Longtemps retardé à cause de la pandémie, The French Dispatch, le nouveau Wes Anderson sort enfin en salle. Dans ce film d’anthologie tourné en grande partie à Angoulême, le réalisateur culte rend un vibrant hommage aux journalistes du New Yorker. Palette de couleurs pastel, ambiance rétro et symétrie parfaite sont bien entendu au rendez-vous.

Trois ans après son dernier film, L’Île aux chiens, Wes Anderson revient. Cette fois-ci, l’animation en volume (le fameux « stop motion ») laisse place à des interprètes en chair et en os et à des décors réels. Réels, si l’on veut, quand on sait que l’esthétique de Wes Anderson a quelque chose d’un songe idyllique.

Mais de quoi ça parle au juste, The French Dispatch ? C’est en fait le nom d’un journal américain, supplément hebdomadaire du Liberty, Kansas Evening Sun, prenant la forme d’un feuilleton. L’histoire se passe en France, à la fin des années 60, et célèbre une vie intellectuelle foisonnante, dans une ville fictive au nom tout à fait évocateur : Ennui-sur-Blasé. Malgré un pareil toponyme, il s’en passe des choses dans cette commune provinciale. Et le rédacteur en chef Arthur Howitzer Jr. ne souhaite laisser filer aucune histoire. Ses brillants journalistes, des Américains également expatriés, sont sur tous les fronts. L’intrigue s’articule autour de trois récits tirés d’articles du dernier numéro du French Dispatch. Dans le premier, la critique d’art JKL Berensen raconte l’histoire d’un détenu psychopathe dénommé Moses Rosenthaler qui se révèle être un véritable artiste : ce dernier prend pour modèle et muse sa gardienne de prison. Ensuite, l’écrivaine Lucinda Krementz investigue le milieu révolutionnaire étudiant de la ville – toute référence à Mai 68 étant bien évidemment délibérée – et finit par avoir une aventure avec son jeune chef de fil. Et enfin, le journaliste culinaire Roebuck Wright donne une interview à la télévision : il y explique comment il a tenté de s’entretenir avec le lieutenant Nescafier, chef de la police spéciale, et comment il a été témoin de l’enlèvement du fils du commissaire. Une chose est sûre : les auteurs des articles sélectionnés sont personnellement impliqués dans les histoires qu’ils racontent (faisant fi de la neutralité journalistique habituellement préconisée…).

Tout ceci est fictionnel, bien entendu. Ou presque : le film est en réalité un récit à clé. Il faut déceler chez certains personnages un hommage à des individus ayant bel et bien existé. Car c’est de rédacteurs et rédactrices légendaires du célèbre magazine The New-Yorker dont s’inspire Wes Anderson pour l’écriture de ses personnages. Prenez Arthur Howitzer Jr. par exemple : ce rédacteur en chef timide, affable bien qu’autoritaire, emprunte directement au fondateur du New Yorker, Harold Ross. The French Dispatch est donc une véritable déclaration d’amour au métier de journaliste que Wes Anderson admire tout particulièrement. Depuis qu’il est adolescent, le réalisateur se passionne pour le monde du journalisme : c’est dans la bibliothèque de son lycée au Texas qu’il a découvert The New Yorker auquel il est abonné depuis. Bien plus, il a amassé une large collection de volumes reliés de ce journal, remontant jusqu’aux années 40. Le film célèbre de façon décalée et originale l’élégance et la sophistication du magazine américain, fondée à la fois sur une certaine intransigeance quant aux normes qui l’ont façonné et sur la volonté de s’adresser à un lectorat général. Dans The French Dispatch, Wes Anderson coche bien entendu toutes les cases de son esthétique si distinctive (et si souvent parodiée) : voix off, plans rectangulaires à la composition ultra travaillée, couleur pastel, idiosyncrasie érudite… Tout semble réalisé avec un panache plus marqué que d’ordinaire et une excentricité décuplée. Un manège à sensations fortes dont le vertige est grisant.

Parmi le casting, on compte des acteurs et actrices phares du cinéma andersonien, tels que Bill Murray, Owen Wilson, Edward Norton, Adrien Brody, Frances McDormand ou encore Jason Schwartzman (ce dernier a d’ailleurs participé à l’élaboration de l’histoire dont est tirée le scénario). Mais on retrouve aussi quelques nouveaux venus : Benicio Del Toro, Jeffrey Wright, Timothée Chalamet et même (cocorico !) Lyna Khoudri et Félix Moati.

Retrouvez The French Dispatch au cinéma dès le 27 octobre.