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Marie-Françoise Thull, présidente du Secours Populaire de Moselle

Marie-Françoise Thull, présidente du Secours Populaire de Moselle ©DR

La crise sanitaire et économique n’épargne personne. Le Secours Populaire de la Moselle enregistre une progression de 50 % des demandes d’aides. De nombreux étudiants ainsi que des ménages bénéficiant de petits revenus sont aujourd’hui dans des situations très compliquées, comme l’explique Marie-Françoise Thull, la présidente du Secours Populaire de Moselle. Heureusement, la solidarité s’exprime.

 

 

 

 

 

 

De nombreuses associations caritatives évoquent une forte hausse des sollicitations. Est-ce également le cas pour le Secours Populaire, en Moselle ?

Nous enregistrons, pour l’heure, une progression des demandes de 40 à 50 %. Ce sont des personnes que nous ne voyions pas en temps normal, qui ont de petits salaires et des emplois précaires et qui sont directement impactés par la crise sanitaire et économique. Nous accueillons également beaucoup d’étudiants, qui sont parfois sans aucune ressource. Nous en reçu jusqu’à 300 au plus fort de la crise et actuellement nous en aidons entre 150 et 200, régulièrement.

Qui sont ces étudiants ? 

La majorité d’entre eux sont des étudiants étrangers non boursiers. Une fois qu’ils ont payé leur loyer, il ne leur reste pas de quoi vivre. Certains ne mangent qu’un jour sur deux car ils ne peuvent s’offrir un repas quotidien, faute d’argent. Au manque de nourriture s’ajoute également un fort sentiment de solitude, de détresse. Certains étudiants sont vraiment très déprimés. L’un d’entre eux m’a dit un jour qu’il n’en pouvait plus de passer ses journées, coincé entre son lit, sa table et son lavabo. 

Il y a pourtant des aides et des services sociaux à l’université.  

C’est vrai mais tous les étudiants n’osent visiblement pas s’y rendre. Pour les aider au mieux, nous avons demandé à d’autres étudiants de nous donner un coup de main afin d’entrer en contact avec eux, pour créer du lien et des échanges. Et cela fonctionne plutôt bien. Les jeunes qui le souhaitent sont également invités à s’engager à nos côtés pour aider des familles en grandes difficultés. Nous les sollicitons, par exemple, pour offrir des cadeaux aux enfants pour Noël. Beaucoup adhèrent et sont heureux de pouvoir agir pour les autres, à leur tour.

Allez-vous à la rencontre des gens qui ont besoin de votre soutien ?

Oui, nous avons créé une antenne mobile, le « solidaribus », qui sillonne les territoires. Il a été créé à l’origine pour les étudiants mais nous l’utilisons également pour aller à la rencontre des personnes fragiles qui ne vivent pas en ville. Dans la Vallée de l’Orne où le taux de pauvreté avoisine les 17 %, la crise se fait durement ressentir. Des communes rurales nous sollicitent pour aider l’une ou l’autre famille. Habituellement, sur ce territoire, la solidarité est forte entre les gens et elle suffit souvent pour passer les moments délicats. Cette année, trop de gens sont dans des situations précaires et il est dès lors compliqué de mutuellement s’entraider. Cela dit, des citoyens se sont mobilisés et nous travaillons avec eux en leur fournissant un appui logistique et des produits à distribuer.

Avez-vous développé d’autres actions ou initiatives ?

Nous avons également créé un pôle destiné à venir en aide aux personnes handicapées ainsi qu’un pôle juridique car nous sommes très sollicités pour de l’aide dans ce domaine. Ce sont des initiatives susceptibles de s’inscrire dans la durée tout comme l’aide en direction des étudiants. 

La question peut surprendre mais la crise a-t-elle aussi des conséquence positives ? 

Je constate qu’il y a beaucoup de manifestations de solidarité. de nombreuses personnes sont confrontées à des difficultés et se rendent compte qu’il est possible d’agir pour le bien de tous. Les bénévoles se sont aussi posés beaucoup de questions. Au fil des ans, certains s’étaient forgés comme une carapace. La violence de la crise a parfois redonné de l’envie, elle leur a fait prendre conscience de toute l’importance de leur engagement. Dans un registre un peu différent, les moments que nous traversons permettent une prise de conscience collective de ce que sont la grande pauvreté et ses réalités, de ce que font des associations comme le Secours Populaire, au quotidien. Cette mise en lumière peut permettre de changer les choses.

Une pauvreté qui se transmet de génération en génération, souvent. 

Les trappes de pauvreté sont effectivement terribles car il est compliqué d’en sortir. Il faut généralement 6 générations pour y parvenir. C’est pourquoi, au Secours Populaire, nous avons deux grandes priorités s’inscrivant dans la durée. La première c’est de lutter contre la fracture numérique car certaines familles vivent aujourd’hui encore comme il y a 50 ans. À partir de là, elles sont coincées. La seconde priorité, c’est d’agir pour sortir les enfants de la pauvreté. Chaque enfant est une promesse. Je rencontre des enfants qui manquent de tout : culture, réseaux, matériels… Nous avons notamment initié l’opération Copain du Monde, qui permet à de jeunes enfants, dès 6 ans, de devenir bénévoles, d’être acteurs et auteurs de la solidarité, d’avoir envie de faire, envie d’avancer… On ne peut pas laisser des enfants dans la pauvreté, ce doit être la priorité de tous que de les en sortir.             

https://www.secourspopulaire.fr/57/

Propos recueillis par Fabrice Barbian


Témoignages d’étudiants

Chérubin, étudiant en droit à Metz, originaire de la Côte d’Ivoire

« C’est une période effectivement très compliquée. Je ne peux pas trop m’appuyer sur ma famille car le Covid sévit également en Afrique. Mais le chômage partiel, n’existe pas. Heureusement, je peux compter sur mes amis ainsi que sur le soutien du Secours Populaire pour subvenir à mes besoins. C’est d’autant plus important pour moi que je suis non-voyant. L’aide du Secours Populaire ne se résume d’ailleurs pas aux colis alimentaires. C’est également l’occasion d’échanger, de discuter, de rire et de se rencontrer. Ces échanges me mettent vraiment du baume au cœur. Tous les non-voyants vous le diront, je pense. Pour nous, le contact, le touché et les relations humaines sont très importants. Comme tout le monde j’en ai été privé lors du premier confinement et cela a été un enfer. Entre les amis, le Secours Populaire, l’aide du seigneur et l’aide de la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) que je pense prochainement pouvoir obtenir, je devrais pouvoir m’en sortir. Je garde en tout cas le moral et continue à étudier. »

Lizon, 20 ans, étudiante en L3 Arts du spectacle 

« En ce qui me concerne, je suis la secrétaire générale d’un syndicat étudiant appelé FSEM (Fédération syndicale des étudiants de Metz). Cette association a été créée en juin 2019 afin d’aider les étudiants qui rencontrent des problèmes, pour que vive la solidarité. Depuis quelques mois, nous nous chargeons d’assurer la distribution de l’aide alimentaire que nous remet le Secours Populaire, sur les différents campus messins. Et force est de constater que les étudiants sont de plus en plus nombreux à venir à notre rencontre. Début décembre, 200 étudiants sont venus récupérer un colis. De nombreux étudiants vivent en permanence dans des conditions précaires mais avec la crise cette précarité s’est accentuée. Il suffit d’un rien pour que cela tourne à la catastrophe. Cela se traduit par des difficultés à se nourrir. Certains sautent très régulièrement des repas. Ils hésitent également à se faire soigner, faute d’argent. Se loger est également compliqué. Deux bâtiments du Crous sont actuellement en cours de rénovation. Les propriétaires de logements sont aussi très frileux dès qu’il s’agit de louer à un étudiant, c’est tout particulièrement vrai cette année. On se rend également compte que les filles sont très exposées. Elles ont plus de frais. Elles doivent se procurer des produits d’hygiène comme des serviettes hygiéniques, par exemple. Et certaines ne peuvent pas se les acheter. Là encore, le Secours Populaire nous en fournit parfois et on les distribue aussitôt. Heureusement la solidarité fonctionne bien. Je sais que des étudiants étrangers ont monté de petites associations pour venir en aide à leurs compatriotes. Chaque semaine, nous sommes entre 5 et 10 adhérents au FSEM à nous mobiliser pour assurer la distribution des colis mais également discuter et échanger car la solitude règne. »

Portrait Victor Hugo

© Illustration : Philippe Lorin

 

« La fraternité n’est qu’une idée humaine, la solidarité est une idée universelle.»

Victor Hugo (1802-1885)

 

 

 

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