Nitcho ©Droits Réservés

Le guitariste verdunois Nitcho Reinhardt a tout appris de son cousin, le grand Django, pour devenir le gardien d’un héritage précieux avant d’explorer de nouvelles voies : sur son dernier album Geronimo, il mêle l’influence du jazz américain à celle du jazz manouche.

Dans le monde de la musique comme dans celui de l’art en général, porter un glorieux patronyme peut aussi bien être un atout qu’un handicap. Pour Nitcho Reinhardt, la musique et la carrière de Django Reinhardt ont constitué une source d’inspiration inestimable, une référence absolue qui planait sur son quotidien depuis ses plus jeunes années. « Quand j’étais gamin, mon père passait tout le temps ses disques, raconte Nitcho. Même si au début je préférais jouer avec mes copains, ça m’a rapidement imprégné. » Soucieux de transmettre l’héritage familial et la virtuosité de celui qui a durablement marqué le monde de la musique, le papa veille au grain dès que Nitcho prend la guitare à l’âge de quinze ans. Sur un vieil instrument patiné datant des années 40, dégoté par l’un de ses frères, il s’exerce des heures durant, son père le reprenant à la moindre fausse note. « Le fait de porter son nom fait que je n’ai pas droit à l’erreur, je dois tout connaître, explique Nitcho. C’est toujours la référence absolue, il a inventé le jazz à cordes et le jazz français à l’époque du Hot club de France. »

Dès ses premières années de musicien, Nitcho Reinhardt pratique chaque jour pendant des heures, jouant des reprises, écumant les festivals et les événements-hommage en France et à l’étranger. Il acquiert une virtuosité qu’il met à l’œuvre sur plusieurs enregistrements : l’album Une Histoire en 2015, aux côtés de ses frères guitaristes, puis aujourd’hui sur Geronimo avec Benji Winterstein à la guitare rythmique et Thierry Chanteloup à la contrebasse. « Sur Une Histoire, il s’agissait de démontrer une virtuosité, aujourd’hui j’ai dépassé ce cap : Geronimo propose un jazz plus inventé, avec de l’improvisation, des compositions et d’autres influences. Je suis sorti de ma zone de confort. » Pour cela, Nitcho ne connaît qu’une seule recette, écouter, encore et toujours : les orchestres de Duke Ellington et de Glenn Miller, John Coltrane, Joe Pass mais aussi Dorado Schmitt ou Raphaël Faÿs, grands noms de la guitare manouche (« j’avais leurs disques étant petit, aujourd’hui je joue avec eux ! ») tout comme l’incontournable Bireli Lagrène. L’âge d’or du jazz US imprègne l’album à l’image des échanges musicaux entre Nitcho Reinhardt et Thierry Chanteloup, ayant initié l’autre à son univers musical.

Alternant entre compositions et reprises (le grand standard Caravan, La Bicyclette d’Yves Montand), Genonimo évoque volontiers souvenirs et lieux traversés (« L’Antidote », du nom d’un café-concert barisien, ou encore « Swing à Nancy »). « C’est vrai que je pratique une musique nourrie par une certaine nostalgie, et aussi l’énergie des endroits, des gens que je rencontre : Fin du voyage m’a été inspiré par un livre de Didier Patard (le directeur de l’ACB, le théâtre de Bar-le-duc) sur la guerre et les camps de concentration. Je fonctionne comme cela, en racontant des histoires à ma façon. » Il les réinvente même : sa version de Caravan ou celle de Nine by Nine de John Dummer sont aussi maîtrisées qu’excitantes dans des revisites échevelées et poétiques portées par le jeu de guitare manouche. Désormais, Nitcho et son trio vont défendre l’album sur les routes. Le prochain disque n’est pas prévu avant quelques années… peut-être le temps de trouver ce violoniste que Nitcho aimerait intégrer à son groupe. Toujours avec Django dans les oreilles, le verdunois de 31 ans a appris à construire sa musique et à toucher son audience. « Transmettre des émotions, une sensibilité au public, c’est ce qui m’importe… et pour cela, être un virtuose ne suffit pas. »

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