Bérengère Brochard, la trentaine toute fraîche, bardée de tatouages, se passionne pour le street art depuis belle lurette. Tant et si bien qu’elle en a fait son sujet de master et a créé l’association JIM, Jungle Is Massiv, pour organiser une big jam sur le site d’Alstom à Nancy les 27 et 28 juin prochains.

Berengère Brochard (© HMD)« J’ai connu le graff par l’autoroute, explique Bérengère, petite, ça piquait ma curiosité ces inscriptions sur les ponts ou les graffitis contestataires. Ce côté vandale m’interpellait. Plus tard, je suis allée dans des squats ou à des jams de graffitis m’y frotter de plus près. » Sa fringale de tatouages, elle la doit aussi à son intérêt pour ce qui se trouve à la marge : « Ces cultures-là, avant, faisaient partie d’un certain milieu un peu underground, pas forcément abordable, on y entrait un peu comme on entrait en religion », détaille-t-elle. L’intégration du street art et du tatoo dans la société cette dernière décennie, « ça a tout bouleversé », selon elle, mais ce n’est pas un mal, bien au contraire. C’est d’ailleurs ce qui lui permet aujourd’hui d’organiser avec JIM, un événement international et gratuit sur un des plus prestigieux sites de Nancy avec la bénédiction de la mairie et de faire venir, d’exposer les travaux et de vendre les sérigraphies originales de paradoxales stars du genre telles Loomit, Hombre (ALL), Sumo (LUX), Kool Kore (US/BEL) ou Lek (FR). Outre la jam, l’expo courra jusqu’au 12 juillet, en attendant, Bérengère livre ses références culturelles plus académiques.

1984 de Georges Orwell « Implacable »

« Un des livres qui m’a profondément marquée c’est 1984, de George Orwell, je l’ai lu quand j’avais 15 ans, raconte Bérengère. Ce que je retiens d’un roman, c’est avant tout l’émotion qu’il me procure, or celui-là m’a submergé. » Cette référence du roman d’anticipation parue en 1949 a fait prendre conscience à la jeune femme « du fait qu’on peut se bercer d’illusions », et lui a permis de « prendre conscience de nombreux mécanismes humains, de la capacité de l’homme à mettre en place des systèmes et à s’y tenir ». Outre un style qu’elle juge « excellent » et une narration « implacable », Bérengère a vu ses certitudes d’alors « remises en question ».

LES TONTONS FLINGUEURS de Georges Lautner « Une merveille »

« Je regarde très peu de films », concède cette amoureuse du trait. Après quelques instants de réflexion ponctués de moues poilantes, Bérengère jette : « Allez : Les Tontons flingueurs ! C’est drôle, intelligent, bien joué, une merveille ! » Film sorti en 1963 réalisé par Georges Lautner, ce classique est devenu culte par la grâce des dialogues de Michel Audiard et son casting de monstres sacrés dont sont Francis Blanche et Bertrand Blier. Un casting qui n’est pas étranger au choix de la belle : « Mon père est le sosie de Lino Ventura, ce qui peut donner une idée aux lecteurs de mes névroses, mais soit ! Je suis totalement fan de Lino Ventura ! »

LA SOURIS DEGLUINGUÉE de La Souris Dégluinguée « Tout simplement »

« Une chanson, c’est trop dur, on va dire un album », se rebiffe la punkette. Soit, ce sera donc « La Souris déglinguée par La Souris déglinguée » (LSD), premier album studio sorti en 1981 du groupe de rock alternatif français créé en 1976 et toujours actif de nos jours. « C’est un groupe sans fioritures, qui touche dans sa simplicité » explique-t-elle. « Ils racontent la jeunesse, les punks, les rockeurs, les skinheads, toutes ces bandes qui traînaient sur Paris dans les années 80… Je n’ai pas forcément vécu ce qu’ils évoquent dans leurs chansons, ayant grandi à Thionville dans les années 80-90, mais ça me parle, tout simplement. »