L’Université de Lorraine a été créée en 2012, suite à la fusion de quatre entités de Metz et de Nancy. Au-delà de son intérêt pour le territoire, en matière d’attractivité et de formation, elle est, aussi, le symbole du rapprochement entre les deux grandes cités lorraines. Mais les relations se dégradent…

C’est en 2008 qu’est officiellement lancé le processus visant à favoriser la création de l’Université de Lorraine qui vise à fusionner l’université Henri-Poincaré Nancy-I, l’université Nancy-II, l’université pluridisciplinaire Paul-Verlaine de Metz et l’Institut national polytechnique de Lorraine (INPL) qui regroupe sept écoles d’ingénieurs dont l’Ecole des mines de Nancy. En avril 2008, un consortium des 4 universités et les acteurs de la recherche font acte de candidature en ce sens, dans le cadre du programme Campus, initié par le gouvernement, et dont l’un des objectifs est d’accompagner les rapprochements et fusions en universités. Ce n’est pas gagné d’avance. La candidature de l’Université de Lorraine est d’abord retoquée par le gouvernement.

Alors, les élus qui sont déjà « impliqués » dans la démarche, montent au créneau. Toujours en 2008, un « pacte territorial pour une université lorraine » est alors signé par Jean-Pierre Masseret L’université de Lorraine ne fonctionne pas, comme prévu, en binôme. Nancy décide, Metz applique. Mais c’est Metz qui perd des points dans les classements des villes étudiantes car son offre de formation est pauvre.pour le Conseil régional de Lorraine, André Rossinot pour la Communauté Urbaine de Nancy, Jean-Luc Bohl pour la Communauté d’Agglomération Metz Métropole, Dominique Gros pour la ville de Metz, Philippe Leroy pour le Département de la Moselle, Michel Dinet pour le Département de Meurthe et Moselle et Claudine Guidat pour la Ville de Nancy. Les élus affichent alors ouvertement leur soutien « plein et entier » au projet de fusion. L’ambition est alors de parvenir à créer l’Université de Lorraine dans les 4 ans à venir (histoire d’éviter que les « choses » ne trainent et les revirements de situations car tout le monde n’est pas forcément sur la même longueur d’ondes…). Un calendrier qui s’avèrera finalement respecté après toute une procédure qui a notamment vu la création du pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) en 2009, après 4 ou 5 ans de discussion. En fin d’année 2008, Nicolas Sarkozy confirme son soutien au projet. « L’union sacrée des politiques » a eu son importance sur l’issue finale tout comme la détermination des présidents des universités à opérer un rapprochement. Ce qui n’était pas une « évidence absolument ». En 2007, l’ambition est surtout d’opérer une fusion des universités nancéiennes avec, éventuellement, une intégration « messine » dans un second temps.

Relever le défi de l’innovation et la connaissance, s’armer face à la concurrence vive que se livrent les territoires (les universités de Strasbourg fusionnent en 2009 et l’Université du Luxembourg a été créée en 2003), optimiser le potentiel en matière de recherche, gagner en attractivité… Les arguments avancés pour justifier de la nécessité de créer l’Université de Lorraine – « stratégique pour l’avenir de la Lorraine » dixit Jean-Pierre Masseret -, sont multiples et sans surprise. Ce rapprochement participe aussi, alors, à apaiser les tensions et les rivalités entre les territoires, entre Metz et Nancy (2008, c’est la réorganisation des administrations publiques, les restructurations militaires…) ainsi qu’entre les universités elles-mêmes.

Une harmonie qui s’avère quelque peu chancelante, en coulisses, comme l’a révélé l’abandon de Mista, le projet portant sur la création d’une école d’ingénieurs à Metz, puis le couac de la fameuse carte de la conférence des présidents d’université, où figurait Nancy, siège de l’Université de Lorraine, mais pas Metz (voir pages suivantes), qui a participé à souffler sur les braises. L’Université de Lorraine ne fonctionne pas, comme prévu, en binôme. Nancy décide, Metz applique. Mais c’est Metz qui perd des points dans les classements des villes étudiantes car son offre de formation est pauvre, car les conditions de travail n’y sont pas performantes, car elle doit se contenter de vivre dans l’ombre de Nancy, à en croire différentes sources (voir interviews). C’est toute la Lorraine qui en fait les frais. Faut-il, dès lors, que les universités meurthe-et-mosellanes et mosellanes, se séparent ? Le divorce, en tout cas, a ses adeptes.

Les dates clés
Juillet 2008 : sept collectivités de Lorraine soutiennent le projet Opération campus en signant un « pacte territorial pour un espace universitaire construit à l’échelle régionale ».
Octobre 2009 : création du pôle de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) de l’Université de Lorraine. Il se substitue alors à celui de Nancy déjà existant.
Octobre 2010 : rédaction des statuts de la future Université de Lorraine avec le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche.
25 janvier 2011 : chacune des quatre universités concernées vote sa fusion au sein de l’Université de Lorraine.
23 septembre 2011 : création officielle de l’Université de Lorraine.
1er janvier 2012 : fusion des quatre universités au sein de l’Université de Lorraine qui compte alors 54 000 étudiants, pour un budget d’environ 550 millions d’euros.

Qui décide ?

Le président de l’Université de Lorraine, par ses décisions, le conseil d’administration (CA), par ses délibérations, le conseil scientifique, le conseil de la formation, le conseil de la vie universitaire et le sénat académique, par leurs avis et orientations, assurent l’administration de l’université.

Un directoire assiste le président dans l’accomplissement de ses fonctions.

Le Conseil d’Administration est l’organe décisionnel de l’université. Il détermine la politique de l’établissement et notamment approuve le contrat d’établissement avec l’État, vote le budget, arrête les comptes, et répartit les emplois et crédits. Il approuve la création et la suppression des composantes et des structures internes qui composent l’université.

Le conseil scientifique veille à la qualité et à la cohérence de la politique scientifique de l’établissement, à l’élaboration de laquelle il contribue. Il s’assure de la liaison entre l’offre de formation et la politique scientifique. À ce titre, il est consulté sur la répartition des crédits de recherche, la politique d’emploi des enseignants-chercheurs et chercheurs, les programmes et contrats de recherche proposés par les pôles scientifiques, et la création et la suppression de pôles scientifiques.

Le conseil de la formation veille à la qualité et à la cohérence de l’offre de formation et de sa déclinaison territoriale. Il contribue à l’élaboration de la politique de formation initiale et continue.

Le conseil de la vie universitaire veille à la qualité de la vie universitaire et au respect des droits et libertés des étudiants. Il est consulté sur la politique de sites en matière d’activités culturelles, sportives ou associatives, l’action sociale en faveur des étudiants et des personnels ainsi que l’attribution des crédits correspondants…

Le sénat académique se compose des membres élus des conseils scientifiques, de la formation et de la vie universitaire, ainsi que de 16 autres représentants élus des personnels. Il est consulté sur les orientations stratégiques de l’établissement : projet d’établissement, prévisions budgétaires pluriannuelles, politique annuelle d’affectation des ressources humaines. Le président lui présente le projet qu’il entend mettre en œuvre pour l’établissement.

L’université de Lorraine comprend également :

Des collégiums, qui assurent la coordination des activités des instituts, des écoles ou des unités de formation et de recherche qui les composent ;

– Des pôles scientifiques, qui assurent la coordination des activités des unités de recherche qui les composent et la cohérence scientifique des domaines concernés.


MISTA : Symbole d’une fusion ratée ?

Alors que tout semblait bien parti et, contre toute attente, l’Université de Lorraine a choisi d’abandonner MISTAle projet de création d’une nouvelle école d’ingénieurs à Metz. Une décision qui interroge quant au mode de fonctionnement de l’université et sur le « poids » de Metz au sein de l’organisation.

La nouvelle école d’ingénieurs de Metz, Mista, ne se fera pas ou alors un jour, peut-être. Pourquoi ? Parce que « tout a été monté dans le mauvais sens », a indiqué Pierre Mutzenhardt, le président de l’Université de Lorraine (UL) dans les colonnes du RL, daté du 14 juillet dernier. Une explication surprenante puisque le projet a été développé durant plus de 4 ans, au sein même de l’université. D’ailleurs, à différentes reprises, la création d’une nouvelle école d’ingénieurs à Metz a été votée, à l’unanimité, par le collégium concerné. Si cela se présentait mal, s’il y avait des failles dans la méthode ou le contenu, pourquoi ne pas avoir tiré la sonnette d’alarme, bien plus tôt ? Surtout que « l’Université de Lorraine privilégie la collégialité, le partage des savoirs, des expériences et des compétences. Elle défend le respect de la diversité des cultures et des points de vue, ainsi que la solidarité », peut-on lire sur la première page de son site internet. Autrement dit, on s’y parle, on échange, on collabore… Aujourd’hui encore, malgré les demandes d’explications et de précisions, notamment de la part des élus mosellans, force est de constater qu’elles n’ont pas été fournies. Ce n’est toujours pas clair. Ce qui laisse la porte ouverte aux spéculations, aux analyses et même aux remises en cause de l’intérêt pour la sphère universitaire de Metz et de la Moselle de rester au sein de l’Université de Lorraine. L’approche des municipales attise les polémiques et les tensions, c’est certain. Mais, sur le fonds, le mode de fonctionnement de l’université qui est un « mastodonte » sans aucune agilité (voir commentaires) est assurément perfectible. Et le déséquilibre « des forces » au sein de la gouvernance de l’UL, une évidence. Les acteurs mosellans ont certainement, leur part de responsabilités en la matière car ils ont laissé faire alors qu’il convenait d’être attentifs. Il y a plus de 10 ans déjà, en 2008, Philippe Leroy, alors président du Conseil général de la Moselle et signataire du « « pacte territorial pour une université lorraine » évoqué précédemment, s’inquiétait déjà, de la place accordée, dans la durée, à l’université messine au sein du duo. Pierre Mutzenhardt, dans les colonnes de l’hebdo La Semaine, explique que ce n’est pas la réalité – « je pense que Metz a plutôt été gagnant avec la fusion », précise-t-il même – tout en concédant qu’il importe de travailler sur le ressenti (des Messins). Tirer un trait sur une école d’ingénieurs, sans explications et sans volonté affichée de trouver des solutions pour qu’elle se fasse, ce n’est pas du ressenti, c’est du concret. Du vide, certes, mais bien concret !


Metz oubliée…

La Ville de Metz a été rayée d’une carte de France des villes universitaires, publiée par la Conférence des présidents d’université. Une erreur, visiblement, mais qui alimente le débat à Metz et les tensions entre Metz et Nancy.

Metz n’est pas sur la carte des villes universitaires ! À 6 mois des municipales, déjà chauffés à blanc par l’abandon du projet Mista, les élus et les candidats à la mairie, sont montés aussi sec en température afin de dénoncer cette « éradication complète de l’enseignement supérieur à Metz », pour reprendre les termes de François Grosdidier (Les Républicains).

Jérémy Aldrin, candidat aux municipales pour Agir, mais également universitaire, s’est également manifesté tout en plaidant, une fois encore, une sortie de Metz de l’Université de Lorraine. Le maire de Metz, le socialiste Dominique Gros et Jean-Luc Bohl, le président de Metz-Métropole, ont quant à eux, fissa, envoyé un courrier au président de la Conférence des présidents d’université pour lui demander  des explications et une rectification.

« […] Nous constations que la Conférence des présidents d’université (CPU) semble évincer purement et simplement Metz et sa Métropole des villes universitaires et des lieux de recherche et de formation, comme en témoigne la carte figurant en dernière page de votre publication. Sans doute m’objecterez-vous le choix d’un critère très simplement administratif dans l’élaboration de votre cartographie sous le prisme des sièges d’établissement. Cela n’excuse pas cette présentation de toute façon incohérente avec le titre de votre carte de France ou encore avec la mention d’Aix-Marseille sur cette même carte », écrivent notamment les deux élus messins. Dans un courrier qui n’a pas tardé, Gilles Roussel leur demande d’accepter « ses excuses pour cette cartographie minorant la place occupée par Metz dans le paysage national et européen de l’enseignement supérieur et de la recherche ». Il confie une « négligence » et précise que cette carte a été retirée des documents officiels remis au gouvernement. Pierre Mutzenhardt, qui était en copie du courrier signé par Dominique Gros et Jean-Luc Bohl, en tant que président de l’Université de Lorraine mais aussi en tant que président de la commission Recherche de la CPU, a quant à lui indiqué qu’il avait demandé la rectification de la carte dès sa publication, le 2 septembre.

Une erreur, une maladresse… Mais la carte a circulé. Et il importe tout de même de préciser que cette carte figurait sur la dernière page d’une publication dans laquelle la CPU détaillait ses Précisons que cette carte figurait sur la dernière page d’une publication dans laquelle la CPU détaillait ses propositions, au gouvernement, dans le cadre des débats liés à la Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche. Ce n’était donc pas un flyer pour une soirée étudiante…propositions, au gouvernement, dans le cadre des débats liés à la Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche. Ce n’était donc pas un flyer pour une soirée étudiante… Des excuses ont été faites. On en reste là ?

Non. Pour François Grosdidier, cet oubli est le symptôme de la fusion ratée des universités de Lorraine. « Metz est reléguée au même rang qu’une délocalisation d’université, au même titre que les IUT de Longwy, de Sarreguemines, de Forbach. La gouvernance est totalement déséquilibrée. Les 9/10èmes des directions opérationnelles sont à Nancy », a-t-il souligné sur France Bleu Lorraine avant d’ajouter que la fusion ne devait pas se faire dès lors que « les Nancéiens ne respectaient pas le contrat moral qui était passé ». Et d’en profiter, au passage, pour égratigner un autre candidat à la mairie, Richard Lioger, qui est l’un des anciens présidents de l’Université de Metz (avant la fusion). « Il (Richard Lioger) a mauvaise conscience parce que c’est lui, quand il était président de l’Université de Metz, qui a préparé cette fusion. Il l’a fait sans prévoir aucune garantie pour Metz ».

Pour sa part, Patrick Weiten, président du Conseil départemental de la Moselle, en conférence de presse, est revenu sur le sujet reconnaissant que Metz n’a pas, à l’évidence, toute la place qu’elle mérite au sein de l’Université de Lorraine et de poursuivre : « La Moselle est l’un des seuls départements de France à financer une université et pourtant nous ne siégeons pas au conseil d’administration. Et de poursuivre, le projet d’école d’ingénieurs MISTA est un beau projet. Il convient d’ailleurs d’en parler au présent car on ne peut pas le balayer d’un revers de la main sans aucune explication. La question de Metz et de la Moselle au sein de l’Université de Lorraine doit dépasser le contexte electoral actuel. J’attendrai donc que soient passées les Municipales pour engager un mouvement. »

« La fusion nous a apporté des choses extraordinaires. Vouloir se saisir de cette polémique quand on n’y connait rien, au profit d’une division, c’est vraiment lamentable. La campagne municipale ne doit pas être le prétexte pour défaire des choses qui fonctionnent », a précisé le candidat Richard Lioger pour qui il convient de privilégier le… dialogue. Pas certain que la période y soit très propice.


Vers un Metzit ?

La fusion des universités de Metz et Nancy ne fonctionne pas. C’est en tout cas l’avis de divers élus et universitaires messins et mosellans, tout particulièrement, qui estiment que le rapprochement opéré il y a 7 ans, a surtout profité à Nancy. Faut-il, dès lors, envisager une séparation ? Certains y sont favorables partant du principe que libérée du carcan nancéien, l’Université de Metz a les moyens de s’épanouir. Sans forcément aller jusqu’au divorce, une majorité d’acteurs s’accorde sur la nécessité de remettre les choses à plat, notamment en ce qui concerne la gouvernance, la répartition des « pouvoirs » et le fonctionnement de l’Université de Lorraine

 

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Nidhal Rezg : « Les initiatives messines visant à rendre notre site plus attractif se voient bloquer par Nancy »

Pensez-vous que l’Université Lorraine est profitable à Metz ?

Ce qui est certain, c’est qu’après presque 7 ans de gouvernance nancéienne, l’Université de Lorraine ne profite guère à Metz. Il suffit de jeter un œil au classement qui font références. Metz a chuté dans le classement des villes étudiantes en France. La ville est classée 37/44 au dernier classement de 2019/2020 par le magazine l’Étudiant. Elle a encore perdu deux places par rapport au classement de 2018/2019. Et dans le même temps Nancy a gagné 2  places en 2019/2020 occupant le 13e rang.  Pour rappel, en 2012, Metz occupait la 24ème place de ce classement (et Nancy la 12e).

Estimez-vous que l’UL est aujourd’hui au service « exclusif » de Nancy ?

Metz souffre de la pauvreté de son offre de formation universitaire. Et l’abandon récent d’une initiative de formation attractive l’a confirmé une fois encore. Les initiatives messines visant à rendre notre site plus attractif se voient bloquer par Nancy. Et cela alors que Nancy est déjà bien lotie. Il ne faut pas oublier qu’à Nancy, il y a la faculté de médecine, la faculté dentaire, la faculté de pharmacie et 9 écoles d’ingénieurs. Ce sont autant de formations très demandées par les étudiants.

Des élus messins et mosellans se manifestent pour dénoncer les problèmes de gouvernance au sein de l’UL. Ont-ils raison, selon vous, d’intervenir et de réagir ?

L’Université de Lorraine, c’est l’affaire des étudiants et des universitaires mais aussi des responsables politiques de la mairie de Metz, de la Métropole, du Département et de la Région. Je suis scandalisé par les réactions des dirigeants de l’UL. Ils mettent l’accent sur la politisation du débat universitaire à Metz, dans le cadre des prochaines élections municipales, pour minimiser leurs échecs dans le développement de notre site, pour une meilleure attractivité. Je me répète, Metz dégringole dans les classements depuis plusieurs années déjà. C’est très alarmant pour notre site. Il importe de se poser les bonnes questions du pourquoi et du comment, avec l’ensemble des acteurs universitaires et des responsables politiques locaux.

Nidhal Rezg est professeur des Universités, Directeur du LGIPM, Secrétaire Général du Pôle MATERALIA et Directeur Général de l’UPS DITEX. Il a également piloté le projet Mista.

 

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Éric Brangier : « Nancy et Metz peuvent chacune faire deux meilleures universités. Chacune gagnera à être une métropole universitaire à part entière. »

Quel est votre sentiment sur la situation actuelle de l’Université de Lorraine (UL) ?

Un sentiment de gâchis, un gâchis organisationnel et territorial. Sur le plan organisationnel l’UL n’arrive pas à fonctionner efficacement. Trop de hiérarchie, trop de lourdeur, trop de niveau décisionnel ont occasionné des dysfonctionnements massifs. Sur le plan territorial, les statuts de l’UL confèrent plus de pouvoir à Nancy qu’à Metz, si bien que les initiatives mosellanes ne trouvent pas d’écho ou sont bloquées. La fin de l’école Mista n’est qu’un exemple médiatisé de cette pratique de blocage des déterminations messines. Cette pratique de blocage semble avoir, même si certains s’en défendent, l’objectif de ne pas permettre à Metz de rattraper son retard en matière d’enseignement supérieur et de recherche, en gardant les filières sur Nancy plutôt qu’en les rééquilibrant vers la Moselle. Lorsque j’ai soutenu le projet de fusion des 4 universités c’était avec l’ambition claire d’équilibrer l’Université de Lorraine sur deux métropoles : Metz et Nancy. Or après 7 années, nous ne voyons toujours pas venir d’équilibrage. Je me permets de rappeler que selon l’INSEE, sur les quatre anciens départements lorrains, la Moselle a diplômé 9674 nouveaux bacheliers, la Meurthe-Moselle 6772, les Vosges 3694 et la Meuse 1717. La Moselle produit donc 44,3% des bacheliers lorrains mais ne forme qu’au mieux 25% des étudiants.

Que s’est-il passé en 7 années pour expliquer ce recul ?

La stratégie de l’actuelle gouvernance a été de faire de Metz un site « miroir » de Nancy, une sorte de calque sans spécificité, devant copier les décisions prises par le central. Si bien que les sites mosellans ont perdu leur originalité et leur spécificité. On nous demande de faire les mêmes cours, les mêmes parcours, les mêmes filières sur les deux sites, alors que nous aurions pu démultiplier nos offres de formation et ainsi doper les filières messines. Ce mode de fonctionnement entraîne, aussi, des problèmes organisationnels. Le pire exemple est sans doute celui d’une étudiante ERASMUS qui avait besoin d’une signature urgente pour son contrat d’études, et, faute de d’habilitation à signer à Metz, la réponse donnée à l’étudiante messine a été de se déplacer à Nancy pour que le Directeur Général des Services signe son contrat. Tout cela est inadmissible !

Comment interprétez-vous les tensions actuelles ?

Ce qui pose problème à l’UL c’est le travail. Il est en perte de performance, de satisfaction, de réalisation de soi et d’épanouissement. Une bonne partie de la difficulté du travail à l’UL vient du fait que le personnel s’épuise à essayer de faire fonctionner une organisation dysfonctionnelle. L’UL empêche les personnes motivées de bien faire leur travail et ainsi s’en retrouvent démotivées. Une partie du personnel est exaspérée, démotivée, certains sont en souffrance, deux collègues se sont suicidés sur le lieu de travail. Aujourd’hui, certaines personnes de l’UL me semblent être dans le déni, elles refusent de voir que les choses tournent mal, elles normalisent la déviance, elles politisent la situation, elles ne veulent pas admettre que les baisses de performance et l’augmentation du mal-être sont liées à la manière dont le travail se fait. Mais c’est le travail, les conditions de travail et l’organisation du travail qui sont les facteurs explicatifs de la réussite ou de l’échec.

Selon vous, que convient-il de faire pour améliorer la situation ?

Il faut faire évoluer l’organisation du travail en tenant compte des réalités du travail et du contexte territorial de la région Grand Est. Il y a une place pour autre configuration universitaire, à Metz et à Nancy. Ensemble, ces deux villes peuvent chacune faire deux meilleures universités. Chacune gagnera à être une métropole universitaire à part entière. L’indépendance n’empêchera pas des collaborations privilégiées entre Metz et Nancy ; cela n’empêchera pas non plus des choix séparés qui seront plus stratégiques pour l’une ou l’autre.

Éric Brangier est Professeur des Universités en Ergonomie et Psychologie des Organisations, Responsable du Master Ergonomie de l’Université de Lorraine, Directeur de l’Unité de Prestations et Services de PErSEUs et Responsable du projet Managemétrie de l’Université de Lorraine.

 

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Bernard Heulluy : « Il faut ouvrir le débat même si, pour l’heure, la présidence est dans le déni »

« La fusion a eu impact positif sur certains dossiers. Mais, pour moi, le bilan est globalement négatif. L’UL est un mastodonte et son mode de fonctionnement centralisé, à Nancy, inadapté. Pour résumer : Metz se doit d’appliquer ce qui se dit et se décide à Nancy. Il n’y a pas d’équilibre entre les sites et cela a généré un sentiment de dépossession à Metz, une perte d’autonomie. Ce sentiment n’est pas nouveau. Cela fait quelques années que cela dure. Mais ce ‘malaise’ reposait beaucoup sur du ressenti individuel. Pour une raison simple c’est que la politique de l’université consiste à ne fournir et à ne dévoiler aucune donnée, aucun chiffre. Difficile, dès lors d’évoluer d’un ressenti individuel vers un ressenti collectif permettant à Metz de se faire entendre et d’agir, de façon constructive, pour imposer un rééquilibrage des décisions entre Metz et Nancy. Le dossier MISTA a révélé ce dysfonctionnement et a déclenché des réactions. À court terme, je pense qu’il est important de discuter pour parvenir à un équilibre dans les prises de décisions et faire en sorte que l’UL enclenche une vraie politique de déconcentration, quitte à revoir le règlement intérieur. Il faut ouvrir le débat même si, pour l’heure, la présidence est dans le déni ».

Bernard Heulluy est enseignant/chercheur à l’IUT de Metz, directeur du Collegium des IUT de l’UL et élu Metz Métropole