Leaders mondiaux des kayakistes, les deux Vosgiens, Matthieu Péché et Gauthier Klauss, reviennent de Pau. Ils s’apprêtent à partir à Londres et pensent déjà (un peu) à Rio. Mais c’est à Épinal, à l’âge de sept ans, qu’ils ont démarré l’aventure.
EliteSlalom2014-(c)pierremahe

Les deux kayakistes vosgiens Matthieu Péché et Gauthier Klauss rentrent tout juste de Pau avec en poche une place de leader mondial. (© Pierre Mahé)

Épinal, Pau, Londres, Rio. Quatre villes qui résonnent fort dans la tête de ces deux kayakistes lorrains. Précision utile mais pas essentielle : on dit kayakiste, mais aussi céiste, voire même parfois canoéiste. Dans le cadre du « dispositif athlète » de la SNCF, un partenariat qui consiste à épauler les grands champions.L’essentiel, c’est que le duo rentre tout juste de Pau avec en poche une place de leader mondial (dans la catégorie slalom en biplace). Leur prestation pyrénéenne – dernière étape du circuit coupe du monde, achevé le 16 août dernier – leur a permis de prendre la tête du classement mondial. Une étoile qui ne leur chauffe pas la tête. Se retrouver en haut de la pyramide les impressionne à peine. « Nous sommes en perpétuelle remise en question et nous ne sommes pas des leaders incontestés. À vrai dire, nous sommes une dizaine à pouvoir gagner chaque fois », explique Matthieu, le plus grand des deux, 1m75, né le 7 octobre 1987 à Epinal. L’autre duettiste, son complice Gauthier Klauss, relativise avec le même esprit sportif : « La beauté de notre sport, c’est que tu peux être le meilleur et arriver vingt-cinquième. » Moins grand, de quatre centimètres, Gauthier est le plus jeune, d’une cinquantaine de jours. Complices et précoces. À Pau, ville réputée pour les kayakistes de tous poils et de tous continents – la ville accueillera une nouvelle étape de la coupe du monde l’an prochain et le double championnat du monde, slalom et descente, en 2017 – Gauthier et Matthieu ne font pas que ferrailler sur le Gave. Ils y ont décroché le même diplôme, à l’École Supérieure de Commerce (ESC) dont le directeur leur avait aménagé un emploi du temps spécial. 

C’est aussi ensemble qu’ils sont devenus cheminots. Précision : on dit cheminot pour tous les employés de la SNCF, quels que soient les statuts, les missions. Ceci est une tradition. Une bonne vieille méthode de communication interne, aussi. L’essentiel, c’est qu’ils travaillent tous les deux une partie de l’année à Paris, au service marketing de la société ferroviaire. Et puis il y a aura Rio, en 2016. Là aussi, les Spinaliens affichent la gnaque.Et continuent, en alternance, à faire canoéiste. Ils le font dans le cadre du « dispositif athlète » de la SNCF, un partenariat qui consiste à épauler les grands champions. L’opérateur de tourisme Cap France – au sein duquel Matthieu fut animateur de village-vacances – et la Banque Populaire Alsace Lorraine Champagne sont les deux autres financeurs de ce duo qui devrait faire à nouveau parler de lui. Peut-être dès le mois prochain, à Londres, où se déroulent les championnats du monde. A la capitale anglaise, les deux Spinaliens ont gardé un petit chien de leur chienne. Pas de rancœur – c’est pas le genre de la maison – mais, quand même, ils aimeraient oublier cette quatrième place aux JO de Londres, en 2012. Et même s’ils ont tout gagné depuis, ou presque, ils s’en mordent encore les doigts. Et puis il y a aura Rio, en 2016. Là aussi, les Spinaliens affichent la gnaque.

Pour l’heure, ils testent un nouveau bateau. « C’est comme une nouvelle paire de chaussures ». Ils sont impressionnants, à peu près autant qu’ils sont inséparables. La communication entre eux – fondamentale, quasi vitale, dans leur catégorie – est parfaitement au point, rodée avec leur entraîneur. En compétition, à genoux dans leur canoë, sous les vivats du public et le charivari de la flotte, ne croyez pas qu’ils hurlent. Ils se taisent. Tout est calé avant. « On se sent. On sait ce que l’autre va faire. Si on se parle dans le bassin, c’est qu’il y a un problème, une situation qu’on n’avait pas prévue » explique Gauthier.

À l’Élysée, ils se sont parlés. Ils ne l’avaient pas prévue, celle-là : recevoir un bristol du président de la République. « On était heureux d’être là, avec la grande famille du sport, c’était à l’occasion de la présentation de Paris 2024 », dit l’un. Sérieux. L’autre se marre : « C’est une fierté et un honneur… pour lui… de nous recevoir ». Même en communication, le tempo est bien binaire, complémentaire, au point, au poil.