(©DR)
Ah les Métropoles ! Elles sont aujourd’hui au cœur de toutes les stratégies d’aménagement du territoire. Elles reviennent dans tous les discours politiques sans que le grand public, il faut bien le dire, n’y comprenne vraiment grand-chose. À l’heure où le Grand Nancy a entamé le processus qui doit voir son agglomération muter en métropole et qu’un débat naissant autour de l’hypothèse que Metz-Thionville puisse aussi voir le jour, il apparaît comme essentiel de présenter ce que recouvre et implique cette notion de « Métropole ».
Par Roger Cayzelle

La plupart de nos dictionnaires présentent la Métropole à partir de son origine latine (c’est la capitale d’une province) mais plus souvent de ses racines grecques. Selon celles-ci la Métropole est une « ville mère ». Elle se caractérise en effet par le nombre élevé de ses habitants, mais c’est loin d’être le seul critère. Une ville devient d’abord une métropole par sa capacité à exercer des fonctions organisationnelles fondamentales, à attirer des entreprises importantes et surtout à exercer des fonctions essentielles et visibles dans le domaine de la santé, l’éducation, la culture ou le tourisme. Examiner un ensemble urbain dans le seul angle de la concentration de sa population ne suffit donc pas à en faire une métropole.Les réformes successives, et notamment la loi de décentralisation de 2014 ont fait de la métropole la forme la plus intégrée d’intercommunalité. Pour ne prendre que cet exemple la ville de Luxembourg avec ses 100 000 habitants présente à l’évidence toutes les caractéristiques d’une métropole avec l’importance de ses centres de décisions, son aéroport international et une vie culturelle en pleine expansion. Personne ne songerait pourtant à attribuer franchement ce qualificatif à l’agglomération de Charleville-Mézières-Sedan malgré ses 130 000 habitants. La France a donc choisi d’asseoir une grande partie de sa (faible) croissance sur le soutien a ses grands centres urbains. Les réformes successives, et notamment la loi de décentralisation de 2014 ont fait de la métropole la forme la plus intégrée d’intercommunalité. Dans son principe de base elle ne concerne que les territoires de plus de 400 000 habitants. Il existe donc actuellement officiellement 13 métropoles françaises : Nice, Toulouse, Lille, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, Rennes, Rouen, Grenoble, Montpellier, Aix-Marseille, Paris et Brest par dérogation. (Il faut y ajouter Lyon qui occupe le rang de super métropole à travers un statut particulier de collectivité territoriale bénéficiant quasiment des pouvoirs d’une Région). Ces treize métropoles françaises bénéficient de pouvoirs considérables. Contrairement à ce qu’on en pense elles ne suppriment pas les communes mais agissent de plein droit dans des domaines très étendus : développement économique, équipements culturels, tourisme, soutien à l’enseignement supérieur, aménagement de l’espace urbain, organisation des transports, soutien à l’habitat… Elles disposent donc de tous les leviers susceptibles de booster la croissance de leur territoire. La plupart d’entre elles ont déjà su s’appuyer sur leur nouveau statut pour progresser de manière spectaculaire en matière de développement économique, de création d’emploi, de soutien au tourisme et à la culture. Il suffit d’examiner l’évolution spectaculaire de métropoles telles que Bordeaux, Nice ou Lyon pour s’apercevoir qu’en Lorraine nous sommes loin de jouer dans la même cour.


NANCY BOUGE

C’est ce constat qui a poussé les élus nancéiens à chercher à obtenir eux aussi le statut de métropole. Le Grand Nancy, qui ne compte pourtant que 262 000 habitants, va y parvenir en s’appuyant sur la force de ses fonctions métropolitaines, une longue tradition de coopération intercommunale et, il faut bien le dire, une très forte mobilisation politique dépassant les clivages politiques traditionnels : les UDI André Rossinot et Laurent Hénart sont soutenus sans ambiguïté par Mathieu Klein, président socialiste du Conseil Départemental ou du député PS Dominique Pottier. Sans élargir son périmètre le Grand Nancy est donc en passe de devenir, avec Strasbourg,la deuxième métropole de la Région Grand Est. Dès lors la question de l’organisation urbaine du nord de la Lorraine est évidemment posée. Car, malgré son nom, l’agglomération messine n’est pas une métropole mais une simple communauté d’agglomération même si, parce qu’elle est une ancienne capitale de Région elle peut prétendre au statut de Communauté Urbaine comme l’était jusqu’à présent… Nancy. En clair, au moment où Nancy monte en Ligue 1, Metz pourrait prétendre à passer du National en… Ligue 2. Encore faut-il que Metz Métropole puisse élargir son périmètre en intégrant notamment les communautés d’agglomération voisines situées plus au Nord.


METZ-THIONVILLE : COMMENT AVANCER ?

Est-il nécessaire de franchir à court terme cette première étape ? Sans nul doute car l’immobilisme serait la pire des choses. Certes Metz et Thionville ne sont pas totalement isolés. Les deux villes sont membres à part entière du Pole Métropolitain du Sillon Lorrain, ce pôle métropolitain (!) mis en place depuis une dizaine d’années sous l’impulsion… d’André Rossinot et fédérant l’action des villes d’Épinal à Thionville en passant par Nancy et Metz. Dans ce cadre, ces dernières se sont rapprochées depuis 2008, date de l’élection de Dominique Gros, ce qui a notamment permis la création de l’Université de Lorraine. Avec la promotion de Nancy au rang de métropole un déséquilibre risque toutefois de s’installer et, en raison de celui-ci, la réapparition des anciennes animosités entre les deux principales villes lorraines. Il apparaît donc indispensable de construire de la cohérence urbaine dans cet espace qui s’étend de Metz à Thionville en passant par les vallées de la Fensch et de l’Orne et qui flirte avec la frontière luxembourgeoise si l’on considère Belval ou les coopérations avec la logistique autour des ports de Metz ou d’Illange. Mais contrairement à ce qui s’est produit plus au nord les responsables politiques mosellans sont plus partagés sur cette nécessité et sur le chemin à emprunter. Les socio-professionnels, responsables économiques voire syndicaux apparaissent plus offensifs en restant toutefois évasifs sur les stratégies possibles susceptibles de faire progresser les choses. Ici, nous avons d’abord voulu comprendre le point de vue des principaux acteurs sur le sujet. Une chose est en effet certaine : une nouvelle organisation métropolitaine ne peut prendre toute sa force que si elle s’appuie sur un vrai projet, librement partagé, auquel tout le monde adhère en conciliant les intérêts plus locaux avec une vision plus large. Nous n’en sommes pas encore là. La première étape consiste sans doute à mieux écouter le point de vue de chacun.


CE QU’ILS EN PENSENT…

Weiten-(©DR)PATRICK WEITEN, PRÉSIDENT DU CONSEIL DÉPARTEMENTAL DE LA MOSELLE

On m’explique que créer cette métropole est une nécessité car cela va lui permettre de gagner en visibilité et en attractivité. Pourquoi pas. Mais quel est le projet commun ? Il n’y en a pas. Pire encore, beaucoup des acteurs qui prônent l’émergence de cette grande métropole ne se sont même jamais rencontrés. Une métropole pour faire quoi, avec qui, avec quelles institutions, pour quelles ambitions ? Ces questions sont sans réponse. On me cite en exemple les grandes métropoles existantes comme Toulouse ou Strasbourg. La comparaison ne tient pas car nous sommes dans une configuration totalement différente avec un nombre de communes concernées bien plus important que dans les exemples donnés, un territoire plus vaste qui compte des villes mais également des communes rurales. Quelle est la place de la ruralité dans cet ensemble ? Où est l’unité ? Dans toute action politique, il importe de placer le citoyen au cœur de l’action et de préciser en quoi cette dernière va lui être bénéfique ou profitable. En tant que président du Département de la Moselle, je représente un territoire et une population et qui attend de moi des décisions et des actions qui participent à lui garantir un mieux vivre. Il est donc légitime que je m’interroge sur l’évolution du rôle et des compétences du département si une telle métropole était amenée à voir le jour. Et j’assume cette mission. Je ne suis absolument pas convaincu que ce projet participe de cette réponse qu’attendent les Mosellans. Le gouvernement nous a imposés la fusion entre nos trois régions. C’est fait. Mais aujourd’hui tout reste à construire et à faire. Concentrons-nous sur cette ambition.

Liebgott-(©-CAVF)

MICHEL LIEBGOTT, DÉPUTÉ-MAIRE DE FAMECK ET PRÉSIDENT DE LA CA DU VAL DE FENSCH

À l’évidence, une grande agglomération messine qui aille jusqu’à la frontière luxembourgeoise a du sens car nous faisons partie, en réalité, d’un même bassin de vie. Pour autant, faire émerger une métropole Metz-Thionville nécessite que l’on donne du temps au temps et d’y réfléchir dès aujourd’hui car un tel projet implique que l’on s’y prenne sans doute en plusieurs étapes intermédiaires.

Julien Freyburger (©DR)JULIEN FREYBURGER, MAIRE DE MAIZIÈRES-LES METZ ET VICE-PRÉSIDENT DE LA CC RIVES DE MOSELLE

Favoriser les partenariats dans le cadre d’un pôle métropolitain. Créé sur la base du volontariat, il permet aux EPCI de travailler ensemble sur des projets communs. Il additionne les énergies des territoires concernés sur des thématiques aussi diverses que le développement économique, des infrastructures et des services de transport, de promotion de l’innovation, de la recherche, de l’enseignement supérieur, de la culture ou de l’attractivité en lien avec le Conseil départemental.

dominique gros (©DR)DOMINIQUE GROS, MAIRE DE METZ ET VICE-PRÉSIDENT DE METZ MÉTROPOLE

Dans un premier temps l’objectif est de mieux structurer les aires urbaines de Metz d’une part et Thionville d’autre part. La métropole « Metz-Thionville » est un objectif à moyen terme, indispensable au développement économique et à la création d’emplois, ou au développement de transports urbains. À l’instar du CHR Metz-Thionville, performant, exemple à suivre dans tous les domaines, favorisons le regroupement et la mise en commun des énergies.

JL-BOHL-(©DR)JEAN-LUC BOHL, MAIRE DE MONTIGNY-LES-METZ ET PRÉSIDENT DE METZ MÉTROPOLE

Une réalité de collaborations déjà fortes dans les domaines du Numérique, de la Culture, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la Santé ou des politiques de développement économique. Nous devons les renforcer rapidement dans les mobilités, le tourisme, l’environnement mais dans le strict respect des identités des territoires et le rythme de chacun.

Fabrice-Genter (©DR)FABRICE GENTER, ENTREPRENEUR PRÉSIDENT DE LA CGPME MOSELLE

Nous remplissons tous les critères pour devenir Métropole et nous comptons sur nos élus pour passer aux actes. Il s’agit de notre avenir à tous, et cette mobilisation citoyenne a abouti à un projet qui se décline en 7 enjeux : garantir une offre santé complète, devenir visible et attirer de nouvelles entreprises, pérenniser et mutualiser les sites économiques, ouvrir l’accès aux équipements de loisirs, sportifs et culturels, former sur place, réaliser des projets communs avec le Luxembourg et enfin donner à toutes les communes des services performants.