François Guillaume a été le témoin privilégié des grands bouleversements qui ont agité les campagnes françaises tout comme la République durant le dernier demi-siècle. Né en 1932 à Ville-en-Vermois de parents paysans, l’homme a su garder les pieds sur terre tout en accédant à de hautes fonctions. Il revient aujourd’hui sur les institutions syndicales et politiques qu’il a dirigées dans son livre intitulé Un paysan au cœur du pouvoir paru aux éditions De Borée.

François Guillaume (© DR)Ayant poussé dans cette France rurale des années 30 qui lui semblait figée, François Guillaume se croyait promis à la même vie que celle de ses parents agriculteurs. C’était sans compter sur les soubresauts de l’Histoire, car dans les 20 premières années de sa vie, il a connu le monde paysan d’antan, la guerre, l’exode, l’occupation, la Résistance, la Libération et la modernisation à marche forcée de l’agriculture… « Cette modernisation me tardait », se souvient le sémillant octogénaire.

Alors qu’il assiste aux premières grandes manifestations d’un monde agricole qui se mécanise, François Guillaume s’engage dans le syndicalisme au sein des Jeunes Agriculteurs (CNJA) : « Nous aspirions à la modernisation de nos métiers, nous avions compris qu’augmenter les surfaces des exploitations était vital et que le monde paysan devait se réformer. Nous étions alors confrontés au gouvernement réformateur du Général de Gaulle et de Michel Debré qui ont su nous entendre et faire la loi d’orientation de 1960. » D’abord simple syndicaliste, François Guillaume gravit peu à peu les échelons du CNJA et en devient président en 1964. Conscient que l’union fait la force, il parvient à rassembler FNSEA, CNJA, chambres d’Agriculture et groupes mutualistes et bancaires agricoles dans la concertation pour mieux faire le poids face aux pouvoirs publics. Passé l’âge fatidique des 35 ans, l’agriculteur doit rendre son tablier et s’engage alors à la FNSEA où il gravit de nouveau les échelons jusqu’à en devenir à nouveau président en 1979.

« Nous avions compris qu’augmenter les surfaces des exploitations était vital et que le monde paysan devait se réformer. »

Confronté successivement à des gouvernements de droite et de gauche, il concède n’avoir « fait de cadeau à personne », notamment à Edith Cresson, nommée ministre de l’Agriculture en 1981, rejetée d’emblée par la FNSEA qui mènera jusqu’à 120 000 agriculteurs dans les rues de Paris. Les ministres se succèdent à l’Agriculture et ne cessent de s’y casser les dents entre grands tournants européens mal négociés et, selon lui, méconnaissance du monde paysan. En 1986, la droite revient aux affaires et le nouveau premier Ministre Jacques Chirac contacte François Guillaume pour lui demander de prendre le maroquin de l’Agriculture. Ce dernier, après avoir consulté ses proches et les grands syndicats, s’y résout, convaincu que c’est là la meilleure façon de faire appliquer la politique agricole qu’il défend. Mais à la tête de son ministère, François Guillaume va se heurter aux arcanes de la bureaucratie française : « Les administratifs détenaient le pouvoir et l’information plus que les politiques », explique-t-il.

Durant son mandat, il obtient notamment la suppression des droits de douane entre les États qui pénalisaient les agriculteurs français depuis 1969 et mutualise le Crédit agricole. En 1989, il est élu membre du Parlement européen et vice-président de l’Assemblée ACP-CEE qui rassemble des représentants du Parlement et de 70 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Il y développe son plan d’aide au Tiers-monde en faveur de l’organisation des marchés mondiaux pour pallier les fluctuations des prix agricoles. Partout où il siège et côtoie hommes d’État et ONG, il se distingue par l’énergie qu’il déploie en faveur du développement économique et social pour mieux endiguer le fléau de la faim. C’est ainsi qu’il convainc Félix Houphouët-Boigny, le premier président ivoirien, de réguler le secteur du café, avec un certain succès jusqu’à la mort de ce dernier.

Son livre retrace un parcours français et européen, depuis son village lorrain jusqu’au cœur des pouvoirs.

Député de Meurthe-et-Moselle de 1993 à 2007, il poursuit son action au sein de l’association le Plan Guillaume. Convaincu qu’une agriculture régulée par un marché équilibré dans sa gestion des flux et des stocks peut profiter à toutes les agricultures mondiales, il se bat contre le dumping économique mondial et le Traité transatlantique. Sans oublier la culture, celle des Arts et Lettres, qu’il intègre dans sa vision globale de valorisation de la ruralité en créant en 1995 le village du Livre de Fontenoy-la-Joute, près de Baccarat ainsi qu’en 1998, le festival de musique baroque de Froville-la-Romane.

Avec son acuité de paysan rompu aux secrets de l’économie, aux errements de la classe politique comme du fonctionnement républicain français, François Guillaume a observé l’agora européenne. Sans prétendre bouleverser le monde, il tente aujourd’hui d’ouvrir les consciences aux champs des possibles comme à l’étendue des réformes nécessaires dans un monde où il regrette, avec une pointe d’amertume, la corruption intellectuelle. Son livre retrace un parcours français et européen, depuis son village lorrain jusqu’au cœur des pouvoirs. 

Les droits d’auteur d‘Un paysan au cœur du pouvoir seront versés à l’association Le Plan Guillaume, pour un nouvel ordre économique mondial, qui lutte contre la faim dans le monde.