© Alix – Jacques Martin – Casterman

L’exposition consacrée au Journal Tintin au château de Malbrouck présente, sur quatre niveaux et neuf salles consacrées à autant de thématiques, des œuvres et objets liés à la publication apparue en 1946 en Belgique et en 1948 en France.

L’exposition s’attache à rendre compte, à travers la bande-dessinée, de l’évolution de la société au sortir de la Seconde guerre mondiale, où le Journal Tintin véhicule des valeurs de modernisme, d’altruisme et d’humanisme. Pendant la reconstruction, l’american way of life fait irruption dans la société française, ce que met en évidence la première salle avec l’exposition des chèques et timbres Tintin et leurs objets uniques, très convoités à cette période. Vous pourrez aussi découvrir en images l’opposition de ton et de style entre le Journal Tintin et son concurrent Spirou, davantage axé sur la fantaisie et l’humour.

Le travail d’une quarantaine d’auteurs est ici présenté, notamment Alix de Jacques Martin, Ric Hochet de Tibet ou encore Comanche, créé par Hermann, pour les plus célèbres. Un espace est dédié à l’aviation, l’espace et la science-fiction, thèmes porteurs de tous les fantasmes et évoquant l’héroïsme, l’évasion et la perspective de mondes nouveaux incarnée par avions et fusées. L’automobile, autre grand symbole de modernité et de puissance, se voit accorder une salle entière au sein de l’exposition.

Plus loin, place à l’aventure à travers les âges avec vikings, marins, cow-boys, personnages antiques et moyenâgeux côtoyant la figure ultime de l’aventurier en bande-dessinée, le grand Bob Morane. Représenter la société civile à travers les œuvres du Journal Tintin est l’une des ambitions de l’exposition : s’y dévoile en dessins le sport, symbole de libération individuelle physique et psychique, ou encore la représentation de l’homme moderne philanthrope et juste auquel aspire la société au sortir de la guerre, et dont Thorgal est un lointain ancêtre. Se déploient ici l’histoire d’une société et un voyage dans le temps et dans l’espace par une publication qui reflétera son époque quarante années durant.


Tibet : l’aventure au long cours

© Le Lombard / Laurent Melikian

Gilbert Gascard alias Tibet entre au sein de la rédaction du Journal Tintin à 19 ans en provenance des studios bruxellois de Walt Disney. Peu de temps après la création de son personnage de cow-boy intrépide Chick Bill, il adopte, à la demande d’Hergé, le style ligne claire qui perdurera au fil de 70 albums entre humour et aventure. Avec le scénariste André-Paul Duchâteau, rencontré chez Disney, Tibet crée Ric Hochet, petit crieur de journaux devenu journaliste à la rédaction de La Rafale, et qui deviendra le personnage emblématique de l’auteur. C’est l’autre série-fleuve de Tibet : 78 albums emmèneront Ric Hochet dans des histoires policières à l’atmosphère volontiers fantastique jusqu’à la disparition de l’auteur en 2010. En 1992, Tibet devenait le directeur artistique des éditions Le Lombard, qui publient le Journal Tintin et les albums de ses héros, succédant à Bob de Moor et achevant ainsi de devenir une personnalité-phare du magazine et de la bande-dessinée franco-belge.


Jacques Martin : maîtrise d’histoire(s)

 

 

Représentant majeur de l’école de Bruxelles avec Hergé et Edgar P.Jacobs, Jacques Martin donnera naissance à ses deux personnages emblématiques au sein du Journal Tintin : Alix en 1948 et Lefranc en 1952 ; il publiera respectivement sept et trois albums de ces séries pour l’hebdomadaire belge. Jacques Martin est féru d’histoire : en plus d’être un récit épique, Alix constitue une représentation fidèle de l’époque antique. L’esclave gaulois devenu citoyen romain et proche de César poursuit aujourd’hui ses aventures à travers la série Alix senator. À l’instar d’Alix, Les Aventures de Lefranc deviendront rapidement une création légendaire de la bande-dessinée franco-belge. Son auteur en confie le dessin à Bob de Moor dès le quatrième tome. Jacques Martin a réuni autour de lui une équipe d’auteurs qui continuent de faire vivre ses personnages : Lefranc est aujourd’hui réalisé par Roger Seiter et Régric et Alix senator par Valérie Mangin et Thierry Démarez.

 

© Alix – Jacques Martin – Casterman

Hermann : l’as du pinceau

l’instar de Tibet, Herman Huppen alias Hermann sera remarqué très jeune par la rédaction du Journal Tintin : Greg, tout juste nommé rédacteur en chef en 1966, engage le dessinateur de 18 ans qui a suivi des cours à l’Académie des Beaux-arts de Saint Gilles pour créer avec lui Bernard Prince, l’aventurier au pied marin. Une série qui inaugure la veine réaliste qu’Hermann ne délaissera plus ; il réalise treize albums avant de laisser la série à d’autres auteurs, puis d’en reprendre le dessin en 2010. Il dessinera aussi pendant onze numéros le western Comanche, créé en 1969 toujours avec Greg au scénario, avant de se lancer en solo chez Dupuis avec Jeremiah, une série post-apocalyptique dénonçant les ravages du racisme et de l’intolérance. Dessinateur virtuose, Hermann est un artiste exigeant dont le travail, déjà largement reconnu, a été consacré en 2016 au Festival d’Angoulême, qui lui attribue le Grand prix pour l’ensemble de sa carrière.

 

 

Comanche © Hermann – Greg – Le Lombard 2018