© Illustration : Fabien Veançon

Cet été, dans le même temps que le mercure s’agitait dans les thermomètres, notre société a fait d’incroyables découvertes sur elle-même et sur son état.

On a eu droit, tout d’abord, par ordre chronologique d’apparition sur scène, à la prise de conscience qu’il pouvait y avoir la canicule en été. La belle affaire ! Quotidiennement, à grands renforts de spots publicitaires, on s’est fait suer à écouter le lot de conseils prodigués par la « puissance » publique. Rechercher les endroits ombragés et penser à s’hydrater régulièrement, ont été des recommandations d’une pertinence qui n’aura échappé à personne. Notre société ayant juré qu’on ne l’y reprendrait plus, après la gestion gouvernementale calamiteuse de la canicule de 2003, on a donc, cette année, rajouté de la précaution au principe éponyme. Ceinture et bretelles sur le maillot de bain, la martingale assurée.

Gageons que nos populations ont été tellement affolées qu’elles vont profiter de l’hiver pour investir dans l’installation de climatisations individuelles, quitte à accélérer, par ce geste, le dérèglement climatique déjà dûment constaté. Cela dit, on n’est pas à un paradoxe près quand il s’agit du confort individuel. Charité bien ordonnée…et après nous le déluge ! Le vieux mal français.

L’on a vu, ensuite, la représentation nationale recevoir, non sans quelques réticences affichées, Greta Thunberg, au Palais Bourbon pour parler, justement, du devenir de la planète. On aura pu noter à cette occasion, que nos chers élus se sont moins bousculés pour être pris en photo aux côtés de l’égérie écologiste que lorsqu’il s’est agit d’écouter, en 2016, Pamela Anderson, venue les entretenir de la question, vitale s’il en est, du gavage des oies. Sans doute que le regard angoissant de l’adolescente et son visage vierge de tout sourire étincelant, prête moins à selfies que les formes (encore) généreuses quoique (sévèrement) botoxées de l’héroïne (vieillissante) d’Alerte à Malibu. Et après on se perdra en conjectures sur l’affaire Epstein ! Comprenne qui pourra…

Au chapitre des destinations touristiques, on a aussi appris cet été, que Tchernobyl était devenu un site de plus en plus prisé. Nombre de tours-opérateurs ont compris qu’il y avait de l’argent à Charité bien ordonnée… et après nous le déluge ! Le vieux mal français.soutirer aux gogos qui veulent voir les derniers vestiges d’une ville soviétique (sic), vitrifiée pour les siècles des siècles, par l’accident nucléaire civil le plus grave de l’histoire. Pour les amateurs du genre, cette visite semble sûrement moins nocive qu’une balade parisienne sur l’ile de la cité à Paris, suspectée d’être polluée au plomb depuis l’incendie de Notre Dame. Heureusement pour eux, ce n’est pas dans les services d’urgence hospitalière, qui ont passé l’été en grève pour attirer l’attention sur leurs cruels manques de moyens, que seront soignés les cancers rapportés d’ici ou d’Ukraine. Qu’importe d’ailleurs, puisqu’il y a pénurie de médicaments. C’est sans doute cela disposer du meilleur système de santé du monde… Après tout, considérons nous comme privilégiés par rapport aux États-Unis où l’on continue à se dessouder à tour de bras, dans des fusillades aussi répétitives que mortelles.

En France, cet été, la mort la plus symbolique portera le nom de Jean-Mathieu Michel, maire de Signes, dans le Var, décédé en essayant de faire respecter son autorité, tué par les pollueurs qu’il a voulu verbaliser. Il fallait cela pour que l’on « découvre » le job d’édile local, ses servitudes, ses difficultés et son caractère ingrat. C’est cette prise de conscience qui justifie sûrement la mise en place d’une mesure draconienne immédiate par le Sénat, excroissance nationale de la France des territoires : l’envoi aux maires d’un questionnaire destiné à cerner leurs attentes. À quelques mois seulement des élections municipales, la « république » veille à ce que ses soutiers ne soient pas frappés par la crise des vocations. On nous fait le coup tous les six ans depuis près de trente ans, et, comme à chaque fois, on arrivera, le moment venu à trouver les candidats nécessaires.

Ainsi va la France. Ainsi vont les hommes. Été comme hiver. On peut juste regretter que Jean-Pierre Mocky n’ait pas eu le temps de les croquer, avec gourmandise, une dernière et ultime fois.