Directeur général de Mirabelle TV, Didier Bailleux, était attaché de presse d’Europe 1 à la grande époque de Y’en aura pour tout le monde, émission animée par Coluche. Il décrit un bonhomme divers, un Coluche généreux, ingérable, génial, simple, lucide. 

Didier-Bailleux (©DR)Avant de créer la chaîne Canal J, puis de prendre la direction de Mirabelle TV, Didier Bailleux a bourlingué à Europe 1, attaché de presse de l’antenne pendant sept ans, à l’époque où Coluche cartonne au micro. Après On n’est pas là pour se faire engueuler, Coluche revient à Europe 1 en 1985. Il anime Y’en aura pour tout le monde. Un rendez-vous totalement déconnant et imprévisible. Très populaire aussi. Europe 1 n’en était pas à sa première sur des contrats avec des artistes et vedettes du show-biz. Devenus animateurs radio le temps d’une tranche horaire, Jean Yanne ou Jacques Brel s’étaient essayé à l’exercice avant l’humoriste préféré des Français, tué en moto en juin 1986. « Lorsqu’on a appris sa mort à Europe 1, cela a été un choc incroyable », se souvient Didier Bailleux. Il a côtoyé Coluche, « jamais à court de bons mots », y compris à l’adresse de l’attaché de presse, dont le boulot consiste à assurer des bonnes couvertures presse. « T’es le seul type qui me met sous les couvertures », s’amusait Coluche quand il croisait Didier Bailleux. « Coluche était une bête de radio. Ce média lui allait très bien, car c’est un média plus adapté à l’improvisation que la télévision. » Une improvisation coluchienne qui confinait souvent à la provocation et filait du cheveu blanc (et de la bonne audience) aux patrons d’antenne. À RMC, Coluche est viré dès le premier jour. Didier Bailleux : « Il avait totale liberté à RMC, sauf quand il s’agissait de parler de la famille princière. Il démarre ainsi sa première émission par un « bonjour, nous sommes en direct du rocher des putes ! » C’est lui qui faisait l’événement. Hanouna, à côté, c’est de la roupie de sansonnet ». Différent, peut-être aussi parce que derrière le Coluche génial et déconneur, se faufilaient d’autres Coluche. « Il avait un regard lucide sur la vie et une simplicité pour dire les choses. Ses déclarations sur la politique ou sur la société, il y a 30 ans, sont encore d’une actualité criante. Il n’y a pas une virgule à changer. C’était un aiguillon, avec une vraie liberté de ton, qui n’a pas été remplacé. S’il touchait vraiment les gens, c’est parce qu’il était comme nous finalement. Il manque cruellement aujourd’hui » Coluche, c’était aussi « une bande. Il n’était jamais seul, il avait besoin de cela pour se protéger et pour fonctionner », souligne Didier Bailleux. Et puis Coluche, c’était Paul Lederman ! Son agent, son Monsieur 50% – ainsi que l’appelait Coluche – veillant à sa carrière et à son image. » « C’est Lederman qui imagine le mariage » des deux grands humoristes du moment, en 1985, Coluche et Thierry Le Luron. Didier Bailleux assistait à l’union. Il ne s’agissait pas seulement de tourner en dérision le mariage, sponsorisé du bouquet de fleurs au trou normand, de Véronique et Yves Mourousi, grand mamamouchi du Journal Télévisé. C’était d’abord un excellent coup de com, comme les aimait Coluche. Rien à voir avec Les Restos du cœur, fondés par un énième Michel Colucci, le généreux, « l’enfant de la balle ». « La création des Restos du Cœur a représenté un tournant très important dans sa carrière. Coluche était un vrai généreux ».


«IL A EU UNE VIE TROP COURTE»

Coluche-Christophe-macario-(©DR)Chanteur, humoriste, sosie officiel de Coluche, le Nancéien Christophe Macario était avec l’artiste trois heures avant sa mort.

« Dans ce métier, surtout à 50 ans, il faut savoir toucher à tout. » C’est ce que fait Christophe Macario, il chante, il joue, il amuse, fait marrer le monde, fait DJ aussi. Aujourd’hui « sosie officiel » de Coluche, c’est en club de vacances qu’il a démarré, au restaurant. Il y rencontre un jour Vincent Lagaff qui l’accroche entre deux plats et le pousse à déserter les marmites : « T’es pas fait pour la cuisine, toi, t’es fait pour faire le con ». Faire le con, Macario se penche sérieusement sur la question. Il écoute finalement Lagaff et entame une carrière qui le mène « un peu à la télé » et surtout sur scène, d’abord à Cagnes-sur-Mer, avec Jean Dujardin, Bruno Salomone et Eric Collado. Il fait encore aujourd’hui de la scène, « en Coluche ou en moi-même », et pilote l’animation au sein de villages de vacances. « J’ai rencontré une fois Coluche, trois heures avant qu’il se tue. Je bossais alors à Grasse, j’étais rien à côté de lui. Je me souviens qu’il s’est arrêté, il a pris le temps de parler avec moi, il ne snobait pas les gens, c’était quelqu’un de simple et naturel. Il a eu une vie trop courte mais il a fait ce qu’il aimait ». Motard aussi, Christophe Macario doute de cette mort accidentelle. « Cette route, je l’empruntais tous les jours. Il aurait roulé à 200 km/h, d’après ce que j’ai lu, c’est impossible ! En plus, Coluche était un très bon motard. Beaucoup pensent qu’il a été assassiné. » Sur l’après-Coluche, et les nouvelles générations d’humoriste, Christophe Macario a un regard mitigé. « La télévision a fait émerger trop de gens, trop d’un coup, et pas forcément les meilleurs. Aujourd’hui, il faut être dans le moule, être beau et fermer sa gueule ».