Fabien Nury et Brüno posent un regard sans concessions sur la vie, la mort et la légende du sniper américain Chris Kyle dans L’Homme qui tua Chris Kyle. Chez Dargaud.

C’est un fait divers pas comme les autres qui marqua l’actualité du 2 février 2013 dans le comté d’Erath, au Texas : l’assassinat de Chris Kyle, le sniper aux 255 victimes dont les « exploits » en Irak ont été immortalisés par Clint Eastwood dans le film American Sniper. Le coupable : un vétéran venu accompagner Chris Kyle pour une rencontre à visée thérapeutique dans un stand de tir. Un drame qui parachève la légende d’un homme devenu l’archétype du super-soldat patriote et le symbole de l’esprit guerrier de l’armée américaine.

C’est le portrait en parallèle de Chris Kyle et de son assassin Eddie Ray Routh que dressent Fabien Nury et Brüno dans L’Homme qui tua Chris Kyle. Le portrait de deux faces d’une même médaille : le premier a connu la gloire, le succès et la reconnaissance de tout un pays, le second est un soldat minable, sans faits d’armes, traumatisé et déséquilibré, accro aux médicaments et à la drogue. Au fil des pages, on revient sur la carrière militaire de Chris Kyle, qui exploita à l’envi son image pour promouvoir ses livres et sa société de sécurité privée. La vie chaotique et misérable de Eddie Ray Routh dès son retour à la vie civile n’a rien de comparable : il représente la face sombre de l’histoire de guerre glorieuse que symbolisait Kyle. Avec dynamisme et un certain sens du rythme dans le dessin, évitant les principaux écueils de la bande-dessinée documentaire, les auteurs soulèvent ici de nombreuses questions : le culte des armes à feu et de la violence, l’usine à légendes des médias et du cinéma américains, la médication à outrance et les traumatismes d’une nation. Autant de notions qui se cachent derrière un fait divers bien plus complexe que ne le laissait entrevoir le récit officiel, qui le réduisait à une sorte de western à la fin tragique.