© Vianney Huguenot

Élu à Woelfling-lès-Sarreguemines à l’âge de 21 ans, il a été le plus jeune maire de France en 1995. Michaël Weber a pris depuis de la bouteille et du galon. Il vient d’être élu président de l’imposante Fédération nationale des Parcs Naturels Régionaux (PNR). Il tient aussi les rênes du PS de Moselle. Renouveau et retour des socialistes  ? Il y croit et il nous dit pourquoi.

« Pas de dessins animés ! L’heure de vérité, 7/7, c’était ça ou rien ». La conscience politique de Michaël Weber s’est éveillée devant le petit écran, dans les légendaires émissions de François-Henri de Virieu et Anne Sinclair. « J’ai toujours été intéressé par la politique, je regardais ces émissions avec mon père ». Un père mineur, discrètement de gauche. Le fiston, jadis aspirant-curé, aujourd’hui l’un des piliers du PS lorrain, est d’une gauche sociale-démocrate revendiquée. Catho de gauche, il est de ceux que la droite redoute (ou redoutait) sans être frappée d’effroi. Michaël Weber est un pragmatique qui ne se raconte pas d’histoires, ex fan de DSK. En mode service minimum, il passe vite sur les bons offices de la gauche et les excuse : « François Hollande n’a pas eu de chance, il a voulu être trop normal, il s’est laissé emporter par des erreurs de communication ». Il scrute plus longuement la boîte à mea-culpa, comme s’il sentait l’opinion en attente : « Nous sommes fautifs, nous n’avons pas assez marqué la différence entre la gauche et la droite. Nous avons mis un peu de gauche, un peu de droite. C’est d’ailleurs ce que Macron a réussi à théoriser ». Ouvert, concret, jeune – sans être de ces jeunes loups insolents qui ont flingué le PS des classes populaires – Michaël Weber a pu laisser planer un doute, tout au moins une « Ce qui nous manque, c’est quelqu’un qui incarne le parti »question : pouvait-il être de ces émigrés socialistes assimilables à la Macronie ? Il dit que non, jamais. En tout cas, Macron le crut un jour. Michaël Weber : « J’ai été contacté par Emmanuel Macron mais j’ai refusé. Sa personnalité me bloque, je ne le trouve pas suffisamment humain. Il joue un rôle, un jeu, en permanence ». Si Michaël Weber constate lucidement que le PS a perdu sa base ouvrière, il se montre ravi du retour au bercail d’égarés socialistes, partis tenter l’aventure chez Macron/Philippe. Il est ravi sans arrogance, au contraire de certains de ses petits camarades. Il évoque aussi « ces nombreux militants restés fidèles » à une fédération mosellane qui affiche aujourd’hui 700 adhérents. Un chiffre bien loin de celui, massif, des années 80 et 90. Bien loin aussi des effectifs rachitiques de certaines autres fédérations qui s’effondrent. Au PS de Moselle, il souligne le rajeunissement des instances et un mode de gouvernance clair : « je demande la loyauté, le respect et le rassemblement », avec certainement en tête l’expérience des « frondeurs ». Une expérience néfaste, disent les uns, salvatrice, disent les autres, marquante, dit tout le monde. Selon Michaël Weber, le PS est aujourd’hui face à plusieurs enjeux. Celui du leadership au niveau national : « ce qui nous manque, c’est quelqu’un qui incarne le parti » (et bing pour Olivier Faure !). Celui de l’action militante : « Quel mode de militantisme voulons-nous mettre en place ? » s’interroge-t-il au nom des siens, tout en zieutant sur le modèle République en Marche. Au niveau départemental, il se prépare à d’âpres municipales : « Il nous faut conserver Metz et Forbach et reconquérir Thionville, et c’est jouable ». C’est sur le contenu du programme qu’il fonde le plus d’espoirs pour regagner la sympathie des électeurs. Il parie, avec « une quasi disparition d’Europe Écologie Les Verts », sur un surcroît indispensable d’écologie dans le projet socialiste, soulignant pour l’exemple le dérèglement climatique, « aussi source d’inégalités nombreuses ». Il invite ses camarades à prendre la mesure d’une « société et de modes de travail qui changent profondément » et à proposer en conséquence. Il évoque les questions migratoires : « On ne peut pas accepter la mondialisation de l’économie et ne pas accepter la mondialisation de l’humanité ». Il appelle ses concitoyens à « la fierté d’être Européens ». La politique est souvent une affaire de table : on s’y met, on la renverse, on tape du poing dessus, on passe dessous, on la saute comme un cabri. Weber, lui, veut tout y coller : « Nous devons tout mettre sur la table ». Avez-vous encore une faim de nous ? L’avenir des socialistes se résume à cette question, finalement. À taaaaaable !