La rengaine est tenace : la France compte trop de fonctionnaires (même l’État serait incapable de compter ses agents). L’historien Émilien Ruiz a donc enquêté…

La campagne des présidentielles a commencé. Pour l’heure le sujet n’a pas encore été abordé mais il le sera très certainement, comme régulièrement depuis des décennies : le nombre de fonctionnaires. Comprendre leur « trop » grand nombre pour être plus précis. « De Saint-Just à Macron, en passant par Charles Maurras ou Jacques Duclos, tout le spectre politique a affirmé un jour que l’État emploie trop de fonctionnaires ». Et en plus, tout est loin d’être parfait malgré l’imposante « bureaucratie ». Emilien Ruiz qui est historien et « Assistant Professor » à Sciences Po s’est saisi de cette antienne/rengaine pour en examiner les ressorts : le flou de la notion de « fonctionnaire », les conditions du développement de l’État, les idées reçues sur le statut, les obstacles à la féminisation et l’échec des politiques de baisse des effectifs… À la lumière d’un travail « statistique » et historique portant sur les 19e et 20e, l’auteur montre que, finalement, les ressorts historiques de cet unanimisme sont bien plus politiques que budgétaires. « Derrière les débats sur le nombre des fonctionnaires, cette histoire d’une obsession française révèle finalement un enjeu moins comptable que démocratique : celui du rôle que nous entendons, collectivement, assigner à l’État ». Alors que la population réclame toujours plus de services. Emilien Ruiz consacre principalement ses recherches aux relations entre savoirs et pouvoirs depuis la fin du XIXe siècle. Pour ses travaux sur l’histoire du nombre des fonctionnaires, il a été lauréat du prix Saint-Simon de l’EHESS (2009), du prix Aguirre Basualdo de la Chancellerie des Universités de Paris (2014) et du prix Alain Desrosières du groupe histoire de la Société française de statistique (2016).

Trop de fonctionnaires ? Histoire d’une obsession française (XIX-XXIe siècle)

d’Emilien Ruiz. Ed. Fayard

www.fayard.fr