Sur Canal + Saison 1 & 2

Le mois d’avril marque le retour de Killing Eve, série acclamée par la critique et le grand public. Oeuvre criminelle sarcastique et résolument féministe, la série raconte la traque haletante d’une tueuse à gage par une agente du MI6 plus que déterminée. Ou l’inverse, c’est à voir.

Méfiez-vous du doux visage enfantin et espiègle de Villanelle, orpheline russe : derrière cette jeune femme d’apparence délicate et ingénue se cache en réalité une tueuse à gage hors pair. Aperçue dans My Mad Fat Diary ou encore Doctor Foster, Jodie Comer campe ici le rôle d’une psychopathe facétieuse et sans coeur, dont les missions de meurtres pour le moins sanglants l’enthousiasment tout autant que la haute-couture ou les langues étrangères. Sa dernière obsession se porte sur Ève Polastri, personnage interprété par Sandra Oh, connue pour son rôle de Christina Yang dans Grey’s Anatomy. D’abord bureaucrate pour le MI5, Ève est notamment responsable de la protection des témoins. Son travail et sa vie bien rangée l’ennuient : aspirant à une existence plus stimulante, elle dissimule en outre un goût accru pour le crime et les femmes assassines. C’était sans compter sur le meurtre minutieux et efficace d’un homme politique russe, en pleine rue. Ève suggère alors à ses supérieurs hiérarchiques que le coupable est loin d’en être à son premier assassinat de personnalité des hautes sphères, et que – surprise ! – il s’agit d’une femme. En effet, selon la protagoniste, seule une femme est capable d’approcher ces messieurs, pourtant protégés par des gardes du corps, sans éveiller leurs soupçons. Suite à un concours de circonstances, Ève finit par être recrutée en temps qu’agente pour une mission non officielle du MI6. Elle est alors en charge de découvrir la vérité derrière ces différents assassinats, visiblement tous liés à une jeune femme : Villanelle. La série explore la fascination et l’attraction singulières de la tueuse à gage pour Ève et réciproquement : les deux femmes sont faites pour se rencontrer. Un jeu du chat et de la souris se met en place entre la meurtrière et l’agente, de Londres à Moscou, en passant par Berlin. Un jeu troublant tant on ne sait parfois qui des deux est le félin ou le rongeur.

Phoebe Waller-Bridge, la scénariste et créatrice de cette série britannico-américaine, adapte ici les nouvelles Codename Villanelle de Luke Jennings, dont la suite est attendue pour courant 2019. Série policière, série d’espionnage, thriller psychologique… En proposant une œuvre aux thématiques et tonalités multiples, Phoebe Waller-Bridge fait fi des étiquettes et dépoussière le genre : gore, humour noir et suspens sont au rendez-vous. La série s’amuse à dérouter ses spectatrices et spectateurs. L’écriture affûtée oscille constamment entre drame et comédie. Bien plus, la série fait la part belle aux personnages féminins, portés par des comédiennes qui crèvent l’écran : pour son rôle, Sandra Oh a ainsi remporté le Golden Globes 2019 de la meilleure actrice dans une série dramatique. Ces deux héroïnes sont loin d’être stéréotypées : l’insaisissable Villanelle tue de sang-froid, avec cruauté et sans une once de remords. C’est une hédoniste : ses missions achevées, elle profite de tous les plaisirs que la vie lui offre, qu’il s’agisse de voyages en Europe, de nourriture alléchante, ou encore de partenaires sexuels, homme comme femme. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard qu’elle choisit de faire de Paris son lieu de résidence : nous savons combien la ville est vectrice de liberté et de libertinage dans l’imaginaire collectif. Quant à Ève, la protagoniste n’est pas en reste : agente talentueuse et courageuse, elle a du flair, et elle le sait. Ne se démontant jamais devant personne (hormis peut-être Villanelle), Ève parle franchement, exprime ses pensées et ses désirs sans détour, agit avec détermination. En somme, les deux femmes n’hésitent pas à sortir des normes imposées traditionnellement à leur genre, et créent leurs propres lois. En France, la deuxième saison de Killing Ève est disponible dès le 8 avril 2019 sur Canal +.