© Vianney Huguenot

Réélu en 2020 maire de Valmont (57), dans le Pays naborien, Salvatore Coscarella accède dans la foulée à la présidence de la Communauté d’Agglomération de Saint-Avold Synergie (55 000 habitants). Deux élections dans un fauteuil. « Je n’avais rien calculé », assure-t-il. Il s’est laissé porté par les évidences. S’inspirant des succès de la méthode Salvatore à Valmont, petite ville de 3 000 habitants, Coscarella imprime doucement sa marque à la tête de l’agglo : « ouverture, dialogue et partage ». On dirait un slogan de campagne, c’est juste un plan de bataille. Objectif N°1 : assurer la transition d’un secteur économique jadis caractérisé par l’industrie du charbon puis la pétrochimie. Le tourisme et la chimie verte peuvent-ils refonder la vieille puissance de feu de la région de Saint-Avold ? La question le taraude autant qu’elle le stimule.

L’univers des mines a baigné son enfance. Ses deux grands-pères étaient mineurs, Italiens de la vague d’émigration de la fin des années 40 venue reconstruire la France. « Mon père, François, a préféré bifurquer, il était dans la maçonnerie. Nous étions une famille très modeste et en même temps très attachée à la France et aux valeurs de la République. Nous n’oublions jamais que la France nous a accueillis, qu’elle nous a donné à manger. Pourtant, le départ d’Italie représentait pour eux une forme de sacrifice. Tandis que mes grands-pères étaient ici, mes grands-mères étaient restées en Calabre. Mon père, lui, s’est vite adapté à la vie et à la culture françaises, il s’est inscrit à des associations. Rien ne lui faisait peur, et surtout pas de travailler. On était des bosseurs, des bâtisseurs ». La culture du travail, commune à l’Italie et à la Lorraine, accélère la bonne entente entre les deux communautés et, malgré quelques tensions, forge le respect mutuel. Salvatore Coscarella, sans incriminer, fait un parallèle entre les époques : « L’intégration, c’était ça, on respectait la vie et la religion de chacun et on vivait tous ensemble. Notre voisin était le contremaître à mon père, il était Allemand, sa femme ne parlait même pas le français. Il y avait aussi des Maghrébins. La Lorraine est une vraie terre d’accueil, il y a toujours eu du savoir-vivre entre nous. Aujourd’hui, tout semble plus compliqué ».

L’époque, plus brutale, contrarie la simplicité et la bonhomie du personnage. Salvatore Coscarella avance dans la vie sans arrières-pensées. Franco. L’envie de bâtir le tient, quitte à tester, tenter des voies inexplorées, se tromper puis se relever. « Je suis né en 1955 à Forbach mais j’ai quarante ans dans ma tête ». Respectueux du père qui rêve de monter une entreprise familiale et incite l’un de ses fils à devenir ingénieur ou architecte, l’autre comptable, Salvatore Coscarella entame donc une formation de comptable et décroche un bac G2. « Mais, en fait, l’entreprise ne nous intéressait pas. Mon frère a fait des études d’ingénieur en plasturgie et moi, après des études de gestion, j’ai choisi les métiers du bâtiment ». Ingénieur-conseil pour l’AFPA (Agence nationale pour la Formation Professionnelle des Adultes) pendant 36 ans, il fréquente préalablement l’école, dit-on, la plus formatrice, celle de la ribambelle des petits boulots, ou grands, en tout cas jamais très longs : « De 18 à 21 ans, j’ai fait une quinzaine de boulots, j’ai vendu des aspirateurs, j’ai été dans le social, j’ai même failli être animateur dans une maison de retraite. ». Il endosse aussi la blouse d’agent de maîtrise chez Bauknecht.

Son arrivée en politique remonte à 1995. Il entre au conseil municipal de Valmont, où il avait débarqué en 1975 après une vie à Schoeneck. « À Valmont, j’étais dans le comité du tennis club et le maire est venu me chercher pour les municipales. Je suis très vite devenu adjoint, le maire avait besoin de quelqu’un pour les travaux ». Plus qu’adjoint aux travaux, il est l’élu polyvalent. Avant d’être maire en 2016, suite au décès de Dominique Steichen, Salvatore Coscarella fait « quasiment toute la palette » des fonctions d’un exécutif municipal, sports, social, travaux… « J’ai été très bien accueilli à Valmont et c’est un peu pour leur rendre la pareille, les remercier en quelque sorte, que je me suis engagé à la mairie. Je leur dois bien ça. » Point de méprise, il ne s’enferme pas dans une action de grâce, il prend aussi son pied : « l’engagement public me passionne ».

Sous quelle couleur ? Wikipédia hésite, le classe divers-droite à la page Valmont, et centre-gauche à la page CASAS (Communauté d’Agglomération de Saint-Avold Synergie). Il tranche : « Je ne suis pas un politicien. Bien sûr, j’ai une obédience et elle est très liée à mon parcours : je n’ai pas vécu dans la misère mais je suis issu d’une famille modeste. Je n’oublie pas tout ce que mes parents ont fait pour que leurs enfants soient des gens honnêtes ». Il s’inscrit d’abord dans le camp des élus locaux adeptes du concret. « Salvatore a des valeurs humaines, il est fidèle en amitié et il est un rassembleur, un bâtisseur, avec les pieds sur terre, comme s’il avait des chaussures de plomb pour éviter l’apesanteur », dit un de ses amis. « Avec les élus de Valmont, on ne s’est pas regardé dans le blanc des yeux, on a agi ». Et Salvatore Coscarella de citer la nouvelle école, les activités périscolaires, terrain et vestiaires neufs, centre de bien-être, pôle médical, champ photovoltaïque, maisons intergénérationnelles…

De cette expérience municipale, il veut tirer le meilleur et l’appliquer à l’interco, conscient toutefois des limites du décalquage : « C’est différent avec 41 maires. On est dans une négociation permanente mais c’est ensemble qu’on bâtit l’attractivité de notre territoire. Une de nos forces, c’est le renouvellement. Il y a beaucoup de nouveaux maires, de nouvelles idées et je prône l’ouverture, le dialogue, le partage, c’est la base élémentaire. Je ne peux rien faire sans cela ».

L’énergie d’un territoire

La CASAS (Communauté d’Agglomération de Saint-Avold Synergie) est la sixième plus grosse intercommunalité de Moselle, sur 23 au total. Elle résulte de la fusion, en 2017, des communautés de communes du Pays naborien et du Centre mosellan. Cette région est historiquement marquée par le charbon, dont l’activité prend fin en 1979. La pétrochimie s’inscrit aussi dans la paysage naborien, dans le cadre d’une diversification qui voit aussi se développer les activités liées à la plasturgie. Saint-Avold et environs portent une tradition industrielle et énergétique puissante. « La transition qu’il nous fait assurer aujourd’hui » est dans cette veine, en plus écolo, avec l’apport de la « chimie verte ». Mais cette transition dont parle Salvatore Coscarella est déjà ancienne, il rappelle que la première entreprise à s’installer dans l’ère du post-charbon fut Bauknecht, sur la commune de Valmont, qui fabriquait des réfrigérateurs. En pays naborien, il n’a jamais été question d’imaginer une requalification qui verrait, comme dans certains anciens bassins industriels de Lorraine, le tourisme et les services suppléer totalement l’industrie. La situation frontalière de la CASAS lui donne des clés que d’autres n’ont pas et lui ouvre d’autres ambitions.

Le président de la CASAS porte ainsi, avec d’autres (Pôle de Plasturgie de l’Est, Gazel Energie, Engie, Storengy, spécialiste du stockage du gaz…), un vaste projet autour de l’hydrogène, sur le site de l’actuelle centrale électrique à charbon dont la fermeture est programmée en 2022 (il en reste quatre en France, dont celle de Saint-Avold). Cette filière hydrogène, intégrant des technologies innovantes et intéressant la France et l’Allemagne, a été évoquée au cours d’une visioconférence, fin 2020, par la Chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron. Au-delà des intérêts économiques, Salvatore Coscarella y voit « une opportunité de construire des projets d’ambition européenne avec nos amis sarrois ».