SORTIE LE 21 OCTOBRE 2015

Onze ans après La Chute, Oliver Hirschbiegel retourne sur les traces du nazisme avec Elser, un héros ordinaire. Après avoir filmé l’agonie de ce régime, il s’intéresse cette fois à un attentat manqué qui aurait pu changer le cours de l’Histoire, mené par un ouvrier ébéniste épris d’indépendance et d’idéaux.

Treize minutes. Le 8 novembre 1939, la tentative d’assassinat d’Adolph Hitler, dans une brasserie de Munich où il avait pris l’habitude, chaque année à la même date, de commémorer son putsch manqué de 1923, a avorté pour treize malheureuses petites minutes. « Le salut miraculeux du Führer » avait alors titré le Völkisher Beobachter, le journal officiel du parti national-socialiste. C’est surtout la chance qui s’en était mêlée. Le chancelier, habitué aux longs discours, avait en effet décidé d’écourter sa présence, alors que son pays était en guerre. Qui sait ce qu’il serait advenu du cours de l’Histoire si parmi les 8 victimes recensées ce jour-là avait figuré sa dépouille ? L’Holocauste n’aurait sans doute jamais été mis à exécution… Comment un homme seul a-t-il pu mener un projet de cette envergure ?Une autre question taraudera le spectateur qui assistera à la projection du nouveau film d’Oliver Hirschbiegel, Elser, un héros ordinaire : comment un homme seul a-t-il pu mener un projet de cette envergure ? Elle sera d’ailleurs au cœur de l’interrogatoire musclé (le mot est faible) mené par la Gestapo pour lui tirer les vers du nez, convaincue que ce complot est orchestré en coulisses par une puissance étrangère. Le pouvoir en place se servira de cette attaque pour sa propagande, comme il l’avait fait après l’incendie du Reichstag, en février 1933. Parenthèse : ce n’était pas la première fois que le chef de file des Nazis était la cible d’un attentat, puisqu’une quarantaine d’attaques ont été répertoriées entre 1921 et 1945, dont l’opération Walkyrie, qui fut portée à l’écran en 2008 par Bryan Singer, avec Tom Cruise en tête d’affiche. D’autres productions germaniques, dont un téléfilm dans les années 60 et un long-métrage en 1989 (Georg Elser, de Klaus Maria Brandauer), sont également revenues sur cet épisode.

Cette résistance sans bruit fomentée par un seul homme face à l’ogre nazi est le principal l’intérêt de ce long-métrage construit comme un long flashback par le cinéaste allemand (qui débute avec l’arrestation d’Elser), onze ans après La Chute, un des plus gros succès du box-office outre-Rhin, qui s’était frayé un chemin jusqu’aux Oscars en 2005, dans la catégorie du Meilleur film étranger, malgré la polémique liée au fait qu’Hitler avait été humanisé.Avant de se suicider, Hitler donnera l’ordre de le faire exécuter. Le metteur en scène s’intéresse au parcours intérieur de cet ébéniste de profession mu par l’indépendance, idéaliste et rebelle, agissant pour le compte du Parti communiste, sans pour autant être encarté, et qui refusera dès le départ le salut hitlérien. Dans ce rôle, il faut reconnaître que Christian Friedel, que l’on avait pu voir dans la peau d’un instituteur pour Le Ruban blanc de Michael Haneke, s’en tire à merveille. Oliver Hirschbiegel va jusqu’à comparer son personnage à Snowden : « Il n’a pas d’intérêts particuliers, il a juste cette conviction en lui, cette nécessité qui vient du fond de lui et cela parle de liberté, de liberté de parole, de liberté de mouvement, d’individualité, tout ce qu’Elser voit peu à peu emporté. » Héros ordinaire et très discret, Elser a longtemps échappé à l’hommage solennel des livres d’Histoire et des cérémonies commémoratives. Une injustice aux yeux de l’historien Gilbert Badia, qui écrit dans son livre Ces Allemands qui ont défié Hitler : « Si on avait décidé d’ériger un monument, un seul, pour commémorer la lutte des Allemands et Allemandes qui ont risqué leur vie pour mettre un terme aux horreurs du régime nazi, c’est à Elser qu’il aurait fallu le dédier. » Arrêté alors qu’il tentait de regagner la Suisse, ce dernier fut incarcéré à Dachau. Avant de se suicider, Hitler donnera l’ordre de le faire exécuter.