Cette fois, ça y est, les hostilités sont officiellement lancées. Ou autrement formulé, voilà le Président de la République, Emmanuel Macron, prêt à en découdre et disposé à entrer dans le dur des réformes. Entendez par là, le dur des réformes sociales. Celles qui vont constituer le baromètre de la capacité du chef de l’État à mener le processus de déconstruction-reconstruction auquel il s’était engagé dans son programme électoral. Celles qui mènent un peuple derrière soi ou… dans la rue.

Première cible en vue : la fonction publique. Ou plutôt ce que l’opinion publique qualifie comme tel. Car dans un joyeux amalgame, sont associées, dans une même approche fallacieuse, la réforme du statut des trois seules « vraies » fonctions publiques (celle de l’État, l’Hospitalière et la Territoriale) et celle dite des « régimes assimilés » à la fonction publique dont bénéficient les employés de grandes entreprises publiques notamment.

Était-il indispensable de débobiner la pelote des réformes par ce bout ? On peut en douter, quand on connait le niveau moyen des salaires des agents du secteur public. Ce n’est sûrement pas eux qui creusent le plus les déficits publics, a fortiori parce qu’ils sont les meilleurs contributeurs à l’impôt. Fallait-il mélanger ainsi les genres et mettre dans la même corbeille la réalité prégnante d’unLes cheminots vont payer le prix fort des mauvais choix stratégiques passés des dirigeants de leur entreprise, voire du pouvoir politique ou syndical.seul et même statut et la diversité de régimes spéciaux ? Stratégiquement on peut le comprendre, pour qui veut mettre un terme aux avantages acquis.

Ceci étant, il est désormais trop tard pour gloser, puisque le processus est lancé. Plutôt habilement, il faut bien l’admettre. Car le chef de l’État sait bien que s’il est arrivé par effraction à l’Élysée, il le doit à l’échec des politiques qui ont été menées depuis plus de quarante ans par ses prédécesseurs. Il a conscience qu’il a l’opinion publique avec lui sur ce point et il compte bien s’appuyer sur cette réalité du moment.

Cependant, la fenêtre de tir est étroite et il ne faut pas la rater. Car dans un pays qui a toujours eu un rapport ambigu avec sa fonction publique (prompt à la vilipender, souvent à la réclamer et toujours désireux de l’intégrer ou de la faire intégrer à sa progéniture), on peut se casser les dents sur un tel bouc-émissaire. D’aucuns en ont fait l’amère expérience.

Mais tout laisse à penser que les mammouths du public incarnent désormais un passé révolu. Dans un monde globalisé, les valeurs constitutives du service public, nées du Front populaire, des réformes de l’immédiat après-guerre et des lois de décentralisation, n’ont plus cours. Exit l’époque où les appareils politiques et les centrales syndicales avaient du sens dans un monde bipolaire et une puissance symbolique forte.

Plus que toute autre, la SNCF matérialise ce passé arrêté, parfaitement incompatible avec une société en mouvement. Son statut figé dans les trente glorieuses est devenu antinomique avec une société qui se veut en marche et transparente. Car si l’on aime tous le train, on n’en peut plus de la SNCF. L’entreprise publique naguère vantée et adulée pour ses qualités, est désormais en désamour. Parce que la tradition de ponctualité n’est plus respectée. Parce que les prix du billet sont trop élevés et fixés dans une opacité qui questionnent. Parce que la forte culture d’entreprise qui constituait naguère l’ADN du cheminot, s’est transformée en corporatisme exacerbé. Dès lors, les cheminots vont payer le prix fort des mauvais choix stratégiques passé des dirigeants de leur entreprise, voire du pouvoir politique ou syndical.