Dans Freak parade, Fabrice Colin et Joëlle Jolivet opèrent une plongée dérangeante dans les coulisses du film de Tod Browning et dans l’usine à rêves et à cauchemars hollywoodienne. Chez Denoël.

Sorti en 1932, Freaks, plus connu en France sous le titre La Monstrueuse parade, est un film unique en son genre dans l’histoire du cinéma, devenu aujourd’hui aussi culte que son accueil public et critique fut désastreux. Une notoriété essentiellement due à son casting, constitué d’acteurs aux diverses malformations. Comme dans le film, ces derniers sont au cœur de l’album de Fabrice Colin et Joëlle Jolivet, constituant une communauté fascinante pour Harry Monroe, qui échappe à la misère en acceptant de devenir assistant réalisateur sur le tournage de Tod Browning. Mis à part ce personnage inventé de toutes pièces, on retrouve de nombreuses références au film et des représentations fidèles de ses véritables protagonistes : Schlitzie « l’homme à tête d’épingle », les sœurs siamoises Daisy et Violet Hilton, le nain Harry ou Johnny Eck « The Half-boy ». Monroe le candide, lui-même marqué dans son esprit comme dans sa chair par une enfance difficile, ne va pas tarder à découvrir que les secrets et les perversions ne manquent pas au sein de ce tournage hors-norme.

Qui sont les monstres, où s’arrêtent les faux-semblants, où finit le décor et où commence la réalité ? Autant de questions posées par Freak parade, qui fait du tournage de Freaks le symbole du Hollywood de la marchandisation des corps où manipulateurs et/ou victimes comptent leurs troupes et jouent leur jeu. Craints et méprisés à la fois, les freaks ne sont pas les plus monstrueux au sein de cette aventure à la fois étrange, brutale et sensible où Monroe et le lecteur plongent toujours plus profondément. En choisissant Freaks comme toile de fond pour un récit entre polar et thriller, les auteurs nous offrent un album fascinant, déroutant à plus d’un titre.