Fresque humaine bouleversante dans sa noirceur comme dans ses instants de grâce, L’Accident de chasse de David L.Carlsonet Landis Blair est la grande claque de cette rentrée. Chez Sonatine.

On se souvient de la fascination et de l’émoi suscités par la sortie il y a trois ans de Moi ce que j’aime c’est les monstres d’Emil Ferris, illustre inconnue récompensée par le Prix du meilleur album à Angoulême. La lecture de L’Accident de chasse, à qui l’on souhaite la même reconnaissance, constitue un choc comparable. Par son graphisme tout en hachures foisonnantes, tantôt baroque, tantôt minimaliste. Par son scénario surtout, où l’on navigue entre réalité et fiction dans les bas-fonds de la société, parmi les « monstres », au cœur d’un récit familial déchirant, le tout au croisement de la petite et la grande Histoire.

Dans L’Accident de chasse, Matt Rizzo, atteint de cécité, confie un jour à son fils Charlie la part sombre de son existence : emprisonné pour un vol qui a mal tourné, il fut le compagnon de cellule du tristement célèbre Nathan Leopold, reconnu coupable du meurtre d’un enfant à Chicago en 1924. C’est ce même Charlie qui a dévoilé l’histoire de son père à David Carlson, qui en a fait son premier livre. On y suit la descente aux enfers de Matt Rizzo, à qui Leopold va opportunément conseiller la lecture de L’Enfer de Dante, ouvrage qui alimentera un lien étrange entre les deux hommes, et constituera le fil rouge d’un album bouleversant tout autant qu’étonnant. Récit carcéral, L’Accident de chasse est ponctué des écrits métaphoriques de Matt Rizzo, mais aussi d’une foule d’informations en tous genres délivrées par Leopold l’érudit. On accompagne les deux hommes sur le chemin de la rédemption, étouffés par les murs de la prison, les idées sombres et le noir et blanc de Landis Blair, délivrés par la grandeur inattendue de l’âme humaine. A l’issue de cette histoire en clair-obscur permanent, après avoir dévoré les pages à toute vitesse, on a le sentiment que notre propre âme en est sortie augmentée et grandie.