par Marc Houver

 

En portant sur les fonts baptismaux, le 9 mai 1950, la Communauté économique du charbon et de l’acier (C.E.C.A.), Robert Schuman a très largement contribué à faire avancer l’idée et la construction européennes. L’homme politique mosellan était convaincu que le rapprochement des peuples passe par la mise en œuvre d’institutions capables de porter les intérêts partagés des États. Originaire du pays des trois frontières, pétri de culture allemande, luxembourgeoise et française, il a nourri son feu intérieur de sa foi catholique profonde. Lorsque le contemplatif rencontre l’homme d’action…

 

Tout humain recèle en lui sa part de mystère, au point qu’il n’est jamais facile d’en percer le cœur. Certains, sans doute plus secrets encore, constituent par ailleurs de véritables énigmes. Face au mystère, on ne peut que se résigner à admettre. Confronté à l’énigme, on doit s’évertuer à en chercher la clé. À n’en pas douter, la vie de Robert Schuman relève de cette seconde catégorie. 

On se perd en conjectures à lire les approches historiographiques ou les témoignages de ceux qui ont, à un titre ou à un autre, fréquenté l’homme d’État. On oscille souvent entre des laudateurs béats et des contempteurs partisans. Un demi-siècle après sa disparition, cet homme simple, plus enclin au silence qu’au verbe haut, au tempérament effacé, ne laisse de surprendre ceux qui cherchent à comprendre qui il était. 

Cette impression très étrange de halo mystérieux, tire sa source, au moins pour partie, du constat selon lequel l’existence de Robert Schuman semble s’être construite contre sa propre volonté. Comme le serait une vie assumée malgré soi. On est ainsi frappé par de nombreux paradoxes qui émaillent le parcours d’un homme qui se situe en dehors des canons traditionnels des parcours politiques. Il passe sa vie à fuir les honneurs, mais parvient à imprimer son identité de manière profonde et durable dans l’histoire de la construction européenne. Voilà un homme politique de renom, obligé de se mouvoir dans les goulets de la politique, alors même qu’il n’ambitionnait qu’une quête personnelle de transcendance et ne caressait qu’un seul rêve, celui de pouvoir entrer dans les ordres. 

D’une certaine manière, c’est la vie qui a sans cesse posé sa dextre sur un homme qui s’est immédiatement trouvé. En effet, l’idée d’une carrière ecclésiastique nait très tôt dans l’esprit de l’enfant, orphelin de mère à l’âge de quatorze ans, puis du jeune homme, orphelin de père seulement dix ans plus tard. Rentrer dans les ordres n’est en soi pas une idée très étonnante, à une époque où l’Eglise tient encore son rang dans les esprits et dans la société. Car Robert est un enfant du 19e siècle, qui a vu le jour le 29 juin 1886, à Clausen, au Luxembourg. Son père est Français de langue luxembourgeoise, devenu Allemand au moment de l’annexion, en 1871, de l’Alsace-Lorraine. Sa mère est Luxembourgeoise, devenue allemande par les liens du mariage. Dès lors, bien que né au Luxembourg, l’enfant est Allemand de naissance en tant que citoyen du Reichsland d’Alsace-Lorraine. 

Face à une généalogie territoriale aussi compliquée, du fait des vicissitudes humaines de la géopolitique, le jeune homme peut légitiment considérer qu’il est plus facile de se rapprocher des révélations du ciel et de répondre à un appel intérieur pour se constituer une identité personnelle. Sa foi est profonde et, comme souvent en matière de religions, lui a été transmise par sa mère. C’est elle qui lui donne le goût d’aller tous les matins à la messe et aiguise son appétit pour les grands théologiens, tels que Thomas d’Aquin, qu’il lit en latin. Deux personnes vont toutefois venir modifier une trajectoire qui semblait inéluctable, incarnant peut-être l’adage selon lequel Dieu écrit bel et bien droit avec des lignes courbes. Les deux individus en question, sont son aumônier et un de ses amis. Ils le poussent à s’engager dans la vie publique et trouvent les mots pour le convaincre, en arguant du fait que « les saints de demain seront des saints en veston ». Il n’en faut pas plus pour emporter l’adhésion de celui qui se laisse également séduire par la doctrine sociale de l’Église catholique. Les vents spirituels dominants sont en effet, à l’époque, ceux de l’encyclique Rerum novarum du pape Léon XIII, publiée le 15 mai 1891.

Pour suivre la voie ouverte par la providence, il part faire son droit, à Bonn, Berlin, Munich et Strasbourg. Il évite la guerre de 1914-1918, car il a été réformé de l’armée pour des raisons médicales. Il est néanmoins incorporé dans l’armée allemande et affecté à Boulay à l’administration territoriale, sans pour autant porter l’uniforme allemand. À la libération de Metz, à l’issue de l’armistice du 11 novembre 1918 qui sonne la fin du premier conflit mondial, il devient membre de la commission municipale de Metz, chargée d’adapter l’administration locale à son retour dans le giron français. Il a trente-deux ans et entre de plain-pied dans l’arène publique. Il ne sait pas encore que ce n’est que le début d’une route qui va, tout au long de quatre décennies, occuper son temps.

Robert Schuman

Robert Schuman en 1929
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Devenu citoyen français après le retour des « provinces perdues », il se présente aux élections législatives de novembre 1919, sous l’étiquette Union républicaine lorraine. Élu au Parlement, il peut dès lors participer de manière active à l’assimilation par le droit français des dispositions juridiques en vigueur sur les territoires alsaciens-mosellans. Ses capacités de conviction et son sens du compromis, lui permettent de donner naissance à un droit au statut particulier, le droit local, et de favoriser le maintien du Concordat et d’un statut scolaire spécifique. Robert Schuman est un ardent pourfendeur de l’école laïque qu’il considère être une « machine à déchristianiser la France ». Très implanté dans son fief électoral, ancré dans la proximité et bien identifié à Paris, il est réélu régulièrement député jusqu’en 1940, et cumule même, à partir de 1936, son mandat national avec celui de Conseiller général du canton de Cattenom. 

Mais des bruits de bottes se font à nouveau entendre en Europe et particulièrement en Allemagne. Sur fond de crise économique et politique, de peur du déclassement des classes moyennes, ainsi que de désir de revanche, un jeune chancelier du nom d’Adolf Hitler fait tonner ses aboiements de haine à l’encontre du « judéo-bolchévisme ». Il exacerbe les tensions depuis qu’il est arrivé au pouvoir par les intrigues et les urnes. On craint la guerre et les volontés expansionnistes allemandes. Par faiblesse et naïveté, les grandes puissances signent, en 1938, les accords de Munich avec Hitler. Robert Schuman applaudit. Il fait partie de ces hommes qui pensent que l’on peut tout obtenir de la négociation. Il n’est pas un belliciste. 

La guerre éclate pourtant en septembre 1939. Elle a pour effet de propulser le Mosellan Robert Schuman au gouvernement, en qualité de sous-secrétaire d’État aux réfugiés. Une tâche ingrate. C’est à lui qu’il revient de coordonner les déplacements des quelques 300 000 réfugiés venus de son département d’origine dans plusieurs départements d’accueil. Il s’acquitte de la tâche et appelle dès le 12 juin 1939 à « mettre bas les armes ». Une fois encore, sa vie lui échappe : Pétain, sans même le consulter, le confirme dans sa fonction au sein du gouvernement. Schuman en démissionne quelques jours plus tard sans même avoir siégé. Cela ne l’empêche pourtant pas de voter les pleins pouvoir au Maréchal le 10 juillet 1940. 

Après l’offensive allemande du 10 mai 1940, la Moselle est à nouveau annexée au Reich. Ce qui vaut à Schuman qui s’est réfugié sur ses terres, d’être arrêté par la Gestapo et emprisonné à Metz. Il est, dans un premier temps, tenu au secret, avant d’être transféré à Neustadt, où ses conditions de détention seront moins sévères. Il use du Luxembourgeois pour qu’on ne puisse comprendre les conversations qu’il tient avec ses visiteurs. Il parvient à s’évader et à franchir la ligne de démarcation pour s’installer en zone libre, à partir de laquelle il continue à maintenir les liens avec les réfugiés mosellans.

Cette période de guerre va peser lourd à la Libération. Robert Schuman fait l’objet de nombreuses critiques et attaques. Les jugements négatifs tranchés et même les invectives vont tomber comme autant de couperets. Entre Jacques Duclos (1) qui le traite publiquement « d’officier boche », et André Diethelm (2) qui somme ce « produit de Vichy d’être vidé sur le champ », on ne s’étonne pas que cet « ex-ministre de Pétain » soit frappé d’indignité nationale et, ce faisant, d’inéligibilité. La sanction est lourde pour celui qui a la conviction de n’avoir jamais failli et toujours posé son existence entre les mains de la divine providence. Il tient là l’occasion peut-être de se tourner vraiment vers une vie contemplative. Mais, dans un texte publié en juillet 1945, il estime que « la vie sans responsabilités politiques est certes plus facile (…) mais que nul n’a le droit de se dérober ». Une certitude qui lui donne la force de saisir directement le général de Gaulle en vue d’obtenir une amnistie le concernant. Dans sa grande mansuétude et grâce à l’intercession de certains soutiens de Schuman, l’homme du 18 juin accepte de classer le dossier. De la même façon, la Haut Cour lève l’inéligibilité, permettant à à Schuman de poursuivre sa carrière politique. 

Robert Schuman déclaration Quai d'Orsay

Au Quai d’Orsay à Paris, le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères annonce la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). L’objectif de la CECA était de créer un organisme pour superviser la production allemande et française de charbon et d’acier. © Communautés européennes

Il redevient rapidement député et occupe ce siège sans interruption entre 1946 et 1962. Ses responsabilités nationales sont nombreuses : ministre des Finances en 1946, président du conseil en 1947, ministre des Affaires étrangères de 1948 à 1952 et ministre de la Justice de 1955 à 1956. C’est en tant que titulaire du maroquin tenu pendant la plus longue durée, qu’il va entrer dans l’histoire. Son ami Jean Monnet ne sera pas étranger à cette rencontre supplémentaire avec une destinée fortuite. Il lui suggère une idée capable de faire de l’Allemagne un allié définitif, tenu par les rênes de l’intérêt économique. En fin et efficace diplomate, Schuman parvient à faire valider, dans le plus grand secret, le projet par le Benelux, l’Italie et l’Allemagne. 

Il formalise l’accord par une déclaration publique, le 9 mai 1950. Du célèbre salon de l’horloge du quai d’Orsay, il concrétise la C.E.C.A., la Communauté Économique du Charbon et de l’Acier, qui revient à placer la production franco-allemande de charbon et d’acier sous une autorité commune, à laquelle peuvent adhérer d’autres pays. Schuman a bien compris que l’on relie plus les hommes par leurs intérêts que par de généreux sentiments. La C.E.C.A. constitue les prémices de l’Union européenne. Les pairs de Schuman ne s’y sont pas trompés, faisant de lui le premier président du Parlement européen de 1958 à 1960.  

C’est le chant du cygne de celui qui aura consacré une grande partie de sa vie à être, tout à la fois, l’enfant d’une Europe déchirée et le père d’une Europe unifiée. Il se retire sur son Aventin de Scy-Chazelles, à partir de 1962, avant de rendre son dernier soupir un an plus tard, à soixante-dix-sept ans.  Par un dernier et étrange pied de nez du destin, ce célibataire endurci, sans descendance, va de devenir un des « pères de l’Europe », une entité riche de millions d’habitants.

1 Dirigeant français du parti communiste et résistant
2 Normalien, homme politique et résistant qui a rejoint le général de Gaulle et la France libre pendant la seconde guerre mondiale.

De la morale en politique

Robert Schuman a souvent été brocardé de son vivant. Les caricaturistes notamment aimaient à croquer cette longue silhouette dégingandée, surplombée d’un visage à la Gandhi. Ses détracteurs mettaient notamment en avant le rigorisme de sa vie qui avait, en effet, un caractère que d’aucuns considéreraient comme spartiate, voire monacale. Il est vrai qu’il menait une existence frugale, se contentant de peu et s’émerveillant, en vrai contemplatif, de toutes les œuvres de la nature. On brosse souvent le portrait d’un homme imperméable à toute mégalomanie, modeste jusqu’au désintéressement, et ayant une haine viscérale vis à vis du mensonge. « On ne doit jamais mentir, même en politique », affirmait-il, estimant que « être droit est la meilleure manière d’être adroit ». Lorsqu’il ne pouvait pas dire, il se contentait de se taire, pour ne pouvoir jamais être pris en défaut. Cette ligne de conduite l’empêchait également de céder aux sirènes de la démagogie. Un observateur a ainsi pu écrire : « De nos cinq Républiques, aucun ministre n’a moins flatté ses électeurs, ni moins suivi les conformismes. Aucun n’a davantage méprisé la démagogie, ni bravé l’impopularité ».


Médiocre à l’oral…

C’est le fameux discours prononcé le 9 mai 1950 qui a ouvert grand les portes de la postérité à Robert Schuman. Un moment si notoire que la date en a été retenue pour célébrer chaque année la « Journée de l’Europe ». C’est sans doute un paradoxe de plus dans la carrière de cet homme politique qui avait la réputation d’être… un particulièrement piètre orateur ! C’est même un comble pour un avocat. Sa lenteur d’élocution, sa voix aussi maigre que sa silhouette, son ton monocorde, son incapacité à improviser des réponses et son fort accent mosellan sont prétextes, pour une classe politique fervente de propos acides, à railleries permanentes. Ainsi Georges Bidault, président du M.R.P., le parti dont Robert Schuman était membre, disait de son éminent collègue : « c’est un moteur à gaz pauvre ». Ce à quoi Robert Schuman répondait « tout le monde ne peut pas être un moteur à alcool ». Fermez le ban ! Comme quoi, on peut être capable de traits d’esprit même quand on est mauvais tribun et passer pour être dénué de sens de la répartie. Toujours est-il que Schuman se moquait comme de la guigne de ce défaut, car il se méfiait de l’art oratoire et de ses fausses séductions. Il n’hésitait pas à déclarer lui-même « je ne suis pas un orateur » ajoutant au passage « je sais que je serai mauvais, alors je n’ai pas le trac ». De l’art de positiver !


…Excellent à l’écrit

Homme du livre, Robert Schuman, a passé sa vie à lire. Il suffit de visiter sa maison à Scy-Chazelles, pour comprendre à quel point cet objet tenait une place importante dans son environnement quotidien. C’est sans doute en puisant en eux et à travers sa formation d’avocat, que l’homme a acquis une remarquable capacité d’expression écrite, qui compensait largement ses immenses faiblesses à l’oral. Il passait du temps à préparer ses discours écrits qu’il mettait un point d’honneur à préparer scrupuleusement et avec méticulosité, contribuant ainsi à construire et à préciser sa pensée, en diplomate avéré qui sait que chaque mot a du sens. Qu’on en juge par ce court extrait, révélateur des qualités de plumes de l’homme et significatif de la méthode du politique : « Les dures leçons de l’histoire ont appris à l’homme de la frontière que je suis, à se méfier des improvisations hâtives, des projets trop ambitieux. Mais elles m’ont appris également que, lorsqu’un jugement objectif, mûrement réfléchi, basé sur la réalité des faits et de l’intérêt supérieur des hommes, nous conduit à des initiatives nouvelles, voire révolutionnaires, il importe (même si elles heurtent les coutumes établies, les antagonismes séculaires et les routines anciennes) de nous y tenir fermement et de persévérer ».  Dont acte.


Les Pères de l’Europe

Les Pères de l'Europe

Le monument « Hommage aux Pères fondateurs de l’Europe » devant la maison de Robert Schuman à Scy-Chazelles par l’artiste russe Zourab Tsereteli. Les statues représentent quatre fondateurs de l’Europe : Alcide De Gasperi, Robert Schuman, Jean Monnet et Konrad Adenauer. ©DR

Quand on évoque le concept de « Pères de l’Europe », on a souvent tendance, par analogie, à le rapprocher de celui des « Pères fondateurs des États-Unis d’Amérique », les Fouding Fathers. Mais une telle comparaison ne peut avoir cours pour ce qui concerne l’Europe. Ne serait-ce que parce que cette dernière entité n’a pas connu de « moment démiurgique  » aisément datable, identique à la naissance des États-Unis. Le 9 mai 1950, date de la Journée de l’Europe, n’a ainsi pas d’équivalence réelle avec le 4 juillet 1776, date de la Déclaration d’indépendance des États-Unis.

L’Europe n’a jamais connu de véritable “moment inaugural“, et si l’idée en est ancienne, elle n’a pour ainsi dire jamais été l’idéal premier ou l’étendard spécifique de quelque personnalité de premier plan que ce soit. Bien au contraire, elle est le fruit d’une construction sur des temps particulièrement longs et nombreux ont été ceux qui ont contribué à son développement et même parfois à sa renaissance, lorsque l’idée elle-même semblait être condamnée à disparaître (Jacques Delors par exemple). Beaucoup de ceux qui ont incarné la construction européenne n’ont fait qu’accompagner des initiatives émanant de milieux économiques, intellectuels, politiques ou religieux, ou suivre des logiques d’États. Le pragmatisme et le calcul ont souvent été de mise, qui ont permis l’irruption d’initiatives inattendues, œuvres de lanceurs d’idées, de groupes d’intérêt voire de collaborateurs ou de conseillers d’hommes politiques de stature purement nationale.

Dès lors, pour l’Europe, la notion de creuset dans lequel se sont coulées des personnalités illustres et particulières est donc sans doute plus adaptée pour qui veut sérier la question. À des titres divers, et sans volonté de mettre toutes ces personnalités sur un plan identique, on peut citer notamment : Konrad Adenauer, Joseph Bech, Johan W. Beyen, Alcide de Gasperi, Jean Monnet, Paul Henri Spaak, et bien sûr Robert Schuman. Mais on pourrait tout aussi bien, sans faire offense aux susnommés, ajouter à cette liste, Aristide Briand et Louis Loucheur voire…Winston Churchill qui esquissa, en 1946, dans un discours célèbre à la jeunesse étudiante à Zurich, la vision d’une Europe unie… dans laquelle ne figurait évidemment pas le Royaume-Uni.

Par-delà ces classifications, il est intéressant de découvrir que nombre des pères de l’Europe sont originaires des régions-frontières qui prédisposent aux idéaux transnationaux et à l’adoption de modèles extérieurs. De même, ils ont souvent subi les épreuves de la guerre et occupé des fonctions internationales. Beaucoup observaient par ailleurs des craintes face à la menace communiste et voyaient dans une organisation régionale intégrée, un antidote à la guerre froide. Enfin, et ce n’est pas faire offense aux intéressés, leur choix européen était aussi une manière de reconquérir un statut pour leurs pays d’origine, à l’issue de la seconde guerre mondiale.


En Moselle à Scy-Chazelles : La Maison Robert Schuman

Maison de Robert Schuman Scy Chazelles Moselle

©CD57

Pour qui souhaite approcher, de manière sensible, la personnalité de Robert Schuman, il est un lieu de Moselle qu’il faut absolument avoir visité, en l’occurrence la maison dans laquelle cet illustre a demeuré jusqu’à la fin de son existence, sur les hauteurs de Scy-Chazelles. Surplombant la vallée de la Moselle, la demeure est désormais un site du Conseil départemental, classé au patrimoine culturel européen. C’est en ce lieu qu’est née l’idée de la célèbre déclaration du 9 mai 1950. Le visiteur est appelé à déambuler dans cette bâtisse parfaitement conservée, à l’agencement sans ostentation, écrin d’un temps à jamais figé. On imagine, au détour de chacune des pièces, que l’on va croiser l’homme qui y a longtemps habité, tant les murs transpirent sa présence immuable. S’il est un endroit où l’on peut faire sienne la pensée d’Alphonse de Lamartine, « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? », c’est bien dans cette inspirante propriété toute en « harmonies poétiques et religieuses ».