« Les histoires d’amour finissent mal, en général », dit la chanson. Pour sa nouvelle exposition, le Musée de l’image d’Épinal surprend avec Tourments, véritable parcours au fil de nos mythes et de nos arts. En compagnie de Cristina Lucas, les grands couples d’amoureux ont envahi le musée avec romans, sculpture, opéra…et images. À voir jusqu’au 15 mars 2015.
Les malheurs de Pyrame et Thisbé (© Musée de l'Image d'Épinal)

Les malheurs de Pyrame et Thisbé (© Musée de l’Image d’Épinal)

«Étonnez-vous » est l’exorde que l’on trouve lorsqu’on arrive sur le site internet du Musée de l’image spinalien. Ainsi, à ceux qui trouveraient très classique, peu originale, voire même réchauffée, une exposition sur les grands couples d’amoureux à travers les siècles, nous opposons le travail de Martine Sadion, Commissaire de l’exposition et conservatrice du musée. « Étonnez-vous », leur disons-nous, de trouver de tels Tourments dans cette nouvelle exposition, là où l’amour devrait inspirer sérénité, bonheur, grand sentiment, noblesse d’âme et de cœur, sorte d’image d’Épinal du grand Amour. Or, nous nous en apercevons très vite, la constante chez les grands amoureux est le tragique, la souffrance, le dilemme, bref, une fin malheureuse, le plus souvent.

« Toutes ces œuvres sont en extrême résonance avec les amours contrariées, les déchirements, les tourments du cœur, de l’âme et de l’esprit. »

Ainsi, le musée propose une promenade au fil des siècles, de Narcisse à Pyrame et Thisbé en passant par Geneviève de Brabant, de Baldung à Gustave Moreau pour les artistes. « L’histoire de Tourments a débuté en étudiant les histoires d’amour de la collection d’imagerie populaire du musée, du 19ème siècle majoritairement. » Ainsi, la commissaire de l’exposition expose-t-elle des fonds du Musée de l’image, mais étoffe ensuite la matière trouvée avec d’autres œuvres, tant s’impose à elle « un constat d’extrême « porosité » entre les arts, dans lequel l’imagerie a toute sa place. »

C’est pourquoi, aussi étonnant que cela puisse paraître, le visiteur curieux découvrira des extraits vidéo d’opéras dont Atys de Lully, Artaserse de Vinci et La Clémence de Titus de Mozart, tous deux présentés à l’Opéra national de Lorraine. Toutes ces œuvres sont en extrême résonance avec les amours contrariées, les déchirements, les tourments du cœur, de l’âme et de l’esprit. D’autres éléments étonnent encore, comme un vase Daum et même un oiseau, paradisier rouge, du Museum aquarium de Nancy.

« Cette nouvelle exposition s’intéresse surtout aux rapports qui se sont tissés entre imagerie, estampe, littérature, peinture et sculpture mais aussi théâtre et opéra… Ainsi au fil de l’exposition, vous pourrez voir aussi des œuvres contemporaines de Sébastien Gouju ou de Patrick Neu… » Martine Sadion avoue avoir du mal à choisir pour nous quelques œuvres maîtresses, tant « les œuvres sont nombreuses. Mais je citerais par exemple une esquisse de Gustave Moreau, de belles gravures des Métamorphoses d’Ovide, celles aussi de Goltzius, du papier peint de Zuber à à Rixheim… »
Et comme toujours, le Musée de l’image a bien l’intention de surprendre en accompagnant ces Tourments d’un concert au musée avec le festival de Froville, d’une conférence autour d’Artaserse avec l’Opéra national de Lorraine, de stages et ateliers pour le jeune public.


LA LIBERTÉ TUÉE PAR LE PEUPLE

Si l’exposition Tourments se justifie à elle seule par ses œuvres et sa pluralité artistique, elle donne aussi la chance de voir en France les réalisations d’une artiste espagnole, Cristina Lucas, dont les œuvres viennent dialoguer, tout en connivence, avec les images d’Épinal. En effet, cette jeune femme intelligente et engagée, produit des vidéos qui nous interpellent sur nos propres tourments. La Liberté raisonnée, Redevenir sauvage, et Parle, réinterrogent nos mythes et nos certitudes. « Je cherche à élaborer une réflexion, un concept, une idée, puis à trouver comment la transmettre aux autres », explique l’artiste. Son travail sur La liberté guidant le peuple, d’Eugène Delacroix (1830), est un court-métrage de 4 minutes 50 qui rend très bien compte de l’ambiance du célébrissime tableau : couleurs, costumes, tout y est. À ce détail près, que La Liberté est tuée par le peuple, sur une interprétation chorale d’un morceau de Radiohead. Peut-être pour nous rappeler que, dans notre histoire, cette liberté est toujours fragile, et assurément tourmentée.

– Conférence autour d’Artaserse avec l’Opéra national de Lorraine en février
– Concert au Musée de l’image avec le festival de Froville en mars

Musée de l’Image
42, quai de Dogneville 88000 Épinal
Tél. 03 29 81 48 30 / www.museedelimage.fr
Tous les jours de 9h30 à 12h et de 14h à 18h / Vendredi de 9h30 à 18h
Dimanche et jours fériés de 10h à 12h et de 14h à 18h Fermé le lundi matin