(© Paolo Roversi)
Le pianiste David Fray retrouvera la Philharmonie Luxembourg le 25 avril à l’occasion de la sortie de son dernier album, consacré à Chopin. Cet opus de 13 titres est un petit événement dans la mesure où le Français a refusé de jouer ce compositeur pendant 15 ans, lui préférant notamment Bach et Schubert, incontournables dans son répertoire.

Une éternité. David Fray aura attendu 15 ans avant de renouer avec l’œuvre de Chopin, dont la dépouille repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris. « Chopin est une île, comme un monde clos. C’est pourquoi je ne voulais pas l’enregistrer trop tôt. C’est si fluide, évanescent, comme si vous écriviez dans le sable. Vous savez que tout sera emporté, mais le souvenir restera… J’ai mis Chopin de côté durant tout ce temps et je n’étais pas sûr de le rejouer un jour. »

Le pianiste est du genre à donner sa chance au temps. Faisant courir ses doigts sur les touches noires et blanches depuis l’âge de 4 ans, celui qui fut l’élève de Jacques Rouvier et Claire Désert, au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse à Paris, était jusqu’à présent plutôt préoccupé par des compositeurs comme Bach – auquel il voue une véritable passion – mais aussi Mozart, Beethoven ou encore Schubert…

Souvent présents dans ses enregistrements, Bach et Schubert ont commencé à lui tournoyer autour au sein du cocon familial, comme il l’a déjà évoqué par le passé. « La musique n’a pas besoin de moi, c’est moi qui ai besoin de la musique »« Ma mère est professeur d’allemand et mon père de philosophie. J’ai donc été confronté très tôt à la prédominance de la culture germanique, la musique notamment. Inconsciemment, mes goûts ont été façonnés par cette présence. Son répertoire fait appel à la tête et au cœur, aux structures musicales et à leur poésie. Ce mélange me convient parfaitement et me définit en quelque sorte. » La discipline que requiert la culture germanique est un autre élément à mettre dans la balance, lui qui fait preuve d’une grande exigence, en commençant par lui-même.

Voilà donc le compositeur franco-polonais dans sa discographie. L’album de treize morceaux (7 nocturnes, 3 mazurkas, une polonaise-fantaisie, un impromptu et une valse), baptisé sobrement Chopin et paru sur le label Erato, se distingue par sa subtilité. David Fray y livre une vision personnelle du compositeur à travers des interprétations tout en douceur où pointe la nostalgie. Le 22 mars dernier, ce dandy habité par la passion révélait au micro de France Musique que cet effort lui a avait notamment permis de se questionner sur son rapport à l’instrument, en faisant référence à la technique particulière requise par la musique du maestro. « Avec Beethoven, Mozart et Bach, on est dans une tension permanente, alors que là on est dans le relâchement, ce qui m’a fait du bien… »

Le 25 avril prochain dans le Grand Auditorium de la Philharmonie Luxembourg, ce musicien élégant jouant voûté sur son siège offrira un récital dédié à la musique romantique, un répertoire qui le passionne depuis toujours, en interprétant entre autres des œuvres de Schumann, Brahms et donc Chopin. Cette présence est d’autant à souligner que le natif de Tarbes est tout sauf un stakhanoviste des salles de concert, accordant beaucoup de son temps libre à sa famille (ndlr : il est marié à l’actrice et metteuse en scène italienne Chiara Muti, fille du célèbre chef d’orchestre Riccardo Muti), lui qui accumule environ 50 concerts chaque année. S’il pourrait un jour se passer de la musique ? La question lui a déjà été posée. Il avait alors eu cette réponse : « La musique n’a pas besoin de moi, c’est moi qui ai besoin de la musique. »

À noter que la soirée sera précédée d’une conférence animée par la musicologue Claire Paolacci, qui reviendra sur le contexte de création des pièces jouées ce soir-là, écrites pour l’instrument roi du 19e siècle. Une belle occasion de faire coup double en joignant l’utile à l’agréable.

Mardi 25 avril à 20h – Grand Auditorium
www.philharmonie.lu