimes ennemies. Il n’en est évidemment rien. Cela n’empêchait pourtant pas ces navigateurs scandinaves, d’espérer en un au-delà où il serait possible de savourer les délices de la vie après la mort. On a ainsi retrouvé dans les cimetières vikings, des ossements de chevaux et des planches d’embarcations, laissant à penser que les Vikings imaginaient que leurs morts passaient dans l’autre monde à cheval ou sur leur drakkar. Dans son livre Une histoire des Vikings, Gwyn Jones écrit : « On donnait au défunt, homme ou femme, tout ce qui pourrait rendre sa vie dans l’au-delà aussi confortable et honorable que celle qu’il menait ici-bas […]. Le bateau [enfoui] à Ladby, au Danemark, […] avait encore son ancre à bord, prête à être jetée une fois le voyage du prince achevé.»