L’affaire de la gare TGV-TER de Vandières (54), en plein chambardement territorial, divise à nouveau les élus lorrains de tous bords, une dizaine d’années après avoir rassemblé la gauche et les Verts lors des élections régionales de 2004. Mordicus, les uns soutiennent son utilité. Les autres sa fatuité. Pour sa part, le président du Conseil régional Jean-Pierre Masseret souhaite consulter des Lorrains.

Gare Lorraine TGV (© Mensuel L'Estrade)Christian Eckert, secrétaire d’État au Budget, a confirmé au cours d’un déplacement à Metz que l’État avait trouvé le financement pour sa construction, cet apport financier étant assuré par le prolongement du prélèvement de la taxe régionale sur les carburants (TICPE ou Taxe intérieure de la consommation sur les produits énergétiques). La région avait récemment rappelé son engagement d’assurer la maîtrise d’ouvrage ainsi qu’une partie du financement quant à la réalisation de cette gare. L’État s’était pour sa part engagé à donner une réponse sur l’étude financière présentée par Jean-Pierre Masseret, le Conseil d’État ayant rendu, en 2011, un avis favorable à la déclaration d’utilité publique de la gare d’interconnexion de Vandières.

Située sur la ligne TER-TGV qui relie Luxembourg à Nancy, la gare devrait être installée au nord de Nancy et pourrait coûter jusqu’à 120 millions d’euros. Les départements de Meurthe-et-Moselle, des Vosges et de la Meuse, tout comme la majorité régionale socialiste, sont favorables à la construction de cette seconde gare. Le président Masseret souhaite en boucler le financement d’ici la fin de l’année pour un achèvement des travaux, dont la durée est estimée à 5 ans, en 2020.

Le Conseil général de Moselle, département où se trouve la gare TGV -au départ provisoire- de Louvigny, et en particulier son président UDI Patrick Weiten est vent debout face à ce qu’il estime être « une provocation en vue des prochaines élections régionales ». Car la nouvelle gare d’interconnexion serait construite, si le projet était mené à son terme, à une vingtaine de kilomètres de la gare TGV existante qui accueille quelque 600 000 voyageurs annuels. Or, comme le rappelle le président du CG57, le « fret TGV n’existe pas » et « la gare de Louvigny pourrait devenir une friche ferroviaire ». Jean François, son vice-président (UMP), évoque le « fiasco de Chambley », « les déficits qui se creusent […] au moment même où la SNCF, pour cause de TGV trop cher, s’apprête à fermer des gares » et l’absence d’utilité in fine du projet. Les deux élus ne manquent pas en outre de rappeler que les études qui ont mené à la validation du projet datent du siècle dernier et que leur gare, qui a coûté 35 millions d’euros, est proche de l’aéroport régional. Nathalie Colin-Oesterlé, UDI, fustige pour sa part un « projet politique basé sur un dogme écologiste erroné qui ne résiste pas à une analyse rationnelle, sans parler de l’augmentation de la fiscalité aux dépens des Lorrains ». Selon l’élue, les études sur Vandières « estiment à 32 % seulement la part des clients qui y accèderaient par le TER, donc près des deux tiers utiliseraient leur véhicule. »Pour l’heure, aucune solution officielle n’a été trouvée pour Louvigny et les interrogations demeurent nombreuses quant à la réelle fréquentation que génèrera la gare d’interconnexion de Vandières

Or parmi les inconditionnels soutiens du projet on retrouve le groupe des écologistes à la Région, Josiane Madelaine, présidente du groupe des Verts, en tête, selon qui cette gare « va permettre de relier la Lorraine à une large partie de la France et à l’Europe dans une approche écologique intégrée », et s’avère être une « impérieuse nécessité ». Pour les Verts, « Louvigny est la dernière gare TGV non connectée au réseau ferroviaire dit classique (le TER), la plus grande partie des voyageurs y accède par voie routière, surchargeant principalement l’axe A31, E21-E23 », or « dans une logique de réduction des gaz à effets de serre en favorisant clairement les transports en commun peu polluants », Vandières leur paraît toute indiquée. D’une manière générale, les défenseurs du projet, qu’il s’agisse du président de Région ou des président des départements des Vosges, de la Meuse et de la Meurthe-et-Moselle plaident la transition énergétique, la cohérence territoriale et un immense chantier qui « redonnerait de l’oxygène aux entreprises locales de travaux publics ».

Le projet de consultation du président Jean-Pierre Masseret est favorablement accueilli par les élus lorrains d’Europe-Ecologie-Les-Verts, notamment Guy Harau, président du groupe au Conseil régional, bien qu’ils rappellent que les Lorrains se sont déjà exprimés à trois reprises sur le sujet « lors des élections régionales de 2004 puis de 2010 et lors de l’enquête publique de 2009 ». Mathieu Klein et Christian Namy, respectivement présidents des départements de Meurthe-et-Moselle et de Meuse, saluent l’initiative, cet « investissement lourd » devant selon eux « se faire avec l’avis des citoyens ». Tous deux s’inquiètent néanmoins, dans la bonne marche de cette consultation, du « degré d’implication des populations alors que beaucoup ne sont pas directement concernés par la question ».

Pour l’heure, aucune solution officielle n’a été trouvée pour Louvigny et les interrogations demeurent nombreuses quant à la réelle fréquentation que génèrera la gare d’interconnexion de Vandières. Reste à connaître le résultat de la consultation des Lorrains que la région sera libre de suivre ou non.