123RF ©DR

Les dirigeants des pays européens se retrouveront courant juillet pour décider de la suite à donner au plan de relance européen de 750 milliards inspiré par le duo Merkel-Macron. Les négociations s’annoncent compliquées. Pour l’heure, l’Europe se déchire.

« Le mieux serait que nous parvenions à un accord avant la pause estivale des institutions européennes, fin juillet », a déclaré Angela Merkel devant les députés allemands à Berlin, mi-juin, à propos du plan de relance européen de 750 milliards d’euros visant à permettre aux membres de l’UE de relancer l’économie dans les meilleures conditions. L’Allemagne sera d’ailleurs à la manœuvre puisque le pays prendra la présidence tournante de l’UE, le 1er juillet, pour six mois. L’ambition est de faire en sorte que le Parlement européen et les parlements nationaux, disposent d’assez de temps pour ratifier le plan et ainsi « l’intégrer » au prochain budget de l’UE, avant la fin de l’année.

C’est jouable en termes de timing, à en croire la Chancelière. Mais encore faut-il que les dirigeants européens trouvent un accord. L’idée est d’émettre une dette commune et mutualisée entre les pays membres.Dans sa forme actuelle, le plan de relance est largement inspiré de celui proposé par le duo Angela Merkel-Emmanuel Macron. L’idée est d’émettre une dette commune et mutualisée entre les pays membres. L’UE emprunterait alors sur les marchés, à des taux très faibles, plutôt que chacun des membres, individuellement. Compte tenu de l’état de leur économie, emprunter coûterait très cher à certains pays déjà très endettés. C’est le cas de l’Italie, par exemple. Dans le cadre du budget de l’UE (2021-2027), l’ambition est donc de disposer d’une enveloppe de 500 milliards d’euros à redistribuer aux pays membres et surtout aux régions les plus touchées par la crise sanitaire, sous forme de subventions. Les 250 milliards d’euros restant feraient l’objet de prêts.

Séduisant sur le papier, le plan ne fait pas l’unanimité. Une majorité de pays y est favorable. C’est le cas de la France et de l’Allemagne mais également de la Pologne, de l’Italie ou de l’Espagne, dont les économies ont beaucoup souffert du Covid-19. Tous ces pays font partie de ceux qui bénéficieront le plus des 750 milliards d’euros. Mais les Pays-Bas, l’Autriche, la Suède et le Danemark, dits les pays « frugaux », n’en veulent pas. Pourquoi ? Parce qu’ils ont été moins touchés par le Covid-19. Mais surtout car ils ont opéré des réformes (notamment demandées par la Commission) afin d’assainir leurs finances. Ils ne voient donc pas pourquoi ils devraient maintenant financer les « mauvais élèves » en distribuant des subventions, par définition non remboursables. Les « 4 frugaux » ne profiteront pas du plan. Ou très peu. Ils réclament (ils ont aussi des propositions à faire !) dès lors que les sommes distribuées s’accompagnent d’exigences, notamment que l’UE Les négociations s’annoncent âpres avant de parvenir à un éventuel compromisimpose aux bénéficiaires du plan, de procéder à des réformes visant à assainir leur situation. Le point de vue du quatuor n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’attitude de l’Allemagne lorsqu’il a fallu venir en aide à la Grèce, il y a quelques années de cela. Certains pays de l’Est sont également inquiets car les subventions dont ils pourraient bénéficier ne s’annoncent pas folichonnes, selon eux.

Les négociations s’annoncent âpres avant de parvenir à un éventuel compromis, qui doit faire l’unanimité pour que le plan soit adopté. Les points d’achoppement sont nombreux : durée du plan, équilibre entre les subventions et les prêts, conditions et critères d’attribution, contreparties… Et puis si l’UE emprunte des milliards, il va bien falloir les rembourser. Ces 750 milliards mais également les 500 milliards qui ont déjà été débloqués via toute une série de mesures. La Commission a évoqué des pistes sous formes de taxes et d’impôts : élargissement des recettes collectées sur le marché du carbone européen, taxe sur les plastiques, taxe carbone aux frontières, impôt sur l’activité des grandes entreprises ou encore sur les entreprises numériques… Ce sont bel et bien tous les Européens qui sont concernés et régleront la note, il faut donc bien en parler, aussi.

C’est prévu. Un vrai sommet (physique) est programmé mi-juillet. Dans un tweet envoyé à l’issue d’un sommet virtuel des chefs d’Etat de l’UE qui s’est tenu courant juin, Emmanuel Macron a tenu à souligner, de façon solennelle, toute l’importance du rendez-vous : « l’Europe doit être à la hauteur de l’Histoire en portant une relance ambitieuse, fondée sur la solidarité budgétaire ». « Solidarité », quel joli mot.