(© Vincent Assié)
Fergessen, c’est deux voix, deux plumes, deux guitares, deux belles gueules. Michaëla + David. Le folk + le rock. Plus la pop. Plus tout ce que vous voulez. C’est un style indéfinissable, et c’est ce qu’ils aiment. Un public de plus en plus nombreux. Un studio dans les Vosges. Des aventures avec CharlElie Couture, Zazie. Un, deux et bientôt trois albums.

Un gros morceau de leur pedigree se promène dans ce mot : Fergessen. Beaucoup croient que c’est leur patronyme. Madame et Monsieur Fergessen vous prient de bien vouloir leur faire l’honneur de votre présence, etcetera, etcetera. Vous voyez le genre. Fergessen est un verbe de la langue allemande. Un verbe tripoté par Michaëla, germanophone et phile, traductrice à ses débuts. En fait, c’est le verbe « vergessen », oublier, s’emporter. Tandis que les midinettes et play-boy de la chanson cherchent leurs titres dans les bios des Beatles, le duo Fergessen fait dans le guttural. Dans un guttural classe, du rauque and roll, und folk, und pop aussi. Quand ils parlent de ce nom qui les unit, comme de tant d’autres choses de leur(s) vie(s), l’accord est presque parfait. On dit qu’ils sont un duo. Mieux, ils sont une tribu de deux, comme Renaud était une bande de jeunes à lui tout seul. Michaëla, la Seine-et-marnaise, et David, le Basque, se sont rencontrés dans les cafés-concerts parisiens. « Nous avons mis plusieurs années avant de trouver nos sons, nos accords » Michaëla rentrait de Londres, La Lorraine, cœur battant d’un groupe de fans qui s’élargit de jour en jour où elle écrivait ses textes en français – décidément, le goût de ne pas faire comme les autres – David avait déjà bourlingué dans l’univers des groupes et des potes, hard, métal, chansons françaises, et un passage chez les Pow Wow. Puis Paris. Un premier album, Les accords tacites, sorti en janvier 2011. Puis les Vosges, qu’ils ont choisies, adoptées, pour y vivre et s’éloigner des brouhahas de la capitale. Un jour, peut-être, le crépuscule de ce 2 janvier 2011 fera l’objet d’un clip, d’un court-métrage, d’une bande-annonce d’un long. Le jour du débarquement dans les Vosges. David, amoureux de l’univers du cinoche, raconte ça comme s’il écrivait le scénario. « On est arrivés à Saint-Dié, rue Thiers. Il était 20 heures. Personne dans la rue. On se gare. On avait réservé à l’Hôtel des Vosges ». « Il y avait une tempête » complète Miss Fergessen. « C’était cinématographique. On entre dans l’hôtel, la porte qui grince, personne à l’accueil, une clé sur le comptoir. On a pensé que c’était la nôtre. Putain, mais c’est le far-est ici !, je me suis dit. C’était limite si on n’avait pas attaché nos chevaux devant l’hôtel. En assistant à cela, on a fantasmé sur plein de choses, les gens, la vie d’ici. » Et pour ajouter du piment à cette scène de cavalerie vosgienne, il faut savoir qu’ils avaient les guitares dans le coffre de la diligence, rangées dans des étuis. « On aurait pu croire que c’étaient nos fusils ». Le jour va se lever sur un accueil chaleureux des Lorrains, le cœur battant d’un groupe de fans qui s’élargit de jour en jour, à travers toute la France. David et Michaëla ne vont pas s’éterniser à l’hôtel des Vosges, ils partent s’installer à Ban de Sapt, entre Saint-Dié et l’Alsace. C’est là, au milieu de ce paysage fascinant qu’ils ont aménagé leur espace de travail et de création, là qu’ils ont créé leur second album, au titre tout trouvé : Far-Est. Un travail à quatre mains. Le soir où Zazie les embarque, des milliers de fans sont au bout des souris et likent dans tous les sens.« On travaille à deux sur tout, on avance ensemble, même si Michaëla est davantage sur les mots, et moi sur les notes », explique David. Ils « trimballent leurs idées à longueur de journées » et les couchent ensuite, en rythme, sur un papier, une gamme vierge. « Ce qu’on crée, c’est le fruit de nos vies communes. Chaque mot, chaque note, pourrait être le début du scénario d’une nouvelle. » Auteurs, compositeurs, interprètes, les deux artistes sont aussi deux artisans. « Au-delà de la création, nous gérons aussi la commercialisation, la promotion. Nous assumons tous les cycles. Ça rend parfois un peu schizophrène, mais toutes les phases sont excitantes », explique Michaëla. Y compris, bien sûr, ce qui n’était pas écrit, ce qui s’invite à l’improviste. Comme l’aventure « The Voice », sur TF1. « Ça ne faisait pas partie de notre plan de carrière. Nous avons été contactés par ce qu’on appelle un dénicheur de talents, il nous a proposés de passer le casting, il nous a convaincus d’y aller. ». Le soir où Zazie les embarque, des milliers de fans sont au bout des souris et likent dans tous les sens. L’effervescence. « Ça nous a boostés, un peu comme un rail de coke », se marre David. « On a constaté l’impact incroyable d’un samedi soir sur TF1. Et puis ça faisait plaisir aux gens, et nous on est contents de rendre les gens contents ».


« POUR LE 3ème album ON VA TOUT CHANGER »

Fergessen-(©Pierre-Gable)

Fergessen achèvera son chapitre Far-Est à châlon-sur-Saône le 29 janvier 2016. (©Pierre-Gable)

Fergessen, c’est aussi une petite équipe, la Far-Est Team, le complément de la tribu, sans compter les fans, emballés, fidèles, nombreux, chouchoutés par le duo sur les réseaux sociaux ; un mot par ci, une image par là, un souvenir de concert, une dédicace, des échanges simples. Le 1er novembre, leur premier DVD sort, Made in Far-Est. Vous y trouverez l’un de leurs plus beaux concerts, à Epinal, à La Souris Verte. Une scène qu’ils connaissaient pour y avoir fait la première partie du concert de CharlElie Couture (Couture les avait sélectionnés lui-même). Ils y sont revenus, le 19 décembre de l’an dernier, dans une salle archi-comble, surchauffée, pour un concert totalement inédit, filmé intégralement et réalisé par Cyril Magi. « C’est un concert illustré en direct, avec des projections de dessins sur grand écran », explique Julien Cuny, l’artiste-plasticien qui a assuré cette mise en scène. Julien Cuny, aux côtés du développeur Mathias Clavelin et d’Indie Studio, assure aussi côté communication internet. Plus que des relations professionnelles, des liens amicaux se sont créés avec ces Lorrains. Julien a ce petit côté Fergess’, provoc’, marrant, insolant, vivant. Je lui demande de définir le style de la tribu des deux. « Difficile. Peux-être ce sont les nouveaux Cabrel ». Il se fend la gueule. En tout cas, la sortie de ce DVD signe la fin du « chapitre Far-Est ». Le 3ème album est en préparation. Je n’en saurai pas plus. Ah si, juste ça, « Pour le 3ème album, on va tout changer. C’est une profonde remise en question », promettent Michaëla et David. Pour ceux qui ne veulent pas louper les derniers épisodes, en live, du chapitre Far-Est, rendez-vous à Liverdun le 7 novembre, à Gonesse (95) le 13 novembre, à Gérardmer le 21, et finalement le 29 janvier 2016 à Chalon-sur-Saône. Pour ceux qui sont en rade de voiture, ou de tune, ou des deux, faites un saut sur internet et ne zappez pas ça : http://webdoc.fergessen.fr/