lls sont des millions de Français à guetter chaque jour sur TF1 ses astuces et conseils de cuisine et à l’écouter sur France Info. Le Vosgien Laurent Mariotte, natif d’Épinal, garde pourtant bien les pieds sur terre. Après avoir démarré à la télé dans une catégorie ludique, sur Canal J notamment, il est parti passer un CAP de cuisine. Et puis il est revenu. Portrait d’un amoureux de la simplicité, militant du respect du temps.
Portrait-Mariotte-(©-Brunotocaben)

(©-Brunotocaben)

Sur une petite route du Cantal aux airs de lacets défaits, ses yeux quittent son Iphone. Ils rejoignent la vitre. Ils observent. Laurent Mariotte s’exclame en silence. Puis, « putain, ce que c’est beau ! » Le paysage est immense et dévoile quelque chose d’indicible. Émouvant, gai, mystérieux, peinard. Une expression du bonheur de vivre. « Les premiers ingrédients en cuisine, ce sont la bonne humeur et la générosité »Une tranche de France succulente. Un mélange gourmand, fait de chants d’oiseaux, de prés verts, pailletés de boutons d’or, d’arbres, de lierre agrippé à leurs pieds, de fleurs, de couleurs, de saveurs. Comme un grand plat. Mariotte insiste : « ce que c’est beau ». Ou « ce que c’est bon », je ne sais plus, j’ai mal entendu. En tout cas, il est heureux. L’œil est lumineux. On dirait qu’il jubile. Isabelle et Sylvain Giacotti (1) l’accueillent. Deux cultivateurs et amoureux des plantes aromatiques, perdus au cœur d’un merveilleux Cantal méridional, à Leynac, au lieu-dit L’Estrade (ça ne s’invente pas !). « Les premiers ingrédients en cuisine, ce sont la bonne humeur et la générosité », dit Laurent Mariotte. Ceci est le prologue de sa théorie du plaisir, qui recouvre toutes les étapes de la gastronomie, inclut tous ses métiers, de ceux qui cultivent la terre, à ceux qui cueillent, récoltent, font le marché, popotent et papotent, et salent, poivrent, accommodent, dressent, dégustent… et partagent. Le voilà son dada à Mariotte : « Il faut cuisiner comme on aime, toujours cuisiner comme si on accueillait des amis, faire plaisir et se faire plaisir. C’est ma démarche sur TF1. J’aime quand les gens ont envie ». Chaque jour, juste avant le populaire JT de Jean-Pierre Pernaut (2), ce sont des millions de téléspectateurs – 6 millions, environ ; 12 millions en période estivale – qui guettent ses astuces, dans Petits plats en équilibre. Laurent Mariotte cuisine, cause, conseille, avec ce maître-mot : simplicité. Et ceux-ci, aussi : saisonnalité, proximité des producteurs, qualité des modes d’élevage. Il est un militant du respect du temps. Et les téléspectateurs sont emballés. Ils le disent, l’écrivent sur sa page Facebook, qui cartonne. Comme Léone59, qui commente le gratin de potimarron : « C’est un vrai régal. Mon mari pensait que c’était une entrée mais je peux vous dire qu’il ne pouvait plus rien avaler après. Bravo à vous pour ces délicieuses recettes de saison ».

Et sa recette du succès, quelle est-elle ? Peut-être puise-t-elle, toujours et encore, dans la simplicité. La même, pour sa vie, sa carrière, que celle qui mitonne ses plats. Didier Bailleux le dit. Aujourd’hui directeur général de Mirabelle TV, celui-ci a bourlingué à Europe 1, mais c’est le monde de la télévision qu’il connaît le mieux; Il a été cofondateur des chaînes Canal J et Voyage, puis consultant dans le domaine télévisuel. Il a assisté aux premiers pas, sur le PAF, de Laurent Mariotte. Laurent Mariotte ressemble à ses Vosges natales. Il n’est pas lisse. Même quand on le branche politique.Il l’a conseillé. Complices, donc. « Laurent est un type vrai, témoigne-t-il, pas carriériste. Il est toujours resté lui-même. Regardez lorsqu’il s’est mis en congés de la télé, avec les risques que ça peut comporter, pour aller décrocher un CAP de cuisinier ! En fait, il a réussi à associer deux passions, la télévision et la cuisine. Il travaille avec ses tripes. Ce n’est pas le genre « Je veux être riche et célèbre » » Et puis Laurent aime « la déconne ». Et puis Didier aime ça. Il décroche cette anecdote du tableau – sans doute bien garni en fous rires – et se marre. Laurent Mariotte, alias Rébus, du nom du jeu qu’il présentait, était alors animateur sur Canal J. Il tournait au Kenya, heureux de voir un guépard s’approcher enfin. Et voilà qu’un gamin, à 10 000 kilomètres de Paris, le reconnaît. « Oh, y’a Rébus ! ». Et paf, le guépard se fait la malle. Et paf, tout le monde se bidonne. Bon déconneur, il le fut aussi pour Intervilles, qu’il coanima un temps. Laurent Mariotte ressemble à ses Vosges natales. Il n’est pas lisse. Même quand on le branche politique, il ne botte pas en touche, comme d’autres dans le PAF qui aiment tant aimer tout le monde. « J’aimais bien Séguin, j’aime ce gaullisme social, à la fois solidaire et efficace ». Il a aussi ce petit côté « tête de lard », un râleur à la mode vosgienne. « Je ne supporte pas l’incompétence, surtout dans les fonctions publiques ». Et le voilà qui en met une petite couche sur la Poste qui vient de paumer son pli.

Derrière une haie, près de chez Isabelle et Sylvain, deux vieilles DS noires roupillent et rouillent en paix. De la Citroën typiquement gaullienne. « Oh, c’est chouette ça ». Il s’émerveille. De petits riens, comme de grandes choses. Un homme en équilibre.

 

(1) L’émission de Laurent Mariotte, sur Isabelle et Sylvain, à réécouter sur France Info : www.franceinfo.fr/player/resource/681021-1514393

(2) Petits plats en équilibre, chaque jour sur TF1 à 12h50, ou à revoir sur www.tf1.fr/petits-plats-en-equilibre


C’EST ÇA L’ESPRIT CAP FRANCE !

Mariotte-avec-chefs-(©DR)

(©DR)

Dans l’actualité de Laurent Mariotte, il y a aussi Cap France. Cet opérateur de tourisme associatif – numéro 1 sur ce créneau – compte une centaine de Villages-Vacances en France et comptabilise près de deux millions de nuitées/journées par an, pour des publics divers, majoritairement sportif et familial. Cette fédération, regroupant 75 associations gestionnaires, est dans une phase de réflexion active sur son modèle économique. « C’est notre responsabilité de numéro 1. Nous anticipons aussi sur les demandes nouvelles de nos clients, et sur l’évolution des comportements des touristes pendant les vacances, que ce soit sur du court ou du long séjour. L’idée est d’imaginer ce que sera le village-vacances idéal dans une dizaine d’années, aussi bien sur l’hébergement que les loisirs et la restauration. C’est sur ce dernier aspect que nous avons fait appel à Laurent Mariotte. Tout simplement, parce que nous aimons ce qu’il est, ce qu’il fait, ses engagements pour une cuisine simple et de qualité », explique Patrice Cochet, directeur général de Cap France. La notoriété du chroniqueur culinaire a pesé, bien sûr, dans ce choix.

La fédération a lancé une opération inédite et originale, baptisée Cap sur les quatre saisons. Le rôle de Laurent Mariotte ? « C’est un coach ». Il conseille les chefs-cuisiniers des neufs Village-Vacances pilotes, avec l’objectif de confectionner de nouveaux menus prenant mieux en compte la saisonnalité, la traçabilité et la proximité des produits et des producteurs. « J’ai accepté ce partenariat parce que j’aime beaucoup l’esprit Cap France. Ils sont sincères, honnêtes, ils ont une vraie démarche politique qui consiste à anticiper, à réfléchir, à découvrir de nouvelles formes de vacances » précise Laurent Mariotte. Et puis il ajoute un mot sur Patrice Cochet, « je l’aime bien ». C’est ça l’esprit Mariotte : on ne perd pas le nord, d’accord, mais d’abord on ne perd pas le goût des autres, des rencontres, des relations humaines, des coups de cœur. Son sel de vie.