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Le confinement et la crise sanitaire ont permis à des millions de salariés d’expérimenter le télétravail. L’expérience, même si elle a été imposée brutalement, semble avoir fait des adeptes chez les salariés comme chez les dirigeants. « L’écosystème » est favorable à son déploiement mais il se fera certainement en… douceur.

Dans une étude publiée en novembre 2019, la DARES (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques, dares.travail-emploi.gouv.fr) indiquait que le télétravail était peu répandu, en 2017. Il y avait alors 1,8 million de télétravailleurs en France, soit 7 % des salariés. Mais seuls 3 % des salariés le pratiquaient au moins un jour par semaine. Le télétravail restait donc très occasionnel. Les télétravailleurs étaient majoritairement des cadres (61 %) et plus nombreux dans les métiers de l’informatique et de la télécommunication. Si les femmes télétravaillaient presque autant que les hommes, la situation familiale jouait sur le recours à ce mode d’organisation du travail. Les salariés avec un enfant de moins de 3 ans étaient plus souvent télétravailleurs. Le télétravail régulier était également plus fréquent en Île-de-France et, plus généralement, dans les aires urbaines denses, où les temps de trajet domicile-travail sont les plus longs.

Les données diffèrent selon les sources mais avec durant le confinement et la phase de déconfinement, ce sont environ 30 % des salariés qui ont télétravaillé ou télétravaillent encore. Selon une étude (Odoxa-Adviso pour Challenges, France Info et France Bleu, mars 2020), c’est le cas pour 17 % des salariés du Grand Est (contre 41 % en Ile-de-France et 11 % en Normandie). Le fait de ne pas se déplacer réduit la pollution, en plus de faire gagner un temps précieux.Ont-ils apprécié l’expérience ? Il semblerait. Toujours selon l’étude citée ci-dessus, 55 % des actifs qui ont télétravaillé durant le confinement souhaiteraient en profiter pour télétravailler davantage, durablement. Tendance que confirme, entre autres, une enquête réalisée par Deskeo, opérateur de bureaux flexibles en France : 62 % des télétravailleurs sondés souhaitent continuer de travailler à distance après l’épisode coronavirus (sondage réalisé auprès de 2 915 professionnels, du 2 au 8 avril 2020). 77 % des femmes et plus de 82 % des hommes sont également disposés à ne plus avoir un poste de travail attitré au bureau. Il importe d’ailleurs de souligner que les salariés aspiraient au télétravail avant de l’expérimenter. Il y a deux ans, la DARES indiquait que 61 % des Français étaient désireux de télétravailler.

Pourquoi ? Parce que télétravailler s’accompagne de nombreux avantages : meilleur équilibre vie personnelle/vie professionnelle, économies, organisation et gestion du temps… Ceux qui avaient encore quelques doutes d’ordre « technique » ont également pu constater que les outils informatiques favorisant le télétravail, sont au point. Les applications de visioconférence comme Zoom, Teams ou Hangouts, par exemple, ont le vent en poupe. Un tiers des DRH anticipent d’ailleurs une digitalisation accélérée de l’entreprise comme conséquence positive de la crise (Association Nationale des DRH – ANDRH). Le télétravail a également pour atout d’être en phase avec l’impérieuse nécessité de prendre soin de l’environnement. Le fait de ne pas se déplacer réduit la pollution, en plus de faire gagner un temps précieux.

Aujourd’hui, nul doute que de nombreuses entreprises s’intéressent d’un peu plus près au télétravail, surtout s’il est constaté que la performance et la productivité sont effectivement au rendez-vous. Et puis, sur le plan légal, le télétravail est simple à mettre en œuvre pour les entreprises et facile à demander pour les salariés. La loi sur le renforcement du dialogue social a apporté des simplifications majeures pour Pour permettre à un salarié de télétravailler, un simple accord entre l’employeur et le salarié peut suffire.mettre en place le télétravail. Il n’est plus nécessaire de modifier le contrat de travail pour permettre à un salarié de télétravailler, un simple accord entre l’employeur et le salarié peut suffire.

Mais la « révolution télétravail » n’est pas forcément pour tout de suite. Des freins subsistent du côté des salariés comme des entreprises. En ce qui concerne ces dernières, le télétravail n’est pas compatible avec tous les métiers, il pose également des problèmes d’organisation ou de « coordination » entre les services et les salariés. Même si certaines entreprises s’en défendent, la culture du présentéisme reste forte et les managers ne sont pas tous disposés à repenser leur modèle de fonctionnement. En ce qui concerne les salariés, ils le disent aussi, télétravailler génère des difficultés. Les sondages et autres enquêtes évoquent l’isolement (qui érode la motivation) du fait d’échanges plus formalisés, des moments de sociabilité réduits, un manque d’émulation collective ou plus simplement encore, l’impossibilité de se créer, à domicile, un espace de travail confortable.

Le télétravail devrait donc se développer. Mais si certaines entreprises comme telles PSA Facebook ou Twitter, par exemple, ont annoncé que le télétravail ne serait plus l’exception mais la règle, dans une majorité d’entreprises, son essor (lorsque que ce sera le cas) sera plus discret et progressif. Favoriser le télétravail implique toute une organisation, un accompagnement au changement, un « environnement » performant ainsi qu’un (savant) dosage en termes de volumes afin qu’il soit pleinement profitable à l’entreprise et à ce que cette dernière a de plus précieux, à en croire bon nombre de dirigeants, ses salariés.


Témoignages

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Raphaël DUBS, Directeur de la Communication & du Sociétariat de la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne : « Le confinement nous a plongés directement dans le grand bain »

Comment la BPALC s’est-elle adaptée au confinement ?

En moins de 15 jours nous sommes passés de 3% des collaborateurs en capacité de télétravailler à plus de 80%, c’est-à-dire plus de 2 000 personnes, et le tout sans aucune rupture de service sur la période. En synthèse nous avons réussi à basculer tous les collaborateurs pour qui il est possible de travailler à distance, en télétravail. L’équipe informatique a travaillé d’arrache-pied pour mettre en place les outils informatiques et les systèmes alternatifs et sécurisés nécessaires pour travailler, communiquer, échanger… Le calendrier nous a également été favorable puisque depuis plusieurs mois déjà, nous travaillions sur une expérimentation visant précisément à développer le télétravail au sein de la banque. Elle devait débuter prochainement, pour 18 mois. Le confinement nous a plongés directement dans le grand bain.

Les premiers enseignements sont positifs ? 

Ce que je peux dire pour l’heure, c’est que bien au-delà de mon équipe, dont les métiers peuvent pour la plupart se gérer à distance si nécessaire, à l’échelle de la BPALC, l’expérience est effectivement positive. Dans un contexte anxiogène, les collaborateurs ont gagné en qualité de vie et même en productivité. Le télétravail a un impact positif sur le bien-être des personnes, sur l’environnement, sur la gestion du temps… Limiter les déplacements permet aussi de réaliser des économies, par exemple. Mais tous les métiers ne peuvent pas télétravailler, certains collaborateurs ont également besoin de physiquement se voir pour échanger. Nous allons donc nous accorder un peu de temps pour faire le bilan de cette expérience qui est toujours en cours d’ailleurs car le déconfinement s’accompagne de toute une organisation, en retirer des enseignements et peaufiner la stratégie de la banque en la matière, au bénéfice des collaborateurs et de la BPALC.

Les métiers de la banque impliquent de nombreux échanges, des réunions. Comment avez-vous géré ces besoins ?

Nous nous sommes appuyés sur des outils comme Webex ou bien encore Teams qui sont performants. Nous avons même réussi à tenir une réunion impliquant plus de 100 managers de la banque à l’amorce du déconfinement pour « réembarquer » toutes les équipes… Même si fondamentalement notre réseau d’agences a été quasiment intégralement ouvert depuis le début de la crise, en attestent les plus de 1,3 milliard de Prêts Garantis par l’Etat distribués sur la période de confinement. Pour en revenir aux outils, cela nécessite toutefois des règles et une discipline, mais c’est gérable. Nous avons pu travailler, ensemble, dans de bonnes conditions.           

Propos recueillis par Fabrice Barbian.

 

 

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Aline FAIVRE-DUPAIGRE, Cadre informatique au Luxembourg

« Je suis passée en télétravail dès la mi-mars et cela certainement le cas jusqu’en septembre car je travaille habituellement dans un open-space, ce qui n’est pas envisageable actuellement, compte tenu de la situation sanitaire. Et je suis ravie car ce mode de fonctionnement me correspond parfaitement. Je n’ai plus à faire les trajets depuis Metz, je peux passer davantage de temps avec mes deux enfants de 5 et 8 ans, je m’organise pour être disponible dès 17 heures. J’ai trouvé en bon équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Nous avons également la chance d’avoir un jardin ce qui fait que nous ne sommes pas enfermés toute la journée. C’est appréciable. Je dispose également d’outils informatiques performants. Cela dit, dans la durée, je ne désire pas forcément passer à 100 % en télétravail. J’apprécie aussi mon activité car elle me permet de rencontrer du monde et d’avoir des relations sociales. Deux jours de télétravail et trois jours au bureau, ce serait bien. Mais cela ne sera pas pour toute suite puisque cela implique l’instauration de nouveaux accords, notamment sur le plan fiscal, entre la France et le Luxembourg. Un jour, peut-être… »

 

 

 

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Marie-Ange LOUYOT, Cheffe de service du Pôle service social polyvalent Montigny-Woippy au Département de la Moselle

« Nous avons basculé en mode télétravail dès le 18 mars grâce à la mobilisation des services informatiques qui ont été très efficaces. Avec une équipe de 18 assistantes sociales et 8 secrétaires, nous travaillons en étroite collaboration avec des publics fragiles et vulnérables. Il était très important que nous puissions conserver un lien avec eux afin de d’assurer une continuité dans la gestion des dossiers, y compris dans l’urgence. Tous les standards ont, par exemple, étaient basculés sur les portables des assistantes sociales. Il y a deux ans, comme à d’autres chefs de service, on m’a proposé de télétravailler un jour par semaine. J’avais alors refusé. Mais je pourrais changer d’avis dans les mois à venir et travailler depuis chez moi, un jour par semaine, pour m’occuper plus particulièrement de tâches administratives. Je me rends compte aujourd’hui, avec les outils informatiques performants dont nous disposons, qu’il est possible d’être efficace dès lors que toute l’équipe fait preuve de discipline et d’organisation. J’ai également pris des habitudes que je conserverai dans la durée, comme celle, par exemple, d’envoyer un mail à toute l’équipe, tous les matins, pour les saluer, faire le point et partager une petite blague. Cela dit, j’ai un métier de contacts, la relation humaine est fondamentale. J’ai besoin de voir les gens, de discuter avec les personnes, d’échanger, à titre professionnel mais également personnel. »