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En cette rentrée 2018, si l’on fait abstraction de la récente et fracassante démission de Nicolas Hulot qui a pris tout le monde de court, la seule préoccupation immédiate des éditorialistes semble être la reconstruction du paysage politique français, après qu’il ait explosé, façon puzzle, lors des dernières élections présidentielles. La tempête de dégagisme exprimé il y a un an par tous ceux de nos concitoyens, nombreux, qui se sont abstenus d’aller voter ou ont porté leurs suffrages sur Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, ou Emmanuel Macron, n’a visiblement eu aucun effet pédagogique. L’on s’entête à regarder une situation nouvelle avec toujours les mêmes besicles.

Et la sphère médiatique de s’emporter pour savoir si Mélenchon va réussir à prendre le leadership de la gauche, le Parti socialiste disparaitre de l’échiquier et Wauquiez parvenir à rester le général d’une armée morte. Surtout ne pas regarder plus loin que le bout de son nez, la tête bien enfoncée dans le guidon, tient lieu de consigne du moment. L’ensemble sur fond d’élection européenne à venir, dont l’opinion se préoccupe comme de la guigne.

À procéder ainsi, on est assuré de perdre de vue l’essentiel. En l’occurrence, ce qui contribue à faire société politique, dans ce laboratoire humain si particulier qu’est la France. Au moment où plus personne n’identifie clairement le cap, il est grand temps de se préoccuper des signaux faibles. Ceux qui, comme dans tout exercice d’approche prospective, ont pour mérite et intérêt de saisir les évolutions. Ces indicateurs en réaction desquels on peut envisager bâtir des scénarios positifs et tracer des perspectives d’avenir.

Au rang de ces signaux, il en est un qui est passé pratiquement inaperçu, attestant de fait, de sa réalité de signal faible. En effet, au plus profond de l’été, lorsque la canicule avait plus que jamais mis à sec les capacités d’analyse et le sens critique, un quotidien national(1) a publié un calcul de l’AFP réalisé à partir du répertoire national des élus, mettant en évidence les abdications d’édiles qui « se comptent par dizaines ».À ne pas écouter les soutiers de l’organisation territoriale, notre pays risque de s’appuyer sur une base vermoulue qui pourrait emporter l’ensemble de l’édifice institutionnel.Comprenez par-là, nos élus locaux, Maires en tête, n’en peuvent plus et préfèrent rendre leur écharpe tricolore plutôt que continuer à être les grouillots d’une République qui, au mieux les ignore, au pire les désigne à la vindicte populaire comme inutiles ou trop coûteux.

Cela faisait longtemps que cela grondait. On avait connu un premier coup de semonce en 1995, au moment du renouvellement des exécutifs municipaux de l’époque. Suite à la mise en examen de quelques maires de petites communes, une crise de candidatures s’était faite jour. Quelques années plus tard, les nouveaux édiles avaient accueilli le Président de la République sous les sifflets et les huées, au moment du congrès des Maires. Une bronca pour attirer l’attention du plus haut niveau de l’État sur la trop forte baisse des dotations financières. Nombre d’entre eux avaient même annoncé la mort programmée de leurs communes par l’apposition de rubans de crêpe noir sur les panneaux toponymiques d’entrée de ville. Une mesure aussi symbolique que dérisoire. Et voilà que cela recommence de plus belle.

Cette fois, les états d’âme se font plus sérieux encore. Nos premiers magistrats communaux s’interrogent sur leur utilité réelle et dénoncent la morgue de l’État à leur endroit. Il est vrai que le Président Macron a échoué dans son rapport aux territoires et que la décentralisation a du plomb dans l’aile. Tout comme les promesses d’un « pacte girondin », de bon augure, au courant de l’été 2017 ont fait pschitt. Les actes n’ont jamais été à la hauteur du discours présidentiel.

Le désespoir guette désormais des dizaines de milliers de maires en exercice ou de candidats à cette fonction politique qui reste dans l’imaginaire collectif comme le socle de la démocratie locale “à la Française“. Vu de Paris, dans l’effervescence indifférente des Cabinets politiques, cet indicateur ne suscite sûrement que des regards narquois sur cette France du bas. Il faut pourtant y prendre garde : la fonction publique locale est le thermomètre de l’engagement citoyen. Lorsque les élus locaux baissent les bras, c ‘est toute la République qui est malade. Ce n’est ni en cassant ce thermomètre, ni en restant détaché vis à vis de cette sourde clameur de nos villes et de nos campagnes, que l’on recouvrera la santé. À ne pas écouter les soutiers de l’organisation territoriale, notre pays risque de s’appuyer sur une base vermoulue qui pourrait emporter l’ensemble de l’édifice institutionnel. A fortiori lorsque l’État, lui, ne fait toujours pas montre de l’exemplarité attendue.

(1) Les Échos