Dans Pucelle, Florence Dupré-Latour raconte une enfance où les tabous et le poids de la tradition pèsent lourdement sur sa découverte de la sexualité et de son statut de femme. Le tout avec un humour dévastateur. Chez Dargaud.

L’auteure nous avait déjà chamboulés en 2016 avec l’incomparable Cruelle, récit aussi drôle que terrifiant où la petite Florence écharpait à qui mieux mieux les animaux qui lui passaient entre les mains. A ce récit sur la construction de l’identité et la notion de pouvoir succède, quatre ans plus tard, la première partie d’un diptyque qui se concentre sur la sexualité et la condition féminine. On retrouve l’univers sous cloche dans lequel a grandi l’auteure, élevée dans une famille catholique tendance vieille France, auprès de ses frères et sœurs. Dans Pucelle, elle raconte comment tabous et conventions sociales n’ont fait qu’augmenter ses angoisses, depuis les premiers questionnements sur la sexualité jusqu’à l’entrée dans la puberté… en passant par la découverte des diverses discriminations que l’institution et la famille tentaient de lui faire intégrer.

Car au-delà de la sexualité, l’album nous place aux côtés d’une petite fille à laquelle on apprend, insidieusement, que son sexe est une faiblesse et sa sexualité, et donc son identité, un animal à mettre au pas. C’est d’ailleurs en observant le monde animal que Florence se pose ses premières questions sur « les choses de la vie » (à laquelle elle préfère l’expression « la chose qui ne doit pas être dite ») dans des séquences aussi crues que drôles qui rappellent Cruelle, son précédent opus. L’humour est l’arme secrète de Florence Dupré-Latour : son écriture, sensible et directe, comme son dessin délirant et hyper-expressif ne manquent jamais de faire rire, mais traduisent aussi à merveille les tourments intérieurs de l’héroïne. Un livre en forme de confession, éclairant et à fleur de peau, hilarant et intelligent à la fois.