Yugurthen est le premier polar de Bertrand du Chambon. Entre poésie et réalité brutale, il nous trimbale dans une Marseille à la fois moderne et surannée, aux prises avec la pègre et la misère sociale.

YugurthenBertrand du Chambon aime associer ce que notre imagination croit impossible à lier. Yugurthen, son personnage, est un flic à l’ancienne qui ne tortille pas pour marcher droit mais il est en même temps rêveur, fin lettré et même poète à ses heures. Sa mère était berbère, son père juif algérien. Ses collègues s’y perdent. Il est juif ? Arabe ? Lui-même pense que s’il avait été à Gaza, il aurait probablement été les deux. Un être humain avant tout, un peu brute de décoffrage mais généreux. D’ailleurs, sa générosité va l’entraîner dans une affaire qu’il n’aurait pas imaginée. Un beau matin, on retrouve le cadavre d’un « nonide », un SDF, apparemment d’origine maghrébine. Yugurthen se triture l’esprit pour comprendre pourquoi cette histoire le perturbe autant. Et puis, il se souvient. Il avait hébergé Sadak pendant quelques mois. Son inconscient avait reconnu les affaires qu’il portait mais il avait dû se faire violence pour rassembler les pièces du puzzle. Yugurthen nous plonge dans Les Misérables façon Marseille XXIème siècle : on croise la femme de Sadak qui a perdu son bébé dans des conditions affreuses, Nadia, un travesti moldave qui espérait, qui espérait quoi d’ailleurs ?, elle ne le sait guère elle-même, la famille de Sadak, son père et son frère qui tentent de garder la tête hors de l’eau. Au milieu de tout ça, Yugurthen, fou amoureux de Mélodie, trouve le courage de faire de l’humour et des citations impayables pour nourrir son analyse philosophico-sociale de la vie. Avec des scènes et des dialogues truculents, mi-Tontons Flingueurs mi-commissaire Maigret, Bertrand du Chambon nous offre un premier polar drôle et en même temps terriblement tendre et subtil.