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J’aime les jeunes. Ou plutôt, j’aime la jeunesse. Pas par nostalgie d’un temps définitivement révolu. J’ai passé l’âge… J’aime la jeunesse pour ses potentialités et ses fougues à venir, annonciatrices d’un enthousiasme à faire. Je l’aime quand elle s’intéresse au monde et lève le nez de ses écrans. Je l’aime, quand elle interpelle et cherche à se projeter dans l’avenir, démontant, sans cynisme, les mécanismes d’une société dont elle n’est pas dupe. Bref, j’aime la jeunesse qui (se) manifeste.

Vous l’aurez compris, la jeunesse dont il est ici question, est celle qui défend une cause et veut donner du sens à sa vie. Pour pimenter une existence annoncée comme courue d’avance et se refuser à une névrose de destinée. En guise de panacée aux poisons des déterminismes auxquels il faudrait se résigner par conformisme, torpeur ou apathie.

Cette jeunesse qui ne fait pas les choses à moitié, c’est celle qui défend le devenir de la planète toute entière. Car la jeunesse du monde est devenue plus sage que les anciens : elle a compris que si la Terre peut se passer des humains, la réciproque n’est pas vraie. C’est pourquoi elle tire la sonnette d’alarme. Plus vite et plus fort que ses aînés. Parce que la jeunesse des pays développés sait. Elle sait, que le virtuel « no future » des Sex Pistols des grands-parents, est dorénavant son présent.

Elle n’a donc pas le temps d’attendre. Parce qu’il n’est plus temps d’attendre. Car la « maison brûle ! » Sur ce point-là au moins, ces adolescents rejoignent un ancêtre, Jacques Chirac, qui avait Le message de la jeunesse est clair : elle ne se contentera pas de la réponse laconique prêtée en son temps à Madame de Pompadour : « après nous le déluge ». affirmé, le 2 septembre 2002 à Johannesburg, devant l’assemblée plénière du 4ème Sommet de la Terre, en entame de son discours sur le réchauffement climatique « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

Une formule qui avait fait mouche et le tour du monde pour se solder par…rien ! Parce que très souvent, malheureusement, lorsqu’il est question d’environnement, on aime à se gargariser de mots et d’aphorismes qui ne sont jamais suivis de mesures concrètes et efficaces. Comme si l’évocation se suffisait à elle-même et valait action. La génération actuelle n’accepte plus de se laisser endormir par des incantations servies par discours lénifiants. Et c’est heureux.

C’est ainsi qu’elle pourra stopper le vortex mortel dans lequel notre modèle économique nous engloutit aussi méticuleusement que rapidement. C’est tout le sens du mouvement qu’a lancé une frêle adolescente suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, en appelant à observer chaque vendredi un jour de grève scolaire pour le climat. À son corps défendant, la “gamine“ est devenue l’égérie d’une cause entendue à travers le monde entier.

Avec elle, nos jeunes exigent des actes et nous demandent des comptes. Ils ne perdent pas de temps à chercher des responsables, ils désignent les coupables. En l’occurrence la génération des quinquas qui sont aux affaires, à tous les niveaux de la société. Ce sont eux qu’ils montrent du doigt et dont ils font le procès. En nous interpellant avec force et à travers des slogans et des mouvements dont l’essence peut nous sembler choquante, ils nous donnent une belle leçon de distanciation brechtienne tout à fait désaliénante. Le message de la jeunesse est clair : elle ne se contentera pas de la réponse laconique prêtée en son temps à Madame de Pompadour : « après nous le déluge ».