Le 20 novembre dernier, après des mois de tergiversations et de rebondissements autour de la nébuleuse réforme territoriale, une nouvelle carte de 13 régions a été adoptée en deuxième lecture à l’Assemblée nationale au terme d’une nuit de débats passionnés : l’Alsace, la Lorraine et la Champagne-Ardenne devraient consommer leur mariage à trois dès 2016 avec Strasbourg pour probable capitalePetit tour de Lorraine des réactions de quelques élus…
Strasbourg (© 123RF)

Strasbourg, probable capitale de la future région ALCA (© 123RF)

Les délibérations furent quelque peu ubuesques :  après avoir finement observé qu’« aucune carte ne ferait jamais l’unanimité », le secrétaire d’État à la Réforme territoriale, André Vallini, a ré-enclenché le manège. Pas moins de 60 amendements visant à le modifier ou à le réduire à néant ont été rejetés avant la délivrance du vote de l’article de projet de loi. Un d’entre eux, défendu par Éric Straumann, député UMP alsacien, allait jusqu’à défendre, dans une démonstration par l’absurde, une France à deux régions : l’Ile de France et le reste. Ce sont, comme attendu, les députés d’Alsace qui ont été les plus rétifs. Pendant ce temps-là, à Mulhouse, Nicolas Sarkozy en campagne, y allait de son couplet sur l’annulation… Les réactions de tous les camps ne se sont pas faites attendre : à gauche comme à droite, on objecte que la région de Madame Aubry demeure étonnamment pérenne, l’on ironise sur les économies attendues, l’on s’inquiète de la dissolution des folklores et des marchés, l’on en appelle au référendum.

Jean-Pierre Masseret, président de la région Lorraine, s’est lui contenté d’affirmer qu’il avait « une préférence Alsace-Lorraine ». Patrick Weiten, président UDI du Conseil général de la Moselle n’a, pour sa part, jamais cessé de blâmer cette réforme tout en plaidant en faveur d’une région tournée vers ses proches voisins européens. Au delà des élus, le débat intéresse aussi les citoyens. Les plus réfractaires étant les Alsaciens en dépit du fait qu’il semble acquis que Strasbourg, capitale européenne, sera le chef-lieu de sa région de rattachement. Cette dernière décision, qui porterait la capitale à l’extrême bord de la nouvelle carte grand-régionale, fait bondir plus d’un élu lorrain, champenois ou ardennais. On serait bien tenté de les comprendre : qu’il s’agisse d’Écomouv ou de toute idée de réforme, il semblerait bien que seuls ceux qui « gueulent » le plus fort parviennent à se faire entendre.

Jean-Luc Bohl (UDI) et Dominique Gros (PS) se sont élevés contre les « prises de positions polémiques et parfois inadmissibles de certains élus strasbourgeois et alsaciens [qui] ont profondément blessé les Lorrains, les Champenois et les Ardennais »

Dominique Gros, maire PS de Metz et Jean-Luc Bohl, maire UDI de Montigny-lès-Metz et président de l’agglomération Metz Métropole, se sont, immédiatement après cette annonce fracassante, fendus d’un communiqué commun. Déplorant à mots couverts son caractère discrétionnaire, une loi prévoyant initialement pour toutes les régions qu’une concertation précède toute résolution, les deux élus prennent acte de la décision de situer la capitale à Strasbourg. Jean-Luc Bohl et Dominique Gros, malgré les « prises de positions polémiques et parfois inadmissibles de certains élus strasbourgeois et alsaciens [qui] ont profondément blessé les Lorrains, les Champenois et les Ardennais », martèlent leur vœu de « construire l’avenir […] en dépassant des clivages régionalistes ». Évoquant tant l’importance de Strasbourg au niveau européen en dépit d’une capitale bruxelloise, que l’implication de Metz dans l’économie européenne et rappelant l’engagement de l’État, suite à la perte de 5 000 emplois à Metz, à relocaliser 1 477 emplois publics, les élus « revendiqu[ent] que Metz Métropole soit le siège d’une assemblée régionale dont la capitale est à Strasbourg ».

Chez François Grosdidier, sénateur-maire UMP de Woippy, la réaction est proche :  « Les Alsaciens avaient déjà obtenu du Sénat une quasi-autonomie, sur laquelle l’Assemblée nationale est revenue, mais en lui accordant un privilège inacceptable », estime-t-il dans un communiqué en date du 21 novembre au sujet de la dérogation alsacienne. Exhumant la loi si vite caduque qui prévoyait la « désignation des nouvelles capitales par décret après consultation », le sénateur mosellan en appelle à la censure du Conseil constitutionnel. Enfin, il argue d’une énième trahison de l’État après l’armée et Écomouv pour demander que Metz deviennent « le siège de l’Assemblée régionale ».

Selon Laurent Hénart, maire UDI de Nancy, « la seule vraie réforme » engagée, c’est « la baisse brutale et unilatérale des dotations que l’État doit aux collectivités en contrepartie des charges qu’il leur a transférées, les collectivités locales portant 70% des investissements publics ». L’organisation des territoires est en outre jugée confuse entre « compétences inconnues », « départements amenés à disparaître qui subsistent » et « choix [d’une capitale] sans consulter la base ». Seule l’idée de la grande région séduit l’édile qui souhaite un « pacte entre grandes villes de l’Est pour répartir les commandements publics ».

Opposée de longue date à une fusion Alsace-Lorraine où Strasbourg était susceptible selon elle, de se tailler la part du lion, Marie-Jo Zimmerman, députée UMP de Moselle, avait été jusqu’à soutenir la demande alsacienne de demeurer seule. Après les restructurations militaires, la députée craint que Metz ne perde son statut de chef-lieu de région, « second désastre [qui] impacterait plus de mille emplois, déstabiliserait toute l’attractivité économique » et aurait des répercussions jusque sur « l’avenir de la Cour d’Appel de Metz ».

Hervé Féron, député-maire PS de Tomblaine, se félicite du choix d’une grande région tripartite et de la « vraie logique de cette carte » qui rassemble des espaces « aux problématiques communes »

Députée européenne du Mouvement Démocrate, Nathalie Griesbeck, insiste sur la nécessité de l’importance de Strasbourg dans la Zone euro et le maintien des institutions afférentes en son sein tout en fustigeant vertement ce qu’elle qualifie d’« idiotie géographique », d’« absurdité humaine », de « chimère sans queue ni tête ». Invoquant l’« incohérence et [de l’]injustice politiques » qui ont fondé le choix du chef-lieu alsacien pour l’installation de la capitale régionale, elle en appelle au « bon sens » pour demander à son tour que Metz, en « compensation [des] multiples suppressions d’emplois » soit le centre administratif de l’ALCA.

Hervé Féron, député-maire PS de Meurthe-et-Moselle, se félicite, quant à lui du choix d’une grande région tripartite et de la « vraie logique de cette carte » qui rassemble des espaces « aux problématiques communes ». Rappelant qu’il a toujours « œuvré en ce sens » pour palier le « déséquilibre entre la Moselle et les trois autres départements lorrains », recentraliser le Sud lorrain lui semble essentiel. Toutefois l’élu estime qu’une « capitale qui concentrerait tous les pouvoirs à Strasbourg et qui éloignerait encore la politique du terrain » serait une erreur. Dans cette idée, la demande de Metz d’être capitale administrative lui paraît justifiée pour « organiser le maillage territorial en cohérence ». Enfin, il estime que les agglomérations de moins de 400 000 habitants telles le Grand Nancy doivent pouvoir bénéficier d’un statut de métropole. « Tout n’est pas bouclé », conclut-il confiant.