Ensemble Resonanz © Tobias Schult

Pour sa 17ème édition (13 au 25 novembre), intitulée Get Real, le festival luxembourgeois Rainy Days déclinera une quinzaine de rendez-vous autour de la thématique du lien entre la musique contemporaine et la réalité.

C’est devenu un incontournable de l’automne luxembourgeois. Depuis 17 ans, novembre rime avec musique contemporaine à la Philharmonique Luxembourg, sous la bannière du festival Rainy Days. Après avoir occupé le terrain de l’émotion en 2017, l’édition 2018 – baptisée Get Real – s’intéresse au lien qui existe entre la musique contemporaine et la réalité, au-delà de la salle de concert. Une conférence sera d’ailleurs consacrée à cette interaction le 23 novembre, durant laquelle des musicologues aborderont différents sujets, comme par exemple le rapport entre la musique et la politique.

Une quinzaine d’autres rendez-vous sont prévus en marge de cette table ronde, entre les murs de la Philharmonie ou à l’extérieur. Parmi eux, l’hommage qui sera rendu aux pionnières de la musique électro-acoustique (24 novembre), « qui avaient institué très tôt de nouvelles réalités de genre », en puisant dans le vivier des sonorités du monde. Ou encore la soirée intitulée Disappearances, où il sera notamment question de liberté et d’identité, avec un fort ancrage dans l’actualité. Outre le Journal d’un disparu de Leoš Janáček, l’Ensemble Resonanz interprètera Migrants, manifeste artistique émouvant signé du compositeur et metteur en scène grec Georges Aperghis, qui évoque en musique la disparition et la mort à notre époque, en faisant à la fois référence aux naufragés qui échouent sur les côtes européennes, mais aussi aux « nombreux vivants qui errent sans identité à travers l’Europe ».

L’édition 2018 verra aussi le retour de la Luxembourg Composition Academy, fruit d’un partenariat étroit entre l’abbaye de Neumünster et l’ensemble luxembourgeois United Instruments of Lucilin, qui interprètera le 24 novembre des pièces composées par huit jeunes venus de quatre continents. Le Wunderkammer, véritable cocktail de concerts et de performances, et le Bal contemporain, « mélange de musique, de danse, de soupe et de boisson », seront eux aussi reconduits (le 25 novembre) après leur succès de l’an passé.

Festival Rainy Days, du 13 au 25 novembre
www.philharmonie.lu

Une légende pour commencer

Einstürzende Neubauten © Mote Sinabel

Einstürzende Neubauten © Mote Sinabel

Le 17e festival Rainy Days débutera sur les chapeaux de roue avec l’entrée en lice d’un groupe culte de la musique industrielle et avant-gardiste allemande. Le terme « culte » n’est pas galvaudé pour présenter Einstürzende Neubauten (littéralement « bâtiments neufs qui s’effondrent »), qui vit le jour à l’aube du mois d’avril 1980 dans une Allemagne encore coupée en deux. Créée à Berlin-Ouest, la formation rock a fait sa marque dans l’expérimentation, en usant d’instruments qui contribuèrent à sa notable réputation, en particulier lors de concerts live qui ont marqué les mémoires. Adepte du matériel de chantier (marteau piqueur, bétonnière, etc.), avec lequel il enregistrera son premier album, Kollaps (1981), et qui lui permit de faire des incursions dans le cinéma, la danse et le théâtre, ce poids lourd de la musique bruitiste proposera une rétrospective retentissante (forcément) de sa carrière dans le Grand Auditorium. Son dernier disque, Lament, qui remonte à 2014, a pour terreau le souvenir sonore de la Première Guerre mondiale.

Le mardi 13 novembre, à 20h, dans le Grand Auditorium

Frontières poreuses

Third Space  © Dyod / Olivia Droeshaut /Yves Dethier

Third Space © Dyod / Olivia Droeshaut /Yves Dethier

Voilà un spectacle qui ne manquera pas de faire réfléchir. Fruit d’une collaboration étroite entre le chorégraphe Daniel Linehan et le compositeur Stefan Prins, Third Space aborde la question de la vie privée dans un monde où la surveillance s’est accrue et où les réseaux sociaux ont fait voler en éclats l’intimité sur l’autel du partage. En compagnie des danseurs de l’Ensemble Hiatus et des musiciens du Klangforum Wien, placés sous la direction de Bas Wiegers, le duo nous emmène dans un espace intermédiaire qui n’est ni entièrement réel ni complètement virtuel. Ce spectacle hybride jouant avec les perspectives et les perceptions du public est aussi l’occasion d’examiner les contradictions et les paradoxes liés à la notion de vie privée. Ce spectacle clôturera le festival Rainy Days dans le Grand Théâtre de Luxembourg. Rendez-vous est pris à 17h. Avis aux amateurs !

Le dimanche 25 novembre, à 17h, au Grand Théâtre

Poésie fantastique

Paris qui dort © Plakat

Paris qui dort © Plakat

Le chef d’œuvre de René Clair, Paris qui dort, renaîtra de ses cendres noires et blanches dans le Grand Auditorium, à l’occasion d’une soirée placée sous le signe de la musique et du 7e art. L’occasion de réentendre la trame sonore, captivante, composée par Yan Maresz en 2005, mais aussi de se replonger dans l’atmosphère surréelle d’un Paris complètement abandonné, après qu’un savant fou a décidé d’expérimenter un mystérieux rayon sur ses habitants. Cette fable de science-fiction d’une durée de 35 minutes, à la fois créative et poétique, explore la thématique d’une temporalité contrariée par le biais d’images fantastiques. Sept musiciens (accordéon, piano, violoncelle, trombone, clarinette, flûte, percussions) accompagneront la projection de ce film sans paroles sorti en 1924, le premier d’un cinéaste qui imprimera sa marque dans le courant avant-gardiste.

Le samedi 17 novembre, à 20h, dans le Grand Auditorium