Avec son scénario intelligent et palpitant en forme de thriller technologique, Préférence système d’Ugo Bienvenu aborde les questions de transmission et d’humanité dans une société accro aux données. Chez Delanoë Graphic.

Yves adore le film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Mais la société de stockage de données pour laquelle il travaille doit libérer de l’espace sur ses serveurs, et le chef-d’œuvre de la science-fiction affiche un taux de consultation trop faible. On lui ordonne donc de le détruire, mais il décide, crime passable de décennies de prison, de cacher le film et d’autres œuvres dans la mémoire de son cyborg domestique, Mikki… qui joue aussi le rôle de mère porteuse de son futur enfant grâce à son organisme amélioré. Bientôt, des enquêteurs commencent à fouiner chez son employeur, et le danger se rapproche.

Ugo Bienvenu trouve la formule pour une histoire de science-fiction apte à marquer les esprits : la crédibilité du scénario ne le rend que plus inquiétant. A l’image de ses thématiques, comme la médiocrité culturelle galopante, le souci de la rationalisation à outrance et l’accélération de notre mode de vie et de travail, suffisamment effrayantes pour laisser imaginer une dystopie redoutable. Car c’est ce qui fait de nous des humains qui est ici remis en question : notre droit à l’erreur, à la réflexion et surtout notre capacité à apprécier la beauté. Mikki, l’androïde qui cherche à mieux comprendre les hommes et devient le protecteur de l’héritage, sous toutes ses formes, du couple, semble devenir peu à peu plus humain. Au milieu des couleurs criardes de la France du futur, et de personnages semblant parfois un peu raides et figés, Mikki est celui qui paraîtra bientôt le plus vivant. On ne lâche pas une seconde cet album, captivant de la première à la dernière page, incontestablement l’une des histoires de science-fiction les plus importantes de cette année en bande-dessinée.