Le nouveau film d’Emmanuelle Bercot a le parfum du scandale. Il transpire le Mediator, ce médicament retiré du marché en 2009, à l’origine de centaines de pathologies cardiaques parfois mortelles. La Fille de Brest résonne surtout comme un hommage au combat mené par la pneumologue Irène Frachon pour faire éclater la vérité.

SORTIE LE 23 NOVEMBRE 2016

C’est le sempiternel combat de David contre Goliath. Celui d’une pneumologue du CHU de Brest contre un laboratoire pharmaceutique. Irène Frachon contre Jacques Servier. Une première alerte en 2007, un livre, Mediator 150 mg : combien de morts ? paru trois ans plus tard, un scandale qui éclate et éclabousse l’État dans la foulée, et le compteur des décès imputables à la prise de ce médicament administré comme coupe-faim qui s’emballe pour atteindre le chiffre de 500, selon la Caisse nationale d’assurance-maladie. Presque trois fois plus (1 300) si l’on se fie à l’étude menée par deux épidémiologistes de l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale), sur la période 1976 (année de sa commercialisation) à 2009, alors que des experts judiciaires estiment que sur le long terme l’addition pourrait être plus lourde. Des prévisions à mettre en parallèle avec les 145 millions de boîtes vendues jusqu’en 2009, année du retrait du benfluorex, consommées par plus de 5 millions de personnes.

On l’aura compris : l’affaire du Mediator, une bombe de plus dans le monde très lucratif des médicaments n’est pas une affaire comme les autres.On l’aura compris : l’affaire du Mediator, une bombe de plus dans le monde très lucratif des médicaments (voir ci-dessous), n’est pas une affaire comme les autres. Une saga humaine et judiciaire qui n’a pas dit son dernier mot, aucun procès n’étant attendu avant 2017. Entre temps, Jacques Servier, fondateur des laboratoires dans la tourmente, est mort en 2014, sans conséquence sur les procédures engagées. Pour reprendre une expression d’Irène Frachon : le corps à corps continue.

En décidant de porter cette histoire hors norme sur les écrans, Emmanuelle Bercot, vue récemment dans Mon roi aux côtés de Vincent Cassel, a surtout voulu dresser le portrait d’une femme courageuse. « C’est par le biais de ce personnage fort que j’ai eu envie de rentrer dans ce projet. Une femme exceptionnelle, tout en étant une personne très ordinaire, une pneumologue dans un hôpital de province, à qui est arrivée une histoire extraordinaire par la seule force de sa détermination et sa pureté », a-t-elle déclaré.

Pour la cinéaste, la principale difficulté aura été de dénicher la bonne comédienne pour incarner ce personnage charismatique. Un véritable casse-tête dénoué par Catherine Deneuve, qui lui a suggéré le nom de la Danoise Sidse Babett Knudsen (L’Hermine), laquelle manie au passage très bien la langue de Molière. Adapté du livre écrit par le médecin, La Fille de Brest s’appuie sur une distribution parfaite, notamment Benoît Magimel dans le rôle du chercheur qui a aidé Irène Frachon dans ce combat long et épuisant. Hasard du calendrier, ce long-métrage efficace et humain sort quelques mois après le livre coécrit par le journaliste Jean-Christophe Brisard et l’avocat Antoine Béguin, intitulé Effets secondaires : le scandale français. Une vaste enquête à laquelle la pneumologue a été associée, qui dénonce le manque de transparence en matière de médicaments.


MAUVAISE RÉPUTATION

Le Mediator s’ajoute à la longue liste des médicaments jugés dangereux. En voici qui ont fait ou font parler d’eux :

Le Distilbène prescrit contre les fausses couches de 1955 à 1977, il est à l’origine de nombreuses anomalies congénitales, de stérilité et d’une augmentation de certains cancers chez l’enfant. Cette hormone de synthèse a été prescrite à 160 000 Françaises.

Le Vioxx commercialisé entre 1999 et 2004 par le laboratoire Merck, cet anti-inflammatoire lié aux maladies articulaires aurait provoqué 160 000 crises cardiaques et attaques cérébrales, ainsi que 40 000 décès, rien qu’aux Etats-Unis, selon la Food and Drud Administration.

La Dépakine c’est la dernière affaire en date. Ce médicament antiépileptique serait à l’origine de nombreuses malformations congénitales entre 2006 et 2014. Au moins 450 cas selon l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Bien en deçà de celui avancé par l’association qui regroupe les parents des enfants victimes, qui porte ce chiffre à 1091, dont 177 décès.