Quand Röhner le parasite s’invite dans la vie bien réglée de P., le désordre prend forme dans les cases de l’inventif, drôle et élégant album de Max Baitinger.

On en connaît tous un comme lui : il débarque à l’improviste et prend place chez vous pour quelques nuits, ou peut-être plus… il fait peu de cas de vos habitudes et de vos manies, parle à tort et à travers. Quand Röhner s’immisce dans la vie d’un individu paisible et maniaque comme P., il devient rapidement plus qu’une présence désagréable : un alter-ego qui va agir sur l’environnement comme un véritable phénomène atmosphérique. Au sein de l’album de l’allemand Max Baitinger, le premier traduit en français, les gesticulations de Röhner tordent les perspectives, prenant littéralement corps entre les quatre murs de l’appartement.

Cet univers aux formes géométriques, cadré comme la vie de son protagoniste, est progressivement envahi de formes plus abstraites et expressionnistes pour mieux traduire les bouleversements, les névroses, le désordre. Röhner est ainsi truffé de trouvailles graphiques, faisant naître de la pluie, d’une séance de yoga ou d’un déjeuner autant de moments d’émerveillement pour tout lecteur de bande dessinée amateur d’expériences graphiques et narratives ; un travail qui rappelle un peu celui du nancéien Jochen Gerner. On finit ainsi par adorer Röhner pour sa capacité à introduire le chaos, et donc à insuffler la vie dans le quotidien du héros et narrateur, qui va néanmoins chercher toutes sortes de stratagèmes pour se débarasser de cet encombrant compagnon. Les choses vont-elles revenir à leur place à la fin de Röhner ? Dans tous les cas, on savoure un livre fourmillant de surprises à chaque page tournée, heureux de découvrir un jeune auteur singulier et prometteur dont on espère entendre à nouveau parler au plus vite.

Röhner de Max Baitinger / Ed. L’Employé du moi

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