SORTIE LE 11 JUILLET

L’iPhone d’Apple s’est offert un nouveau joli coup de pub, et il le doit au cinéaste Steven Soderbergh. Toujours friand d’expérimentation, le réalisateur de la trilogie Ocean’s Eleven a tourné intégralement son dernier film, Paranoïa, avec ce téléphone. Et il ne compte pas s’arrêter là.

Ne dites pas à Steven Soderbergh que les smartphones sont de simples gadgets. Le cinéaste couronné à Cannes pour Sexe, mensonge et vidéo (lire ci-dessous) s’est en effet contenté d’un iPhone pour réaliser son 25e long-métrage, Paranoïa (Unsane en version originale), un thriller psychologique qui met en vedette Claire Foy, révélée par son rôle de la reine Elizabeth dans la série The Crown sur Netflix. Un film qui fait écho à l’actualité, marquée par les débats sur le consentement dans les rapports homme-femme, dont l’affaire Weinstein aux États-Unis a servi de catalyseur. L’actrice britannique y incarne Sawyer Valentini, une jeune femme persuadée d’être harcelée et qui sera internée malgré elle dans un hôpital psychiatrique. Avec cette question lancinante : est-ce réel ou tout cela est-il le fruit de son imagination ?

Qu’un metteur en scène ait recours à un téléphone intelligent n’a rien de révolutionnaire. Avant Soderbergh, Sean Baker s’était engouffré dans cette voie audacieuse pour filmer The Florida Project (2017), un choix motivé par des raisons budgétaires. Le Français Michel Gondry s’était lui aussi appuyé sur cette caméra miniature pour signer le court-métrage Détour, commandé par la« Un spectateur qui ne sait rien du mode de fabrication ne pourra jamais deviner qu’Unsane a été tourné avec un téléphone ».célèbre marque à la pomme. Mais à la différence de ses deux confrères, le réalisateur de Logan Lucky (son plus récent long-métrage) ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, lui qui a toujours été porté sur l’expérimentation. Il l’a d’ailleurs confié sur un ton enthousiaste lors d’une conférence de presse au dernier festival de Sundance. « Ceci est le futur. Il faudrait vraiment trouver une bonne raison pour m’empêcher de penser à utiliser cette méthode en premier. Un spectateur qui ne sait rien du mode de fabrication ne pourra jamais deviner qu’Unsane a été tourné avec un téléphone. J’y vois l’une de mes expériences les plus libératrices à titre de cinéaste. Ce que j’ai ressenti est tellement significatif que j’ai l’impression d’entamer un nouveau chapitre. » Au festival international du film de Berlin, ou Paranoïa était présenté hors compétition, l’Américain en a remis une couche, insistant notamment sur la qualité des images procurées par ce type de téléphone, mais aussi le gain de temps qu’il générait, tout en reconnaissant quelques faiblesses, comme la profondeur de champ, qui mérite des ajustements.

Celui qui avait annoncé sa retraite après Effets secondaires en 2013, avant de changer d’avis et de se consacrer principalement à des séries TV – dont la dernière en date, Mosaic, met en scène Sharon Stone – semble donc bien parti pour exploiter davantage son iPhone. Cette nouvelle façon de travailler va aussi permettre à Steven Soderbergh de s’émanciper de la logique des studios, lui qui a signé par le passé des œuvres expérimentales comme Kafka en 1991, Full Frontal en 2002, qui avait pour particularité d’avoir été tourné en caméra numérique, ou encore Solaris en 2002.


SODERBERGH EN 3 ŒUVRES

Sexe, mensonge et vidéo (1989). – Cérébral et sensuel, ce premier film de Steven Soderbergh lui a valu la Palme d’or à Cannes… à seulement 26 ans ! Un record. James Spader lui doit pour sa part le Prix d’interprétation masculine.

Erin Brockovich (2000). – Julia Roberts crève l’écran dans cette histoire inspirée de faits réels. Pour son 10e long-métrage, Soderbergh flirte avec le documentaire en relatant le récit d’une Américaine moyenne qui fera éclater un gros scandale environnemental et de santé publique. Un rôle qui vaudra à l’ex Pretty Woman l’Oscar de la meilleure actrice.

Ma vie avec Liberace (2013). – Michael Douglas et Matt Damon sont les interprètes principaux de ce biopic narrant la relation amoureuse entre Scott Thorson et l’extravagant pianiste Valentino Liberace dans le Las Vegas des années 70. Gros succès aux États-Unis, cette romance très kitsch deviendra le premier téléfilm à décrocher une nomination pour la Palme d’or à Cannes.