Depuis Montréal, Daran tient la barre de tous ses projets musicaux, alimentés par les textes de son complice Jean-Yves Lebert. Avec Le monde perdu, il s’offre l’album acoustique, en solo, dont il rêvait depuis 15 ans. Pour onze histoires à l’humanité sèche, en conditions de dépouillement extrême.

Daran le monde perdu (© DR)En 1995, Daran et son groupe Les chaises rencontrent le succès en France avec le titre Dormir dehors. Il entame ensuite une carrière solo, mais ses œuvres personnelles, intimistes, ne rencontreront pas le succès escompté dans l’Hexagone, alors que le Québec lui tend les bras : en 2007, l’accueil enthousiaste offert à Le petit peuple du bitume le décide à franchir le pas et à s’installer définitivement dans la Belle province, en 2012. Il y trouvera toute l’autonomie et l’indépendance qu’il recherchait. « J’ai choisi de regarder vers l’avant, explique Daran. Ici, tout est plus simple, il n’y a pas d’énormes maisons de disques, et le niveau des musiciens me tire vers le haut ».

Aujourd’hui, l’interprète choisit de se confronter à la solitude en enregistrant Le monde perdu, dans les atours simples d’une guitare acoustique, d’un harmonica et d’une voix qui frappe droit au cœur. Lui préfère parler de moment d’introspection. Dès lors, c’est une sensation palpable de dénuement qui accompagne l’écoute des compositions de Daran, qui ont pour effet de mettre encore davantage en avant les textes. « Avec un groupe, en studio j’étais plutôt comme un chef d’orchestre. Là j’étais seul, avec le temps pour allié : j’ai pu prendre du recul, et trouver le chemin de ma vérité. Je me suis aussi rendu compte que ça pouvait être compliqué, car avec une telle démarche, tu ne peux pas avoir de faiblesse, tu ne peux rien cacher ».

Dans cet album, Daran met en chanson des personnages blessés par la vie, confrontés à l’errance ou à la misère sociale.

Seul, l’artiste ne l’est pas tout à fait : il reçoit ses textes comme des cadeaux de la part de Jean-Yves Lebert, un ami de longue date qu’il a finalement laissé « penser à sa place » et écrire la plupart de ses chansons, à l’exception sur cet album du titre éponyme écrit par Christophe Miossec. Au fil des années et des albums, les longues discussions préalables se font plus courtes. « Nous sommes un auteur-compositeur-interprète, formule Daran. Parfois Jean-Yves me fait des surprises : d’un échange apparemment anodin, il peut faire un texte. Les siens sont souvent des premiers et derniers jets ».

Dans Le monde perdu, le français né en Italie et déménagé au Québec parle à la première personne d’exil, de refuge, d’amour, de fuite, des histoires souvent empreintes de mélancolie mais éclairées par le profond humanisme et la touchante vérité des mots et des notes. Avec Gens du voyage qui ouvre l’album et Le bal des poulets qui le clôture, ce sont des personnages blessés par la vie, confrontés à l’errance ou à la misère sociale, qu’il met en chansons, avec une musicalité minimale. « C’est une envie consciente : être dans la poésie, mais aussi dans la simplicité, ancré dans le réel. J’ai eu envie de me confronter au dépouillement extrême. » 

Le monde perdu, chez Washi-washa
www.daran.ca

SON MONDE EN IMAGES

Pour ce huitième opus, Daran a eu une autre envie, celle d’expérimenter une forme scénique spécifique. Lui qui s’était déjà essayé en 2009 au concert dessiné, pour une compilation accompagnée d’une bande-dessinée de Michel Alzéal intitulée Couvert de poussières, a tourné lui-même un film et collaboré avec l’illustratrice Geneviève Gendron, qui viendra dessiner en direct sur les images. Pour l’occasion, un logiciel dédié a été développé par Serge Maheu. « J’ai essayé d’imbriquer trois arts différents, explique Daran. J’aimerais que ça donne un effet de bande originale ; si les gens ne me regardent plus jouer sur scène mais sont captivés par le film, ce sera gagné ! » Succession de séquences illustrant le texte, s’en détachant parfois, entre série de clips et recherche esthétique, le projet est pour lui une autre façon de développer son univers. « Je suis parti en totale liberté, avant de me rendre compte que cela nécessitait beaucoup de précision. Au final, c’est devenu un vrai travail d’orfèvrerie ».