Propos recueillis par Fabrice Barbian

Avec son livre intitulé J’y étais !, Vadim Korniloff, partage son regard sur l’art et le monde tel qu’il le voit. L’artiste messin d’origine russe dérange, étonne et choque car ses mots et ses peintures, parfois cyniques et ironiques, nous renvoient à nos propres contradictions.

J’y étais ! Carnet de (par-dessus) bord illustré n’est pas votre premier livre…

J’ai été publié à plusieurs reprises en tant qu’illustrateur pour des recueils de poésies, romans, et essais (édition La Différence, Canoë, Ovadia, etc.). En tant qu’auteur, j’ai publié Raté ! Les tribulations d’un artiste contemporain, publié aux éditions Edilivre. C’est un essai qui mêle témoignages et réflexions personnels, sur l’art en particulier. Je suis également l’auteur et le dessinateur d’un roman graphique inspiré du roman Oblomov d’Ivan Gontcharov : Une journée chez Oblomov, publié l’année dernière aux éditions Yil. 

Vous êtes avant tout connu en tant que peintre, vous accompagnez d’ailleurs vos textes, de nombreuses peintures, dans J’y étais !. Que vous apporte l’écriture que la peinture ne vous procure pas (ou ne vous permet pas) ?

L’écriture est comme une extension de la peinture, cela me permet d’aller puiser dans un autre medium, de m’enrichir d’une énergie nouvelle et différente. C’est aussi un jeu, comme un ping-pong, entre écriture et peinture. Dans mes écrits, il y a également une certaine musicalité. Tout cela participe à un équilibre en matière d’esthétisme. À la limite peu importe le mode d’expression, l’important c’est de s’exprimer, quitte à emprunter des chemins de traverse. Cet ouvrage est un livre d’artiste qui fait partie de mon parcours personnel. 

Comment avez-vous travaillé ? Vous avez peint et écrit en même temps ? D’abord écrit, d’abord peint ?

J’écris régulièrement des textes, des chroniques ou des billets. Ce sont autant de traces « d’instants ». J’en ai accumulé 150 au cours des 5 dernières années. J’ai profité du confinement pour les relire, les fusionner, les confronter pour finalement retenir 30 textes qui sont autant de réflexions personnelles sur des sujets divers. La majorité des peintures ont été créées, après les textes, exceptées trois d’entre elles. 

Avec ce livre, vous partagez vos réflexions sur des sujets divers (l’art contemporain, les Français, l’Islam…). Tous les textes sont très courts. Pourquoi ce parti pris de la brièveté qui s’accompagne, forcément, de raccourcis, d’affirmations « gratuites » voire de propos choquants ?

Le format est efficace, c’est comme l’extension d’un slogan. Nous avons tous notre propre vérité. Je donne mon avis, partage mon regard, ma vérité, quitte, c’est vrai, à tenir des propos que d’aucuns jugeront ‘réac’, à composer avec des contradictions, les miennes comme celles du monde. Je ne cherche nullement à convaincre le lecteur ou à le séduire. Tant mieux si mes propos questionnent mais la façon dont sont réceptionnés mes écrits, mais également mes illustrations, ne regardent, finalement, que le lecteur lui-même. Il prend mes avis comme il veut.

Vous évoquez, entre autres, l’art contemporain qui fait l’objet de propos particulièrement « grinçants ».

J’égratigne une partie de l’art contemporain, en tout cas, celui qui est engagé dans une course au « spectaculaire ». Ce que je reproche à cette « production », c’est qu’elle ne questionne rien de notre réel. Bien au contraire, elle ne fait que l’imiter, le commenter. Que la société occidentale soit pornographique ou encore infantile, comme le suggèrent, par exemple, respectivement Jeff Koons et Paul McCarthy, c’est un fait connu, su et entendu de tous. Et pourtant, ces artistes s’échinent, productions après productions (ce ne sont pas eux qui les fabriquent, voilà pourquoi j’emploie le terme de « production »), non pas à nous questionner sur les pathétiques caractéristiques de la société occidentale, mais simplement à nous rappeler leurs existences encore et encore. C’est la posture Canal + qui s’attache à ricaner du passé, la posture de l’éternel contre-pied à l’art du passé qui est un grossier gimmick de l’art contemporain. Comme je le souligne dans mon livre, force est de constater que sans l’existence de l’art du passé (qui se suffi(sai)t à lui-même), celui de l’art contemporain serait fatalement compromis. J’observe aussi qu’au 17siècle, toutes les personnes, ou presque, qui se rendaient à l’opéra ou au concert, étaient capables de lire une partition, la moindre fausse note était saisie. Aujourd’hui, les musées sont fréquentés par des touristes en short et en tongs qui contemplent des œuvres aux codes tellement compliqués, qu’ils ne les comprennent pas, qui n’alimentent pas la réflexion. Seule l’émotion, gavée au « spectaculaire », fascine. 

Quelle est votre actualité ?

J’expose en ce moment à Saint-Valéry-Sur-Somme à la galerie Maznel, jusqu’en avril 2021. J’ai une exposition collective à partir du 11 novembre à l’Espace Christiane Peugeot à Paris 8e, mais j’ai bien peur que cela ne soit compromis avec la crise sanitaire actuelle. En février/mars, une exposition avec le collectif Figuration Critique au Bastille Design Center, toujours à Paris, est également programmée mais les dates ne sont pas encore définies, toujours compte tenu de la situation sanitaire. 

Vadim Korniloff j'y étais livre

Pour plus d’informations sur Vadim Korniloff,

son travail et son livre J’y étais ! :

vadim-korniloff.com