© DR

Homme de théâtre et romancier, Roland Marcuola sort un nouveau roman intitulé Tête de nœud (éd. L’Harmattan). L’ouvrage nous plonge dans les années 60, du côté de Serémange-Erzange, en compagnie d’une bande d’ados qui découvre la musique, l’amour, la connerie et les cons, aussi.  C’est drôle, tendre et émouvant. 

Dans Tête de nœud, Guido, le personnage principal de votre précédent livre est de retour (Guido, éd. L’Harmattan, 2019). Vous ne vous quittez plus ?  

Non et cela fait d’ailleurs un moment que cela dure. Le personnage de Guido est né bien avant ce premier livre. C’est un personnage que j’ai inventé lorsque dans le cadre de Cité en scènes, un spectacle qui visait à raconter la petite et la grande histoire des cités de la Vallée de la Fensch. C’était alors une sorte de clown, sympathique et attachant. Je lui avais inventé une vie, une enfance. J’avais tout consigné dans un cahier. J’ai, un jour, retrouvé ce cahier. Et en le parcourant, j’ai eu envie d’aller un peu plus loin avec ce petit bonhomme. C’est ainsi qu’est né Guido, le livre. Et comme il a bien marché et que les lecteurs avaient envie de connaitre la suite de son histoire, j’ai rédigé Tête de Nœud. J’ai fait grandir Guido. Il avait 7 ans dans le précédent livre, il a une quinzaine d’années dans celui-ci.  

Guido vous ressemble ? 

Oui, il y a beaucoup de moi. L’action se passe également à Serémange-Erzange où j’ai grandi. Mais ce n’est pas autobiographique pour autant. Son copain Mamed est également inspiré par quelqu’un que j’ai connu et qui m’a d’ailleurs aidé à accepter la différence, à faire de moi quelqu’un de profondément anti-raciste. 

L’histoire de Tête de noeud se déroule en 1963. Guido et son copain Mamed découvrent la musique, notamment Les Beatles qui vont avoir une grande influence sur eux. Elle en a eu sur vous ? 

Oui, j’ai longtemps hésité entre le théâtre et la musique. Adolescent, j’ai fait partie de différents groupes. Et bien plus tard, entre 1994 et 2002, je me suis produit sur scène avec le groupe Duo à Quatre et Françoise Markoun. J’écris également des chansons. La chanson m’a beaucoup nourri à mes débuts. C’est elle qui m’a donné envie de faire « l’artiste ». 

En vous lisant, au détour d’une phrase j’ai pensé à Michel Audiard… 

J’aime effectivement cette langue orale. J’aime les mots et jouer avec eux. Le Cavanna des Ritals me parle tout particulièrement.   

Dites Roland, « C’est vraiment très con une maman quand ça aime » ?

J’ai une maman qui m’a adoré et je lui rendais volontiers tout son amour. Je ne pensais donc pas spécialement à elle en écrivant cela. Mais c’est vrai que quand je regarde un peu autour de moi, je suis parfois, disons, surpris par le pouvoir de l’amour, y compris par celui d’une mère pour son fils. Cela dit, le mot « con » est sympathique. C’est Brassens, c’est Audiard. C’est un mot pratique. Et de toutes façons, on est toujours le con de quelqu’un d’autre. 

Guido pourrait faire son retour pour un troisième tour de piste ? 

J’ai déjà entamé la rédaction du troisième tome, la fin de Tête de nœud m’en donnant la possibilité. Toute la petite bande est devenue adulte. Et je compte raconter cette nouvelle étape de leur vie, au travers, cette fois, du personnage de Jeannette. J’aime vraiment ces personnages qui sont drôles et attachants. Mais après je passerai à autre chose. J’ai d’ailleurs une nouvelle pièce de théâtre qui s’épanouit déjà dans un coin de ma tête.

Vous êtes auteur mais également comédien. Dès que la situation sanitaire le permet, le public vous retrouve sur scène ?

Comme tous les artistes, je suis bien évidemment impatient de remonter sur les planches, face au public. Ma pièce Un petit coin d’Paradis qui raconte l’arrivée de Brassens au paradis devrait pouvoir être jouée à partir d’octobre prochain, à l’occasion du centenaire de la naissance du poète. Une autre de mes pièces intitulée L’effet Dahomey, devrait également programmée. Mais tout dépendra, bien entendu, de l’évolution de la crise sanitaire comme vous le soulignez. Cette situation est aussi pesante, pour l’auteur. Sortir un livre sans pouvoir échanger avec les lecteurs, lors des salons littéraires, croyez-moi c’est également très frustrant. 


Tête de nœud

Tête de nœud livre Roland Marcuola

Fin 1963, Guido et Mamed (Tête de noeud pour les intimes) ont 15 ans. Amis « à la vie à la vie », ils vivent à Serémange-Erzange et découvrent, dans le désordre de leur tête : la musique, la chaparde, la télévision, l’assassinat de Kennedy, les Beatles mais aussi les chansons de Brassens et Vian, l’amour avec Jeannette et Agnès, les relents des « événements » d’Algérie, le racisme… Avec les « belettes », ils vont fonder un groupe, les Beazart’s, fruit de la fusion des Beatles et de Mozart. Et tant pis si techniquement, ce n’est pas folichon. Amoureux des mots, Roland Marcuola les fait volontiers valser (tant pis pour le rock) pour mieux en jouer, nous amuser. Nul doute que l’auteur a pris beaucoup de plaisir à écrire ce livre qui fait (beaucoup) rire, sourire et s’attendrir. Le lecteur passe assurément un excellent moment en compagnie de ces ados… solaires. C’est savoureux et jubilatoire.  


Roland Marcuola est né le 24 septembre 1956 à Hayange. Instituteur de 1976 à 1998, il est le fondateur et coordonnateur de la Compagnie les Uns, les Unes, née en 1995. Comédien et metteur en scène depuis 1998, il a écrit plusieurs pièces de théâtre ainsi que de la poésie et des romans.