Il y a bientôt un an, Marie Colin se frottait à la réalité de l’immigration en participant à un voyage en Italie soutenu par l’association Zellidja. Si l’expérience lui a permis de déconstruire ses préjugés sur cette question complexe, elle l’a aussi fait grandir. Et la jeune Meurthe-et-Mosellane ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

On a coutume de dire que les voyages forment la jeunesse. Pour Marie Colin, 18 ans, « ils forment », tout simplement. La native de Dombasle-sur-Meurthe est bien placée pour en témoigner. Durant un mois l’année passée – du 7 juillet au 7 août – elle s’est enrichie en prenant part à une expérience sociale, culturelle et humaine en Italie, la Sicile plus précisément, avec le soutien de l’association Zellidja, qui accompagne des jeunes soucieux de voyager utile et dans un cadre bien précis (lire ci-dessous). Elle en est revenue bardée d’échanges enrichissants qui lui ont permis de déconstruire les préjugés liés à l’immigration, pierre angulaire et sujet d’étude de son parcours jalonné de rencontres qui ont été du miel pour cette butineuse d’aventure. Pourquoi l’immigration ? « Je me sentais impuissante par rapport à ce que j’entendais. J’ai voulu voir par moi-même, me faire ma propre opinion. » Ce périple marquant à plus d’un titre a également débouché sur un rapport, un journal de bord ainsi qu’un podcast de 4 épisodes, où elle s’intéresse aussi bien à « la dimension tentaculaire et complexe de l’intégration » qu’à l’identité singulière de la Sicile, et de Palerme en particulier [« Une ambiance à part »], elle aussi maculée de clichés.

L’étudiante à Strasbourg est revenue transformée de cette escapade méditerranéenne. « J’ai grandi durant cette expérience intense, j’ai vaincu ma timidité et mes peurs. J’ai appris à me taire, à écouter et à être attentive », relate-t-elle notamment dans son compte rendu. Ce qui lui importait surtout, c’était de mettre des visages et des voix sur la « masse grouillante » des migrants, souvent réduits à des chiffres, avec leurs drames et leurs vécus propres. Il ne lui aura en tout cas pas fallu longtemps pour se forger sa vérité. Rapidement en effet, après une première semaine passée dans une auberge de jeunesse qui ne lui a pas laissé de bons souvenirs, c’est chez l’habitant, plus précisément chez deux migrants, qu’elle a reçu un accueil digne de ce nom. « Pendant très longtemps, on m’a dit qu’il fallait se méfier des étrangers, qu’il ne fallait pas leur faire confiance. Mais ce sont deux étrangers qui m’ont tendu la main et ont facilité mon intégration. »

Dans sa peau de nomade, Marie Colin a déployé les voiles de sa curiosité pour voguer vers une terre inconnue qui a attisé son désir de découvertes. Elle songe d’ailleurs à candidater pour un autre projet sous l’égide de Zellidja, dont elle vante la philosophie, en privilégiant une destination hors de l’Europe. « Peut-être l’Afrique, qui est pleine de mystères… » Son vécu sicilien l’a également confortée dans son désir de devenir journaliste. « Je me suis sentie épanouie par mon travail d’enquête, même modeste. J’avais l’impression de faire quelque chose d’utile. » L’association Zellidja ne dira pas le contraire, elle qui lui a attribué un prix pour la qualité de son travail.


Des bourses pour voyager

Permettre à des jeunes de s’épanouir à travers le voyage. C’est la mission que s’est fixée la Fondation Zellidja, dont le siège se trouve à Paris. Chaque année, une centaine de bourses sont attribuées à des jeunes de 16 à 20 ans, pour un montant pouvant aller jusqu’à 900 euros s’il s’agit d’une première candidature. Les heureux élus ont la possibilité de tenter une seconde aventure, avec cette fois un apport économique qui peut atteindre 1 100 euros. Les personnes qui postulent s’engagent à partir seules pour pour un voyage thématique de leur choix, et pendant au moins un mois. Beaucoup privilégient l’Europe lorsqu’il s’agit de leur première expérience, mais les pays scandinaves, à la mode, tirent aussi leur épingle du jeu. Au retour de leur périple, les boursiers doivent remettre un rapport sur le sujet choisi, ainsi qu’un cahier de comptes et un carnet de route. Une cérémonie de remise de prix boucle chaque promotion. Celle de l’année 2019, prévue le 25 juin prochain à Paris, a dû être reportée à l’automne en raison de l’épidémie liée au COVID-19.

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