Quai d’Orsay d’Abel Lanzac et Christophe Blain nous plonge dans les coulisses de la diplomatie française croquées par un ex-fonctionnaire. Un pastiche savoureux de bout en bout. Chez Dargaud.

La genèse de Quai d’Orsay comporte son propre mystère : au moment de la sortie du premier tome en 2010, son scénariste écrit sous le pseudonyme d’Abel Lanzac ces « chroniques diplomatiques » dans lesquelles le ministre des Affaires étrangères Alexandre Taillard de Vorms n’est pas sans rappeler Dominique de Villepin. Trois ans plus tard au festival d’Angoulême, où l’album décrochera le prix du meilleur album, on découvre qu’il s’agit d’Antonin Baudry, conseiller de Villepin pendant deux ans puis conseiller culturel de l’ambassade de France aux États-Unis entre 2010 et 2014. C’est donc peu dire que l’homme connaît son sujet. Il imagine comme personnage principal de Quai d’Orsay une doublure, Arthur Vlaminck, candide en politique et nouveau « conseiller des langages » de Vorms/Villepin ; comprenez rédacteur des discours.

Emporté dans le sillage d’un ministre à l’énergie débordante qui épuise tous ses collaborateurs, Vlaminck et le lecteur découvrent avec incrédulité les codes souvent impénétrables et teintés d’absurde de la diplomatie, où surnagent tant bien que mal les hauts fonctionnaires. Dans le second tome de Quai d’Orsay, l’intrigue se concentre sur la possible entrée en guerre des États-Unis contre le royaume fictif du Lousdem, accusé de détenir des armes de destruction massive. L’atmosphère d’urgence permanente, de la tension à la frénésie, et le sentiment de Vlaminck d’être écrasé par une machinerie lancée à toute allure sont retranscrits à merveille par le trait très dynamique de Christophe Blain. Chaque case de ce diptyque constitue un petit rouage d’une mécanique de précision comique bien huilée qui en ferait presque oublier cette sensation omniprésente à la lecture : la folie de Quai d’Orsay ne doit pas si éloignée de la réalité.