Le vieux Buch Sachtz est de retour. Ne vous fiez pas à son air de vieux décrépi. Il a beau être désagréable et cumuler les défauts, on se prend vite d’affection pour ce vieux héros et Daniel Friedman nous trimballe avec délice de l’Amérique de 1965 à celle d’aujourd’hui à travers une enquête trépidante. Aux éditions Sonatine.

NE-DEVIENS-JAMAIS-PAUVRE (© DR)Buck Schatz est un policier en retraite forcée. Son vieil ennemi, Élie, un gangster qu’il a traqué dans les années 1960, vient le chercher dans sa paisible et ennuyeuse maison de repos à Memphis pour lui demander de l’aider pour sauver sa peau. Buch est bien tenté de l’envoyer promener mais d’une, Élie lui promet d’avouer à la police tous les crimes de sa carrière et de deux, il aime trop se fourrer dans le pétrin pour laisser passer pareille occasion. À 88 ans, il reprend du service, déambulateur au poing et arme cachée sous la veste malgré les 40° ambiants. Le côté ronchon décrépi de Buch Schatz ajoute un charme sans pareil à une histoire déjà bien écrite, pleine de suspense, de sensibilité et d’humour. On suit les aventures des vieux Buch et Élie, qui l’un comme l’autre et malgré leur âge bien avancé, n’ont rien perdu de leur ruse de vieux renard même si le corps ne suit pas toujours leur vivacité d’esprit, tout en découvrant la carrière, l’histoire et les blessures de Buch Schatz. Le passé éclaire inévitablement le présent. Buch et Élie, c’est un peu Luther King et Malcolm X ou Charles Xavier et Magnéto pour les fans des X-Men mais Friedman évite avec subtilité l’écueil du manichéisme naïf. Le Bien et le Mal ne sont pas clairement définis et il n’y a aucune moralité à tirer à la fin de l’histoire. Juifs tous les deux, ils ont connu l’antisémitisme. Élie a même survécu au camp de concentration. Mais alors que l’un fait profil bas pour se faire oublier, l’autre a décidé de prendre ce qu’on ne veut pas lui donner.