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Héros de guerre et pédagogue infatigable, Hall F. Duncan alias « Dr D. » marque l’histoire du Saulnois depuis presque soixante-quinze ans. Sa destinée hors du commun s’est construite avec ceux qu’il a choisi d’accompagner en tant qu’enseignant et artiste.

En cette matinée du 8 septembre 2018, Guébling (57) accueille un invité de marque et un véritable ami de cette petite commune du Saulnois. Face aux officiels et aux anciens combattants, Hall Duncan observe non sans émotion la  stèle dédiée au soldat Ruben Rivers, tué lors de la défense des environs le 19 novembre 1944. Hall Duncan aura contribué à la reconnaissance de ce chef de char afro-américain, décoré tardivement de la Médaille d’honneur du Congrès. « Je suis toujours très ému par l’hospitalité que je trouve ici, et des sentiments des français envers ceux qui sont tombés et envers-moi même, confie-t-il. Ces sacrifices, les Français continuent à s’en souvenir, c’est moins le cas aux États-Unis. » Touché alors qu’il transportait un compagnon blessé lors des combats qui ont décimé plus de 300 hommes au sein du 101ème bataillon du 3ème Corps d’armée du Général Patton, le natif de l’Oklahoma sera décoré de la Purple Heart, de l’Étoile bronze pour bravoure et de la Légion d’honneur. Au sortir de la rude expérience des combats, il va entamer une seconde vie, celle d’un « soldat de la paix. »

À son retour au pays, Duncan Hall reçoit une bourse d’études qui lui permet d’étudier en Chine et de voyager à Dublin, Bruxelles et en Écosse pour étudier les sciences politiques et les arts, avant d’être diplômé d’un master en sciences de l’éducation par l’Université d’Indiana. Lui qui dessine depuis sa plus tendre enfance entamera une carrière dans la publicité avant de repartir au Congo et en Afrique du Sud, en tant qu’enseignant pour le Conseil méthodiste des missions mondiales. À l’Université de Witwatersrand, il décroche un doctorat en communication sur les perceptions picturales des enfants. Revenu enseigner à Central Oklahoma, il se verra attribuer par ses étudiants le surnom de « Dr D. ». Toute sa vie, Duncan Hall utilisera le dessin pour faire passer ses messages. « Le dessin est un outil universel, particulièrement dans des régions peu alphabétisées, note-t-il. Je suis convaincu qu’il participe à améliorer la compréhension entre les peuples. » Également auteur, il publiera dans le Oklahoma City Times, avec Dan Heath, un comic-strip baptisé Winner Williams ayant pour héros un jeune afro-américain, une rareté en pleine période de lutte pour les droits civiques aux États-Unis. L’un de ses derniers ouvrages, Escape to Macaya, aborde la question de l’esclavage des enfants à Haïti, « un drame que j’ai constaté dans bien d’autres pays du monde que j’ai visité » explique Hall Duncan. Les fonds réunis par l’ouvrage sont dédiés à une association œuvrant à lutter contre l’exploitation des enfants.

À Guébling aussi, qu’il visite pour la quatrième fois, l’ancien combattant continuera de témoigner de son engagement envers l’éducation : il réunit des dons qui permettent de créer un espace-bibliothèque et offre des exemplaires de ses ouvrages. À 94 ans, il a encore des projets : son livre Escape to Macaya va être adapté au cinéma. Il évoque également, entre deux gorgées de café au lait, sa venue prochaine en 2019 pour les commémorations du débarquement en Normandie. Après sa retraite en 1986, Duncan Hall continuera d’être un pédagogue et un humaniste infatigable, se concentrant sur ses conférences, ses actions et sur son dessin, souvent teinté d’humour. Il a publié Off your rockers !, un livre destiné « aux aînés qui souhaitent rester jeunes. » Son éternelle jeunesse, Duncan Hall l’a trouvé en transmettant aux plus jeunes sa passion et en faisant vivre la mémoire de Ruben Rivers et de ses autres compagnons tombés pour la libération du Saulnois. Aujourd’hui, installé au milieu des habitants, il converse paisiblement avec les amis qu’il a trouvé sur place. En attendant sa prochaine visite.

Le soldat Ruben Rivers tué lors d’affrontements dans le Saulnois le 19 novembre 1944