Dans Cinq branches de coton noir de Steve Cuzor et Yves Sentela lutte pour retrouver la première bannière étoilée en cache une autre : celle menée par les afro-américains, héros anonymes d’une histoire à réécrire. Chez Dupuis.

En 1944, le soldat Lincoln Bolton est en butte aux railleries et aux bagarres dans sa base arrière de Douvres. A Philadelphie, sa sœur Johanna découvre le journal de son aïeule Angela Brown, qui fut domestique d’une certaine Betsy Ross, missionnée en 1776 par les indépendantistes pour coudre le premier drapeau américain. Angela y dissimule une étoile noire pour lier à jamais l’existence de son peuple à celle des États-Unis. On retrouve la trace de la précieuse bannière en France, déchirée par les combats de la Libération. Lincoln est alors intégré à une unité chargée de récupérer le drapeau. Pour lui, cette quête permettra de faire reconnaître le peuple noir comme l’égal de celui des pères fondateurs.

C’est une superbe fresque historique portée de bout en bout par un souffle épique que nous content le scénariste Yves Sente et le dessinateur Steve Cuzor. Le magnifique dessin de ce dernier, dont le réalisme sied parfaitement au genre, est truffé de détails tout au long des quelque 170 planches de l’album. Verts, bleus, oranges teintent les décors des campagnes ardennaises, des champs de batailles de l’Est américain et de Philadelphie à travers les siècles. Cuzor joue beaucoup sur les ombrages pour donner du relief à un dessin dynamique qui contribue à nous maintenir en haleine tout au long du récit d’Yves Sente, dont les héros luttent au quotidien contre les violences, les discriminations et le mépris. Dans les universités comme en première ligne, au temps de l’esclavage comme à celui d’une Seconde Guerre mondiale menée au nom de la liberté, ils songent que rien n’a vraiment changé depuis l’arrivée des premiers navires négriers. Nul doute que si Cinq branches de coton noir avait plongé ses personnages à notre époque, ils se seraient faits la même réflexion.