Audrey Krommenacker © DR

À Metz, au cœur du quartier impérial, il dévisage celle qu’on décrit « plus belle gare de France » : l’îlot Charlemagne, siège historique de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne (BPALC) dont la requalification architecturale s’est récemment achevée, après six années de travaux grandioses. Le résultat impressionne et offre à ceux qui descendent d’un train et traînent sur la place le premier aperçu d’une capitale de Lorraine raffinée et monumentale. « On entre dans l’histoire et on arrive en même temps dans la banque du futur », résume Gérard Hypolite, maître dans l’art de la conjugaison au futur antérieur.

Magnifique. Il faut coller cet adjectif au programme de requalification de l’îlot Charlemagne, abritant le bâtiment historique de la Banque Populaire, bâti en 1923. On y colle aussi l’adjectif dantonesque, de Danton, « de l’audace, encore de l’audace… ». L’audace d’architectes, Gérard Hypolite et Jérôme Greff (cabinet GHA), associés sur cette opération à Patrick Paul Michel (PPM). Sur un « fatras de bâtiments imbriqués » (entre la place de la gare et les rues Charlemagne, Gambetta et de Curel) ils ont mené une requalification urbaine qui probablement fait déjà référence. Ils ont réunifié un site multiple, complexe et bancal, et créé une cohérence, un ensemble fonctionnel et lumineux. À l’autre bout du résultat, au tout début de l’histoire, en 2013, il y eut la séquence rock and roll : se pointer au concours d’architectes (26 candidats en concurrence) avec l’idée de pousser les murs, de ne pas s’enfermer dans la pensée pépère consistant à remplir des cases anciennes et les mettre à jour. Gérard Hypolite et Jérôme Greff ont débarqué sur une suggestion folle : casser tout l’intérieur, dégager l’horizon, ouvrir un vaste champ de potentiels pour imaginer au mieux les espaces de travail et de rencontres. Et, in fine, « changer la manière de vivre la banque ». Gérard Hypolite : « On entre aujourd’hui dans un autre monde, de verre, de transparence, de convivialité », élaboré autour d’une « place du futur », patio large et haut, hôte d’événements culturels inaugurés par deux artistes lorrains, le sculpteur Paul Flickinger et l’aventurier et photographe animalier Vincent Munier. Autour et au-dessus, de quoi loger 700 collaborateurs des services centraux de la banque, deux patios, trente salles de réunion, neuf salles de formation, des espaces de réception, un amphithéâtre et un restaurant d’entreprise. Au total, 25 000 m² sur six niveaux. La gageure est devenue un exemple de requalification urbaine, l’une des plus belles références du cabinet GHA, porté par un duo dont la proximité est une clé de leur succès. Une proximité presque filiation. « Gérard a eu Ricardo et Jérôme a eu Gérard », dit Jérôme Greff, faisant référence à la collaboration de Gérard Hypolite avec Ricardo Bofill, illustre architecte espagnol à la tête de centaines de requalifications urbaines en sites protégés à travers le monde. Dans la liste du Catalan, on aperçoit l’Arsenal de Metz, sur lequel Hypolite et Bofill ont travaillé, avec un même culot et une même ambition d’ouverture, en l’occurrence sur l’esplanade et l’église Saint-Pierre-aux-Nonnains. « Ricardo Bofill m’a appris les notions simples et efficaces d’une architecture intemporelle », dit Gérard Hypolite, maître à son tour, d’un Jérôme Greff se souvenant du 2 janvier 2000, quand « j’ai frappé à la porte de Gérard. Je ne suis jamais reparti. On forme un petit couple », blague Jérôme Greff, architecte du nouveau Blida, sur le site de l’ancien centre d’exploitation des transports messins… premier concours d’architecte gagné par Gérard Hypolite, en 1981. Les deux hommes avancent avec une proximité de pensée sur le métier d’architecte : « Bien sûr, sur un projet, il faut maintenir le fil conducteur de la création, mais il faut aussi être dans le dialogue, on ne peut plus être comme des mandarins qui savent tout et imposent tout ». Ce mélange d’écoute et d’audace, il l’ont trouvé chez le maître d’ouvrage de l’îlot Charlemagne, en la personne de Dominique Wein. Le Directeur Général de la BPALC aurait pu emprunter un chemin court et facile, céder à une mode, opter pour un cube moche et tout neuf, posé en périphérie de ville. Dominique Wein et son conseil d’administration ont fait le choix d’investir dans une pierre qui fait quatre coups : moderniser l’image de la banque, rendre plus fonctionnel un lieu de travail, s’inscrire définitivement dans l’histoire du quartier impérial et concourir à la vitalité du cœur de Metz. Dominique Wein : « À l’heure où partout on entend évoquer le vague à l’âme des cœurs de cités, le choix de notre entreprise de rester dans son contexte urbain et de rénover profondément a valeur de témoignage. Citoyenne par essence, une banque coopérative peut et doit donner un certain nombre de signaux aux hommes, aux entreprises et aux territoires qui sont les siens. Et je crois, en toute modestie mais avec fierté, que la réalisation du nouveau siège de la BPALC est un signal fort ».